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Architecture rurale de la commune de Bouxières-aux-Bois

Dossier IA88031734 réalisé en 2018

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Bouxières-aux-Bois

La carte archéologique signale des tuiles plates de forme antique et d’anciennes monnaies semble-t-il découvertes au lieu-dit « Sous les loges » au 19e siècle, qui laisse à penser à une présence romaine.

Le toponyme de Bouxières-aux-Bois (de Buxeris) est notamment mentionné dans un privilège d’Adalberon pour le prieuré du Saint-Mont en 1147. Le village dépendait en 1597 du bailliage des Vosges, prévôté de Dompaire et de Valfroicourt. C’était le chef-lieu d’un ban qui comprenait Regney et Madegney. A partir de 1751, il relève du bailliage de Darney, coutume de Lorraine. Au spirituel, la commune est une annexe de Derbamont, qui fait partie du doyenné de Jorxey, du diocèse de Toul puis de l’évêché de Saint-Dié (Lepage et Charton. 1845).

Le village a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste : en 1652, le receveur prévôtal mentionne qu’il n’a rien pu tirer du Ban de Bouxières où il n’a trouvé que 3 habitants « grandement pauvres et dans l’impossibilité de payer aucune chose » (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912).

Aussi, très peu de fermes présentent aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles anciens. Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1723, 1806, 1807, 1808 et 1820. Ces dates évoquent d’une part la période de reconstruction après la guerre de Trente ans soutenue par la politique du Duc Léopold au début du 18e siècle ; et d’autre part la forte croissance démographique du 19e siècle. Le village de 206 habitants en 1800 atteint un maximum de 318 habitants en 1831. Puis cette population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (94 habitants en 1975). La plupart des fermes relevées datent ainsi du début du 19e siècle. Quelques autres remontent au 18e siècle, certaines de la seconde moitié du 19e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien).

Le chapitre de Remiremont possédait deux fermes sur le territoire de Bouxières dont la vente a été ordonnée suite à la Révolution Française : l’une avec 1 hectare et demi de terre labourable de première classe adjugée pour 289 libres 9 sous 8 deniers au Sieur Gérardgeorge, notaire à Bouxières qui en était auparavant le fermier ; et l’autre avec 8 jours de terres labourables, 12 fauchées de prés, un jour de chènevière et un cens annuel de 4 imaux de blé et pareille d’avoine sur un gagnage appartenant au Sieur de Launoy d’Epinal pour 3550 livres (sources : Cartier, Guyot, Thiebaut. Notice concernant le Ban de Bouxières-aux-Bois, Madegney et Rugney. 30 décembre 1888. AD88-11T16/52_2).

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88-6M613) montre un village de cultivateurs, où de nombreuses femmes sont brodeuses, voire dentellières ou couturière, mais avec peu d'artisans et de commerçants (forgerons, cafetiers, menuisier, charron, cordonnier et maçon). Un berger communal est également employé jusque dans les années 1930. La présence de trois pâtres est même indiquée à la fin du 18e siècle (AD88 - Edpt71/DD1).

La Monographie agricole de la commune de Bouxières-aux-Bois réalisée en 1899 par l’instituteur communal Guyot apporte les précisions suivantes sur les modes de vies et les pratiques dans le village au cours du 19e siècle (sources : AD88-11T16/52_1). La commune est exclusivement agricole, mais le territoire de nature argilo-calcaire, n’est pas très fertile, surtout les années pluvieuses, le sous-sol étant trop imperméable. On y pratique l’assolement triennal, la vaine pâture et les affouages. Entre 1830 et 1870, l’agriculture est florissante. Les batteuses mécaniques font leur apparition entre 1840 à 1850 et se multiplient au fur et à mesure de la hausse du prix de la journée des ouvriers « trop peu consciencieux et trop exigeants », qui éprouvent « une horreur instinctive de battre au fléau », pour arriver à 16 batteuses mécaniques à la fin du 19e siècle (presque autant que de cultivateurs possédant un attelage). A la fin du 19e siècle, il n’y a qu’une faucheuse-moissonneuse. Les habitants préfèrent pour la moisson le travail des ouvriers qui ne font pas défaut, à celui de la machine, dont l’usage est assez pénible dans les petites parcelles sur un sol accidenté. Quelques houes à cheval sont prêtées ou louées par ceux qui désirent les utiliser. Avant 1830, un cultivateur emploie un bon domestique pour 150 francs l’an, entre 1850 et 1870, il le paye de 200 à 300 francs, et à la fin du 19e siècle entre 450 et 500 francs. Aussi, le choix se porte de préférence sur des jeunes gens de 14 à 17 ans qui sont plus faciles à conduire, et sont payés 150 à 200 francs pour 10 mois.

Depuis 1870, la culture a subi une certaine évolution. Auparavant, les cultivateurs tenaient surtout aux bonnes récoltes de céréales dont le prix était suffisamment rémunérateur. Depuis, ils se sont portés sur l’élevage, cherchant à récolter plus de fourrages, convertissant toutes les terres s’y prêtant en prairies artificielles, et introduisant des plantes sarclées, particulièrement de la betterave. Ce système nécessite l’introduction des engrais chimiques. L’amélioration de la petite culture chez les manœuvres est plutôt passée par la plantation de vignes et d’arbres fruitiers, malgré les maladies. En plus des attaques du mildiou (à partir de 1885) et du phylloxera (à partir de 1900), le territoire subit des gelées parfois destructrices à l’image de celles de l’hiver 1879-1880, où « les poiriers dans les jardins à peu près tous gelés, les pommiers ont moins souffert, toutefois les jeunes poussent sont gelées surtout sur les espèces devant les meilleurs fruits ; les pruniers ont peu souffert ; les cerisiers ont peu souffert ; les noyers ont le plus souffert, beaucoup ne s’en relèveront peut-être pas ; la vigne est fortement atteinte, la récolte prochaine ne sera pas abondante ; les blés n’ont aucun mal, tout comme les autres céréales » (sources : AD88-Edpt71/3F1 Calamité agricole).

L’instituteur Guyot, précise aussi (sources : AD88-11T16/52_1) que, la culture s’est transformée au cours du 19e siècle par l’aliénation de terrains communaux après la Révolution Française, qui a permis l’accès à la propriété de tous les habitants. Puis, une spéculation sur les propriétés afin d’obtenir des revenus supérieurs à ceux du fermage a transféré des propriétés à des étrangers au village. Les parcelles se sont aussi divisées suite aux successions (3816 parcelles dénombrées lors du remembrement cadastral de 1843). En 1899, 188 propriétaires sont dénombrés dont 69 seulement habitent Bouxières-aux-Bois, se répartissant les 470 hectares de terres du ban communal consacrées à l’agriculture : 3 grands propriétaires (de 20 à 40 hect.), 21 moyens (entre de 5 à 20 hect.) et 164 petits propriétaires (moins de 5 hect.). « Sur les 69 propriétaires résidents dans la commune, 58 cultivent leurs propres terres, dont 18 en qualité de cultivateurs avec attelages, et 38 manœuvres ayant un cultivateur attitré chez lequel ils portent leur main d’œuvre en compensation des frais de culture qu’ils en reçoivent. » Tous les cultivateurs et la plupart des manouvriers sont logés dans leurs propres maisons. Il y a 60 maisons habitées par leurs propriétaires et 12 seulement par des locataires, dont 2 familles nombreuses sont indigentes. Les logements présentent à peu près les conditions d’hygiène nécessaires. La nourriture a peu évolué au cours du 19e siècle (lard, lait, beurre, œufs, légumes et pommes de terre), si ce n’est un plus grand usage du vin. Tous nourrissent au moins une vache, des poules et récoltent des pommes de terre pour alimenter le ménage et permettre l’élevage des porcs.

A la fin du 19e siècle, la culture des plantes textiles dont les cultivateurs tiraient des étoffes et du linge pour l’habillement de la famille, est abandonnée pour deux raisons : Les plantes textiles et oléagineuses ont subi « une sorte de dégénérescence » qui n’ont plus permis aux cultivateurs d’en tirer profit, d'une part. D'autre part, les tissus fournis par l’industrie, considérés comme luxueux, ont fait concurrence aux produits locaux, apportant un surcroit de dépenses dans les familles. Aucun ouvrier de la localité n’est employé dans une usine, mais plusieurs allient des activités agricoles, industrielles ou commerciales, pour une meilleure prospérité. Les femmes pratiquent la broderie, surtout en hiver.

Selon l’instituteur Guyot, la décroissance de la population du village à la fin du 19e siècle n’est pas due à la réduction de la natalité, l’introduction de machines agricoles ou la disparition des petites industries domestiques, mais plutôt aux facteurs suivants :

- L’épidémie de choléra de 1854 qui fit 20 victimes (15 de plus qu’une année ordinaire)

- 5 jeunes hommes sont morts lors des guerres de Crimée, d’Italie (1859) et franco-prussienne de 1870.

- L’émigration de jeunes gens instruits s’orientant vers des professions libérales (instituteurs, Poste, chemins de fer, douanes, commerçants), les moins favorisés étant boulangers, jardiniers ou bouchers.

- 3 familles entières ont émigré vers la ville depuis 1880 pour y trouver un travail plus suivi et rémunérateur.

- La difficulté d’écouler les produits du village en raison de son éloignement des gares et villes. La gare la plus proche est celle de Châtel-Nomexy.

Les statistiques agricoles du 20e siècle conservent également la mémoire pour Bouxières-aux-Bois des mesures à prendre contre le doryphore de la pomme de terre, en 1935 et de la campagne d’indemnisation des arrachages de vignes volontaires liée à la surproduction en 1955 (sources AD88 - Edpt71/3F1).

Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Bouxières-aux-Bois comprend 70 résidences (source INSEE - 2015), dont 21 bâtiments repérés et 3 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à deux ou trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (92% du corpus). Les autres fermes sont de grande dimension, à quatre travées ou plus (8%). Six fermes à pavillon, six fermes avec un plan en L et deux maisons de manouvriers ont été repérées. La part des fermes à double logis de la commune est assez importante par rapport aux autres territoires des Vosges (37%). Trois fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois il en existe peut-être une demi-douzaine d’autres (non vues). Tous les bâtiments relevés de ce village-tas sont parallèles à la voie sauf un, et 79% sont mitoyens.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne que dans 20% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Tous les logis identifiés sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Deux pièces borgnes ont toutefois été localisées, et quatre autres (non vues) sont probables dans des maisons mitoyennes. L’étable, à l’arrière du logis ou bénéficiant de sa propre travée, prend le jour sur le jardin en façade postérieure. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur le tout.

Les fermes de Bouxières-aux-Bois sont construites en moellons de grès, avec quelques reprises récentes en ciment. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements des ouvertures sont majoritairement en grès, avec un linteau droit (3/4) ou segmentaire délardé (20%). Deux bâtiments possèdent aussi des linteaux droits délardés, et quelques-uns ont été repris en ciment. Des petits jours (oculus) sont aussi utilisés pour éclairer le charri ou les greniers (1/3), dont certains prennent la forme d’un cœur ou d’une étoile. Les portes charretières sont en plein cintre (58%), ou en anse de panier (25%), hormis celles rehaussées par un linteau IPN.

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues, épis de faîtage…) et ouvertures anciennes : une baie et une porte charretière à chanfrein, une autre à l’encadrement mouluré, quelques-unes avec des moulures à la hauteur des chapiteaux et 8 ornées d’une agrafe sculptée. Certaines portes piétonnes sont munies de menuiseries intéressantes (chevrons …), dont l’une est surmontée d’une corniche moulurée. Trois fermes présentent également des chaînes d'angle, ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par les trois autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit.

Une charrue à train avant en fer (1ere moitié du 20e siècle) est installée devant la Mairie.

Dans le devis des ouvrages à exécuter pour construction d’une maison d’école et de trois pâtres, établi en 1783 par Nicolas Laurencé (architecte de la subdélégation de Dompaire, résident à Mirecourt), il est précisé que la maison existante alors présente 60 pieds de longueur hors œuvre et 36 pieds de large. Elle est démolie en totalité et reconstruite sur les mêmes fondations en moellons locaux avec 4 portes d’entrées en façade. La charpente est en bonne partie remployée du bâtiment préexistant et couverte de tuiles creuses. Le bâtiment accueille 4 cheminées de 5 pieds de largeur en pierre, avec chacune une plaque de fonte hormis celle de la chambre d’école. Sous chaque vitre du maître d’école et des trois pâtres se trouve une pierre d’évier avec rigole d’évacuation. Les trois chambres des pâtres, la cuisine du maitre d’école, la salle des enfants et le corridor sont pavés de pierres de taille (sources : AD88-Edpt71/DD1). Ce bâtiment non localisé a été vendu en 1823 car en ruine et trop onéreux à entretenir (sources : AD88-Edpt71/1M1) et probablement détruit par la suite.

Typologies ferme à double logis, ferme à plan en L, ferme à pavillon, ferme à charri, maison de manouvriers
Toits tuile mécanique, tuile creuse, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
béton parpaing de béton
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 21
nombre d'oeuvres étudiées 3
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 70

Références documentaires

Documents d'archives
  • Guyot. Monographie agricole de la commune de Bouxières-aux-Bois. (1er octobre 1899). (sources : AD88 - 11T16/52_1).

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T16/52_1
  • Cartier, Guyot, Thiebaut. Notice concernant le Ban de Bouxières-aux-Bois, Madegney et Rugney. 30 décembre 1888. (sources : AD88 - 11T16/52_2)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T16/52_2
Bibliographie
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique)

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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