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Architecture rurale de la commune de Damas-et-Bettegney

Dossier IA88031879 réalisé en 2019

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Damas-et-Bettegney

Damas-et-Bettegney a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste de 1636, ne comptant plus que 2 conduits en 1648, et plus un seul habitant en 1653. (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Aussi, aucune ferme ne présente aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles anciens, hormis un encadrement de porte charretière. Quelques-unes remontent à la phase de reconstruction suivante et portent notamment les dates 1710 et 1738. Les autres bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1789, 1791, 1804, 1812, 1818, 1823, 1824, 1827, 1829, 1831, 1836, 1837, 1840, 1841, 1845, 1846, 1849, 1851 et 1854 ; ce qui correspond à une période de forte croissance démographique. La population du village passe en effet de 425 habitants en 1793 à 760 personnes en 1846, son maximum. Puis cette population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (269 hab. en 1982). Le nombre d’habitants dans la commune étant à nouveau en hausse (367 hab. en 2016), les anciennes fermes, toutes datables des 18e et 19e siècles (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien), sont pour la plupart réhabilitées.

La Monographie de la commune de Damas-et-Bettegney réalisée en 1899 par l’instituteur communal Midenet apporte les précisions suivantes sur les modes de vies et pratiques dans le village (sources : AD88 - 11T18/89). Il mentionne que l’hiver 1708-1709 a été très rude et que les blés ont gelés, et que les récoltes sont perdues en 1725 suite à des pluies torrentielles. En 1789, « on comptait 22 laboureurs, 32 manœuvres, 24 charrues tirées par 109 chevaux et 8 paires de bœufs » ; « Les quatre cinquièmes au moins des habitants n’appartenant ni à la noblesse, ni au clergé, étaient propriétaires. La valeur moyenne d’un jour de terre labourable était de 160 livres et le revenu moyen de 6 livres. Un jour de vigne valait 500 livres et rapportait net 60 livres. La fauchée de pré valait 800 l. et rapportait 30 livres ». Midenet remarque également que le patois est différent entre les deux hameaux.

Il est aussi à noter qu’un incendie a détruit le 28 mars 1836, l’église et onze maisons, au nord de la place (Lepage et Charton. 1845).

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88-6M669) montre un village agricole avec une part importante de rentiers et de cultivateurs, ainsi que de domestiques et manouvriers à leur service. Parallèlement, onze vignerons sont mentionnés, un berger communal et quelques artisans (cordonnier, sabotier, meunier, boulanger, maréchal-ferrant, bourrelier, maçon et entrepreneur, charpentier, menuisier, tailleur d’habit et tisserand) et commerçants (coquetier, épicier, cafetier). Les femmes des manouvriers et des artisans sont généralement brodeuses (16) ou dentelières (12), voire tricoteuses (3), couturières ou modiste (3). Quelques autres sont épicière, cafetière, sage-femme et garde-barrière. Le Moulin à farine Coligneux est signalé sur la carte de Cassini (milieu 18e siècle) mais il est abandonné dans les années 1890 puis ruinés.Les écarts « derrière l’âtre », et de la « Cense de Saint-Médard » établie près de la Fontaine, figurent sur le cadastre de 1841 (AD88- 3P5062/3), mais pas sur celui de 1806-1807 (AD88 - 3P160). La Cense n’est plus habitée depuis au moins 1886 (AD88-6M669) et a disparu.

Les habitants du village produisaient essentiellement du froment, du seigle, de l’orge, de l’avoine, de la navette, du lin et du chanvre. La culture des betteraves et des pommes de terre s’est accrue au cours du 19e siècle. Le vin et les dentelles étaient vendus dans les marchés alentours. Le fourrage était aussi estimé. En effet, les prairies naturelles et artificielles étaient abondantes et favorisaient le commerce du bétail, surtout des chevaux (Lepage et Charton. 1845). Le négoce des productions agricoles (blé et fourrage surtout) est facilité par sa position d’intersection entre l’ancienne Route Royale n°66 entre Bar-le-Duc et Bâle (entre Epinal et Dompaire) et celle entre Bourbonne-les-Bains et Châtel-sur-Moselle. Cette activité, qui explique probablement l’aisance et le caractère soigné des constructions du village, a incité la commune à installer une balance publique sur la place de l’Eglise en 1928, utilisée jusque dans les années 1980 (AD88 – Edpt124/1M2).

L’exploitation de la vigne est progressivement abandonnée suite aux crises du mildiou et du phylloxera vers 1900. Les pratiques de la vaine pâture et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune au début du 20e siècle (sources orales). Les affouages sont encore pratiqués.

Avant l’installation du système d’adduction d’eau dans les années 1950, le village est alimenté par un ensemble de puits, de fontaines, de lavoirs, et d’un égayoir aménagé dans le ruisseau de l’Âtre (pédiluve pour chevaux).

Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Damas-et-Bettegney comprend 192 Résidences (source INSEE - 2015), dont 68 bâtiments repérés et 15 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à deux travées de plan (23% du corpus) formées d’une grange et d’un logis avec l’étable à l’arrière, et de fermes à trois travées de plan (57%). Les fermes de plus grandes dimensions représentent 19% du corpus, et trois maisons de manouvriers possède un logis et une petite étable. Deux fermes à pavillon est aussi relevées, ainsi que trois bâtiments avec un plan en L dessiné suite à l’ajout d’un corps agricole non aligné sur la façade antérieure. La part des fermes à double logis est importante, et représente près de la moitié des bâtiments de la commune (46%). 24 fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées (quelques autres non vues existent certainement), ce qui représente une densité forte (36%).

Le village s’étire de manière peu dense le long de trois rues dont l’intersection forme la place centrale. 58% des anciennes fermes sont mitoyennes, souvent regroupées par 2 ou 3, ne formant par de front de rue aligné. Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie, hormis quatre qui recherchent une meilleure orientation pour leur façade antérieure, et se dégagent ainsi un large usoir.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans les 2/3 de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. La moitié des logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Il existait au moins une cuisine borgne à Bettegney (parcelle 2019 ZD 31). L’autre moitié présente deux pièces prenant le jour sur la rue. L’étable bénéficie d’une travée traversante lorsqu’il n’y a qu’un logis. En cas de double logis, une étable se trouvent à l’arrière de chaque logement et la grange est commune. La cave est installée sous les pièces de vie, les chambres à grains au-dessus, et des greniers sur le tout. Sept pigeonniers ont été identifiés dans des combles. Le jardin potager s’étend à l’arrière, et l’usoir à l’avant. Des murets maçonnés avec une couvertine en pierres de taille demi-cylindriques sont utilisés comme clôtures des jardins et murs de soutènement (près du ruisseau de l’Âtre notamment). Une clôture à pâlis est à noter autour de la parcelle 2019 ZC 9 (34 rue Division Leclerc à Damas).

Les fermes de Bocquegney sont construites avec des moellons de calcaire local, avec quelques reprises récentes en ciment, en briques de laitier, et des appentis sur poteaux de bois. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques, parfois remplacées par des plaques de ciment-amiante. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès, avec un linteau droit (75%) ou segmentaire délardé (18%). Les cas de baies à linteau droit délardé et linteau segmentaire sont anecdotiques. Des oculi sont aussi utilisés pour éclairer les charris et/ou les greniers (20%). Les portes charretières sont en plein cintre (36%), en anse de panier (31%), segmentaire (23%), ou à linteau droit en bois ou IPN (10%).

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niche, statue, agrafes, corniches…), deux encadrements de porte charretière chanfreinés, et un est mouluré. Deux ouvertures anciennes à linteau infléchi et une autre chanfreinée (en remploi) sont relevées. Les fermes présentant des chaînes d'angle sont assez nombreux (58%), ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par celles portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit (18%). Ces bâtiments sont aussi ornés de corniche moulurée soulignant la toiture (1/4) et de bandeau en pierre de taille séparant les niveaux (22%). La ferme n°58 (7 rue du 12 septembre à Damas) présente même des décors de volutes gravées très soignés. L’encadrement de 40% portes charretières est muni d’une agrafe sculptée et de moulures à la hauteur des chapiteaux. Peu de portes piétonnes ont conservé une imposte vitrée, des menuiseries intéressantes, des grilles et des loquet-poucier à poignée en fonte. Les dates portées et pierres de fondation sont assez nombreuses et mentionnent régulièrement des références religieuses, royalistes ou républicaines.

On peut mentionner également la balance publique (IA88031919), quelques pots à moineaux (nichoirs) en terre cuite accrochés en façade antérieure, des plaques de cocher en fonte provenant de la Fonderie de Varigney (Haute-Saône), quelques bancs, et des traces d’espaliers qui rappellent l’ancienne présence d’arbres fruitiers (poirier). Certains bassins d’abreuvoir en pierre, placés sur l’usoir, ont aussi été conservés.

Typologies ferme à double logis, ferme à pavillon, maison de manouvriers, femre à plan en L, Ferme à charri
Toits tuile mécanique, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
ciment parpaing de béton
résidu industriel en gros oeuvre
bois essentage de planches
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 68
nombre d'oeuvres étudiées 15
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 192

Annexes

  • Les maisons de bergers communaux de Damas-et-Bettegney

    Deux pâtres sont signalés à Damas-et-Bettegney depuis au moins la fin du 18e siècle, et celui de Damas est recensé jusqu’en 1931. L’un est logé à partir de 1842 dans une maison située rue de Grimontreux à Damas, actuellement rue de Preys, parcelle cadastrale 1841 B 253 et 254. Cette maison est décrite comme composée de trois chambres sur la rue au rez-de-chaussée : Celle du milieu constitue la cuisine avec une entrée et un four à pain hors d’œuvre sur l’arrière. L’étable est accessible depuis la cuisine et le jardin. Un grenier couvre le tout surmonté d’un toit à deux versants avec un lattis à claire-voie, couvert de bardeaux et de tuiles creuses par-dessus. Cette construction en bon état, qui n’est pas ancienne en 1842, est complétée par un jardin-potager de 32 centiares entouré d’un mur, et est estimée à 1612 francs (cf IVR41_20198840333NUC2A, IVR41_20198840334NUC2A) . En 1844, le bâtiment est agrandi par la construction d’une petite écurie selon le devis de Brultez, entrepreneur en bâtiment pour 308 francs, puis vendu en 1913 (AD88 - Edpt124/1M2).

    La seconde maison de berger dans le hameau de Bettegney est signalée en 1849 (AD88 - Edpt 124/5F1) et mise en location à partir de 1882 (AD88 - Edpt124/1M2).

    Le pâtre de Damas avait la charge des bêtes mâles, et effectuait quelques petits travaux d’entretien pour la commune (sources orales).

    Un bois a été cédé à la communauté de Hennecourt, à la condition que les habitants de Damas aient le droit de conduire leur bétail au pâturage dans les pâtis de Haie. De même, un petit bois a été vendu à Madonne-et-Lamerey avec une contribution par les habitants de Bettegney, pour jouir du droit de parcours devant Madonne. (Midenet. Damas-et-Bettegney, état d’une communauté rurale à la veille de la Révolution de 1789. 25 janvier 1889. Sources : AD88 - 11T18/89)

  • Jean-Baptiste Perrin, dit Perrin des Vosges

    Jean-Baptiste Perrin, dit Perrin des Vosges, né le 5 mars 1754 à Damas-devant-Dompaire, mort le 10 mai 1815 à Épinal (Vosges), est un homme politique français. Il est dit Perrin des Vosges pour ne pas être confondu avec Pierre Nicolas Perrin député de l'Aube.

    La maison familiale est située 3 rue du 12 septembre (parcelle cadastrale 2019 ZB 18), et il a fait reconstruire la ferme située 6 rue de la Prejie (parcelle cadastrale 2019 ZA 1) pour ses enfants (sources orales).

    Négociant à Épinal au début de la Révolution, Perrin devient en 1791 président du directoire du département des Vosges. Le 4 septembre 1792, il est élu député des Vosges à la Convention nationale, le 4e sur 8, avec 228 voix sur 267 votants. Siégeant sur les bancs de la Montagne, il vote la mort lors du procès de Louis XVI, sans développer les motifs de son vote. Dans la séance du 16 avril 1793, il appela l'attention de la Convention sur les femmes des volontaires du département des Vosges, dont deux bataillons avaient été massacrés, et demanda pour elles des secours. Il intervient à plusieurs reprises sur les questions de finances. Envoyé en mission dans les Ardennes, le Nord, le Pas-de-Calais, le Gard, l'Hérault et l'Aveyron, il dénonce le 4 septembre 1793 le nombre d'emplois inutiles au sein de l'armée.

    Après le 9-Thermidor, il s'oppose aussi bien aux royalistes qu'au jacobins. Il entre au comité de sûreté générale le 15 pluviôse an III (3 février 1795) et participe à la répression de l'insurrection du 1er prairial an III. Il demanda le rapport de la loi des suspects, et proposa l'arrestation des auteurs des motions faites à la commune contre l'assemblée. A la chute de Robespierre, il fut chargé de renouveler les autorités du Gard, de l'Hérault et de l'Aveyron ; la Convention l'envoya aussi en mission dans les départements des Ardennes, du Nord et du Pas-de-Calais, et contrairement à d'autres de ses collègues, il ne se livra à aucun acte de violence. Lors des troubles du 12 germinal, il demanda avec énergie le renvoi de 50 000 étrangers qui s'étaient fixés à Paris depuis trois mois, et fit décréter que tout individu qui arracherait ou tenterait d'arracher la cocarde nationale, serait traduit sur-le-champ devant une commission militaire.

    Réélu député des Vosges le 21 vendémiaire an IV (13 octobre 1795) au Conseil des Cinq-Cents avec 203 voix sur 270 votants, il s'attache particulièrement aux questions financières et dénonce le trouble causé par les prêtres réfractaires dans les départements. Élu au Conseil des Anciens le 22 germinal an VI (11 avril 1798), il en devient secrétaire et président, du 21 décembre 1798 au 20 janvier 1799. Partisan du coup d'État du 18 brumaire, il est nommé au sein de la commission intermédiaire chargée de représenter le législatif puis entre, le 4 nivôse an VIII (25 décembre 1799), au Corps législatif, où il représente les Vosges, et dont il est le premier président, du 1er au 21 janvier 1800. Il y siège jusqu'au 11 germinal an XI (1er avril 1803). Le 16 floréal an XI (6 mai 1803), il devient conseiller général des Vosges. En 1814, il assure la formation de Corps francs dans sa région. Il est mort subitement en 1815, sur la promenade du Cours à Épinal.

    Sources : « Jean-Baptiste Perrin des Vosges », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 ; http://www.ecrivosges.com

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P160
  • Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5062/3
  • Archives communales de Damas-et-Bettegney, Archives départementales des Vosges, Épinal - Edpt124/1M1-3

    Archives départementales des Vosges, Épinal : AD88 - Edpt124/1M1-3
  • Mivenet. Damas-et-Bettegney, état d’une communauté rurale à la veille de la Révolution de 1789. (25 janvier 1889)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T18/89
Bibliographie
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique de la Gaule)

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Conseil Régional de Lorraine, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • « Jean-Baptiste Perrin des Vosges », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891

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