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Architecture rurale de la commune de Gorhey

Dossier IA88031881 réalisé en 2019

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Gorhey

Gorhey a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste en 1629 (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Le village ne présente donc pas aujourd’hui d’éléments architecturaux antérieurs aux 17e siècle visibles. Il n’y a encore que 20 habitants en 1710 (Lepage et Charton. 1845). Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits d’une part en 1716, 1737 et 1739 ce qui correspond à la période de reconstruction après la guerre de Trente ans soutenue par la politique du Duc Léopold. D’autre part, les dates portées 1824, 1831, 1833, 1852, 1862, 1863, 1870, 1882 et 1884, évoquent le développement économique du 19e siècle. La population du village atteint son maximum en 1831 avec 202 habitants. Puis elle chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (105 habitants en 1975). Hormis deux fermes près de l’église dont les encadrements d’ouverture chanfreinés remontent probablement au 17e siècle, les fermes relevées datent ainsi du milieu des 18e et 19e siècles (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien).

L’étude du recensement de la population en 1886 (AD88-6M768) montre un village agricole composé de 26 cultivateurs ainsi que 36 propriétaires et rentiers (ces derniers correspondant surtout à des exploitants agricoles âgés). Les manœuvres sont nombreux (36), surtout regroupés dans le quartier sud de la rue de la Voivre, avec cinq brodeuses, une dentellière, une couturière, un tailleur, un cordier, un mécanicien et le berger communal. Le cafetier et le marchand de bois se sont installés au bord de la route de Girancourt. L’ancienne féculerie au lieu-dit « Le Void » est utilisé comme scierie vers 1900 puis abandonnée. La ferme isolée de « La Voivre » est habitée par 2 fermiers jusque vers 1910.

Un pâtre est employé par la communauté au moins jusque 1936, et logé dans une maison située rue de la Gitte (parcelle cadastrale 2019 B 1592). Les pratiques de la vaine pâture et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune au milieu du 20e siècle.

Les habitants de Gorhey produisaient essentiellement du blé, de l’avoine, des pois et lentilles, du seigle, des pommes de terre, mais aussi du chanvre et de la luzerne, du trèfle et du foin de très bonne qualité (Lepage et Charton. 1845).

Un cultivateur produisait aussi du lin pour faire de la filasse vers 1900. Les exploitations agricoles étaient de petite dimension sur la commune (moins de 30 hectares) et les cultivateurs écoulaient leur excédent de récolte dans le département en le conduisant eux-mêmes aux foires et marchés d'Épinal. Les archives conservent aussi la mémoire des dégâts causés par les froids de décembre 1879 (huitaine de jours à -27°c) qui fit disparaître une importante partie des arbres fruitiers : pommiers, abricotiers, pêchers, cerisiers, pruniers de Damas, mirabelliers, noyers, vignes (AD88 - Edpt 213/3F1). Des pluies diluviennes se sont aussi abattues sur la région en 1685, détruisant les récoltes. La moisson a alors été faite en catastrophe sous la pluie, et les grains séchés au four pour ne pas tout perdre (Richard Ratajczyck, Pierre Vatrey, « Gorhey et son histoire », Cahiers d'Art et d'Histoire, n° 21-22, deuxième semestre 1974).

L’activité agricole était complétée par le commerce de céréales et de bestiaux (Lepage et Charton. 1845), la féculerie (Gley. 1870) et le moulin d'en Haut qui servit aussi de fabrique de draps et d’atelier de charronnage (AD88 - 146J670 : fond Savouret).

Afin de faciliter la traversée du village, un plan d’alignement est réalisé en 1884 par l’agent voyer (AD88 - Edpt 213/2), qui élargit la voie à 10 mètres en traçant des lignes parallèles délimitant les usoirs et donnant la direction pour les bâtiments à construire, mais sans expropriation. Seules quelques annexes gênantes (remises, chambres à four) sont détruites par la suite.

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Gorhey comprend 78 résidences (source INSEE - 2015), dont 24 bâtiments repérés et 3 étudiés. Le village s’étire le long de plusieurs rues de manière peu dense car seulement un quart des anciennes fermes sont mitoyennes. Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie, hormis trois édifiés en biais par rapport à la rue pour une meilleure orientation de la façade antérieure.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (2/3 du corpus repéré) et de fermes de plus grandes dimensions (1/4). Les autres sont plus modestes, et sont constituées d’une grange et d’un logis avec l’étable à l’arrière, sur 2 travées. Une ferme à pavillon et deux fermes avec un plan en L sont aussi repérées. La part des fermes à double logis est importante, et représente près de la moitié des bâtiments de la commune (46%). Celle des fermes à charri (avant-grange) l’est également (58%), car sept ont été identifiées, et il en existe probablement sept autres (non vues).

30% des fermes repérées sont marquées par l’absence de portes piétonnes, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Parmi celles qui présentent une porte piétonne, les deux tiers s’ouvrent sur l’avant-grange dans l’axe du logis, et sont surtout utilisées pour les invités. Sauf un, tous les logis sont en profondeur, avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Deux pièces pourraient être devenues borgnes suite à des agrandissements occultant leur baie (non vues). L’étable bénéficie d’une travée traversante. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers sur le tout. Le jardin potager s’étend à l’arrière.

Les fermes de Gorhey sont construites avec des moellons de calcaire local et quelques appentis en bois fermés d’un essentage de planches. Elles sont couvertes d'un toit à longs pans sur lequel repose des tuiles mécaniques. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès, avec un linteau droit (80%) ou segmentaire délardé (20%). Des oculi sont aussi utilisés pour éclairer les charris et les greniers. L’un prend inhabituellement la forme d’un cœur renversé (cf : IA88031933) et un autre reprend la forme d’une niche. Les encadrements des portes charretières sont en anse de panier (54%), en plein cintre (33%) ou segmentaires (8%) ; un seul à linteau droit a été repris en ciment.

Le bâti présente quelques d’éléments de décor (agrafes, corniches, bandeaux en pierre de taille…). Trois encadrements de porte charretière sont chanfreinés, ainsi qu’une petite baie et celui d’une porte piétonne est cintré et mouluré. Les fermes présentant des chaînes d'angle sont assez nombreuses (54%), ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par trois autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit. L’encadrement de treize portes charretières est muni d’une agrafe et de moulures à la hauteur des chapiteaux. Peu de portes piétonnes ont conservé une imposte vitrée, des menuiseries d'origine et des grilles en fonte. On peut relever également quelques bancs et arbres fruitiers qui ont subsisté contre les façades antérieures, ainsi que des vestiges de murets avec couvertine en pierres de taille demi-cylindriques, comme celui entourant le cimetière.

Un semoir 7 rangs modèle n°4051F fabriqué par International Harvester (IM88030557) et une cuve sur un charriot de bois, du milieu du 20e siècle sont placés sur un usoir.

Typologies ferme à double logis, ferme à pavillon, Ferme à plan en L, Ferme à charri
Toits tuile mécanique
Murs calcaire moellon enduit
grès pierre de taille
bois essentage de planches
béton parpaing de béton essentage de ciment amiante
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 24
nombre d'oeuvres étudiées 3
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 78

Références documentaires

Documents d'archives
  • Pierfitte. Gorhey à la veille de la Révolution de 1789. (1889)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T21/156
Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien de Gorhey (1841)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5150
  • Plans d’alignement de Gorhey (1884, 1889 et 1893) dressé par l’agent voyer cantonal.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : Edpt 2131 O 2
Bibliographie
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique)

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Gley, Gérard. Géographie, physique, industrielle, administrative et historique des Vosges. Epinal 1870

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • FOURNIER, Alban. Topographie ancienne du département des Vosges : 8e fascicule- La Plaine (2e partie). Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1899

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Ratajczyck. Vatrey. Gorhey et son histoire », in Cahiers d'Art et d'Histoire n°21-22, deuxième semestre 1974.

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