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Architecture rurale de la commune de Harol

Dossier IA88031994 réalisé en 2020

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Harol

Harol a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste entre le 1er juillet et le 6 décembre 1631. Seuls deux ménages y sont imposables en 1647, et il reste que 6 habitants extrêmement pauvres et quelques veuves mendiantes en 1655 (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Harol ne compte encore que de 15 habitants en 1710.

Aussi, très peu de bâtiments présentent aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles anciens remployés (quelques linteaux à arc infléchi, linteau sculpté et baies à meneau). De nombreuses fermes portent une date à Harol, Le Menil et La Rue évoquant la période de reconstruction suivante, soutenue par la politique du Duc Léopold au début du 18e siècle : 1659, 1691, 1709, 1710, 1720, 1729, 1732, 1737, 1738 et 1739. Celles établies ou rénovées en 1777 (?), 1780, 1787, 1795 (?), 1802, 1813, 1815, 1818, 1821, 1829, 1834, 1839, 1840, 1843, 1844, 1845, 1849, 1857, 1861, 1866, 1867 et 1873 (?) correspondent aussi à une période de forte croissance démographique. La population de la communauté passe en effet de 1030 habitants en 1793, à 1258 personnes en 1841, son maximum. Puis cette population chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (502 hab. en 1999). Les dates portées du 20e siècle correspondent ainsi à des réparations ou reconstructions (1906, 1910, 1922 (?) et 1961). Une hausse du nombre d’habitants dans la commune est visible ces dernières décennies suite à l’établissement de activités et habitations (628 hab. en 2017). Ainsi la plupart des fermes relevées datent du 18e siècle et de la première moitié du 19e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien).

C’est en effet une période, d’évolution des modes de productions et de développement agricole et démographique. D’une manière plus proche du modèle dispersé de la montagne que de celui groupé de la plaine, la population d’Harol se répartie dans six hameaux (Harol, La Rue, Longeroye, Le Ménil, Puttegney et Saucenot ) et des écarts ou fermes isolées (Le Chanot, Le Fleuriot, Frison, Frison-Ménil, La Fosse, La Pelleuse et Saurupt).

Si au milieu du 19e siècles, les habitants cultivent principalement du blé, du méteil, du seigle, de l’avoine et des pommes de terre (Lepage et Charton. 1845), les statistiques agricoles de 1853 (AD88 – Edpt237/3F1) y ajoutent la culture de l’orge, du sarrazin, des navettes, du chanvre, du lin et de la vigne.A la fin du 19e siècle, l’élevage sur des prairies naturelles et artificielles se développe, ainsi que la production de betteraves et de fruits (mirabelles). Un essai de tabac est aussi effectué dans les années 1880, tandis que le chanvre et le lin sont abandonnés, de même que la vigne suite à de faibles débouchés et aux crises du mildiou et du phylloxera à partir de 1900. En 1882, les habitants de Harol possèdent 168 chevaux, 1321 bovins, 911 porcins, 462 ovins, 24 caprins, de la volaille et environ 200 ruches.

L’observation des recensements de la population entre 1886 et 1936 (AD88-6M792) permet de préciser les activités des habitants d’Harol. La moitié sont cultivateurs/cultivatrices, un peu plus d’un quart sont ouvriers agricoles ou domestiques, et quelques rentiers correspondent souvent à des retraités (5%). Les autres sont artisans ou commerçants plutôt situés dans les hameaux de La Rue, Le Ménil, Puttegney (charpentier, terrassier, maçon, menuisiers, sabotier, charron, maréchal-ferrant, mécanicien, coquetier, épicier, aubergiste, cafetier…). Certaines femmes sont également bordeuses, dentellières ou modistes.

En 1886, deux familles de fabricants de tuiles Pilon et Baudoin sont également à relever à Harol (centre), un boulanger à Longeroy, un tonnelier à La Rue, un docteur en médecine à Le Ménil, des tisserands et un distillateur à Saucenot. Des carriers et tailleurs de pierre habitent La Rue, Le Ménil et La Fosse.

La ferme modèle de Saurupt est créée à partir de 1810 par Jean Nicolas Derazey (1760-1843) en mettant en œuvre des pratiques nouvelles. C’est notamment dans ce contexte que par Jean-Joseph Grangé (1804-1867) met au point un nouveau modèle de charrue allégeant le travail de l’ouvrier agricole. Les bâtiments commencent à tomber en ruine à partir de 1979.

La ferme isolée Le Fleuriot est probablement établie en 1818, puis acquise par la famille Léon Louis Hippolyte Mathieu (né en 1870 à Épinal, aviculteur) vers 1900 et constitue l'une des premières exploitations de volailles hors-sol (source orale), jusqu'au moins la seconde guerre mondiale.

La cense du Chanot est habitée jusque dans les années 1910, puis abandonnée et ruinée dans la seconde moitié du 20e siècle.

Nicolas Peulot (59 ans, cultivateur), sa femme et sa fille sont les derniers habitants recensés en 1886 dans le hameau de Frizon-Ménil qui a disparu depuis. De même, la ferme de La Pelleuse semble occupée jusque vers 1906, puis abandonnée.

Une carrière de pierre est mentionnée en 1845 (Lepage et Charton), et une féculerie en 1870 (Gley).

Les cartes de Cassini et des Naudin représentent deux moulins, tandis que le cadastre napoléonien (1821-1829) en figure un au nord de Puttegney, un près de Saucenot et un au sud de La Rue, auxquels on peut ajouter celui de la Ferme de Saurupt établi en 1832. Ils sont souvent associés à des petits étangs en chapelets fonctionnant par éclusée, qui présentent l’avantage de pouvoir être combiner avec une activité piscicole. Beaucoup ont été détruits pendant la guerre de Trente ans, ou asséchés pendant la période révolutionnaire (Chossenot Daniel, Les moulins du canton de Dompaire, XVIIIe et XIXe siècles. JEV 2011).

En 1886, on dénombre quatre bergers employés par la commune, répartis à Harol (centre), La Rue, Le Ménil, Saucenot, et un privé à Saurupt. En 1911, ils ne sont plus que deux à Harol et La Rue, et disparaissent ensuite, hormis à la Ferme de Saurupt (AD88-6M792). Ils sont logés dans des maisons communales, aujourd’hui disparues, dont les archives communales conservent quelques traces (AD88 - 2O243/10 ; 2O243/11 ; Edpt237/1M1/7) :

- La maison de pâtre située rue du Haut Bruet à La Rue (cadastre napoléonien : section A parcelles n°1033 et 1034 ; 2020 AC 65), est réparée en 1822 et vendue en 1904, car « inhabité depuis longtemps et tombant en ruines ».

- Celle du Ménil (non localisée) est reconstruite en 1827 selon les plans de Sartory fils, architecte à Mattaincourt, en reployant les matériaux préexistants. Elle comprend un poêle, une cuisine, une cave accessible depuis l’extérieur, une petite écurie et les greniers couvrent le tout (IVR41_20218830008NUC2A).

- La maison du pâtre située dans la rue principale de Harol (cadastre napoléonien : section A parcelle n°635 ; 2020 AA 6) jouxte la remise du corbillard.

- Le logement de Puttegney est (cadastre napoléonien : section C parcelle n°238 et n°239 ; 2020 ZL 55) est cédé en 1930, car il n’y a plus de troupeau communal depuis 20 ans.

Jean Leroy, né à Saucenot en 1887 est également à mettre en avant. Il exploite une ferme de Saucenot (AD88 - 79 P 2078 et 2079), y « expérimente le matériel moderne (faucheuse-lieuse) et emploie caque année de 1926 à 1936, un ou deux ouvriers ou domestiques étrangers, polonais ou tchèques, dans l’optique de développer des liens d’amitié internationaux. Il innove encore en créant une coopérative d’achat et de vente », des syndicats agricoles, des syndicats d’élevage et mutuelles. Il s’engage dans le Sillon, puis il est élu en 1936 député du parti Jeune République (qu’il présidera de 1963 à 1974), dont les thèmes de prédilection sont notamment les questions agricoles. Il fonde aussi en 1937 le syndicat vosgien d’action et de défense paysanne. (Rothiot Jean-Paul. Jean Leroy, agriculteur, ancien combattant, député et militant de la Jeune République. JEV 2011). A la même période, on peut également relever dans la commune, la présence de plusieurs syndicats d’exploitants agricoles, laitier, et d’élevage bovin (AD88-Edpt237/3F1).

L’exploitation de la vigne est progressivement abandonnée suite à de faibles débouchés et aux crises du mildiou et du phylloxera vers 1900. Les pratiques de la vaine pâture et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune au début du 20e siècle (sources orales). Les affouages sont encore pratiqués.

Avant l’installation du système d’adduction d’eau pendant l’entre-deux Guerres, les hameaux sont alimentés en eau par un ensemble d’une douzaine de fontaines-lavoirs et un puits communal. La plupart des fermes possèdent un puits privatif, et certaines se partagent une fontaine mitoyenne (Le Ménil, Frison). L’électrification de la commune se fait à partir de 1932, et on relève la mise en place de la première clôture électrique en bordure de la route nationale n°460 en 1957, puis un développement du principe entre 1965 et 1969 (AD88-Edpt237/3F1).

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Harol comprend 315 résidences (source INSEE - 2015), dont 93 bâtiments repérés et 14 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à trois travées de plan (54% du corpus). Sous un même toit, le logis et l’étable sont généralement séparés par la grange. Les autres fermes sont de grandes dimensions comprenant quatre travées ou plus (33%), ou plus modestes avec deux travées (12%). Celles-ci sont constituées d’une grange et d’un logis avec une étable à l’arrière. Cinq maisons de manouvriers ont été relevées dont une qui ne possèdent qu’un logis. Quatre fermes à pavillon et six fermes avec un plan en L ont été repérées dans la commune. Deux fermes isolées (Le Fleuriot et Saurupt) sont composées de plusieurs corps de bâtiment organisés autour d’une cour. La part des fermes à double logis de la commune est assez faible pour le canton de Dompaire (20%). Onze fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois, il en existe probablement au moins une douzaine d’autres (non vues). Si onze fermes sont complétées par un hallier, environ un cinquième est muni d’une annexe construite à proximité servant de remise, de bûcher, de chambre à four, voire de logis de manouvriers.

Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie sauf douze qui sont implantés perpendiculairement à la rue (surtout à Harol, Puttegney et La Rue), afin de bénéficier d’une meilleure implantation ou de se dégager un large usoir. La commune comprend six hameaux et des écarts (Le Chanot, Le Fleuriot, Frison, Frison-Ménil, La Fosse, La Pelleuse et Saurupt), qui sont très peu denses, car 82% des anciennes fermes relevées n’y sont pas mitoyennes. Les hameaux de Harol et de Longeroye prennent la forme de villages-tas groupés autour de l’église ou de place, tandis que ceux de La Rue, de Le Ménil, de Puttegney et de Saucenot s’étirent en village-rue le long de leur rue principale.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans 89% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Les logis sont majoritairement en profondeur (79%), avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Les logements en largeur (21%) présentent les deux pièces d’habitation en façade antérieure, avec souvent une chambre derrière. Aucune pièce borgne n’a été localisée. Généralement, l’étable bénéficie d’une travée traversante. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers s’étendent sur l'ensemble. Neuf pigeonniers ont été identifiés dans des combles, et deux pots à moineaux (nichoirs) sont encore accrochés en façade. Le jardin potager qui s’étend à l’arrière et sur le coté est quelquefois clôturé par un muret en pierre sèche avec une couvertine en pierres de taille demi-cylindriques.

Les fermes de Harol sont construites avec des moellons de grès local enduits, avec quelques de reprises récentes en ciment. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans, régulièrement avec une demi-croupe, sur laquelle reposent des tuiles mécaniques, parfois remplacées par des matériaux récents (tôles, ciment-amiante). Peu de tuiles creuses sont encore visibles. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès dont les teintes vont du rouge au beige en passant par le bigarré. Ils ont souvent été badigeonnés de blanc. Ils présentent des linteaux droits (72%), segmentaires délardés (16%) et quelques éléments sculptés sur des baies anciennes (12%). Les plus récents ont été conçus avec des briques de laitiers ou du ciment. Des oculi sont aussi utilisés pour éclairer les greniers et les granges. Ceux de la ferme n°30 à Puttegney prend la forme atypique d’un cœur et d'une étoile. Les portes charretières sont en plein cintre (43%), en anse de panier (28%), segmentaires (5%), ou à linteau droit repris avec une poutre en bois ou IPN (24%).

Le bâti conserve une vingtaine de niches soignées, quelques éléments de décor (statues, agrafes, corniches, bandeaux en pierre de taille, lambrequins sous la toiture…), sept encadrements de porte charretière chanfreinés, et trois autres moulurés. Huit ouvertures anciennes sont chanfreinées, dont l’une est à linteau trilobé et trois autres à arc infléchi. Trois baies à meneau sont encore présentes à Harol (Ferme n°64). Sept jours de combles sont chanfreinés et en plein cintre, et deux autres petites baies ont un encadrement mouluré. Le linteau sculpté qui est remployé en façade de la ferme n°54 à Harol est remarquable, ainsi que la tête de femme insérée dans l’annexe de la ferme n°33 de Puttegney. Les fermes présentant des chaînes d'angle sont assez nombreuses (58%), ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par d’autres (13%) portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit. L’encadrement de 26 portes charretières est orné d’une agrafe et de moulures à la hauteur des chapiteaux. Peu de portes piétonnes possèdent une agrafe, une imposte vitrée ou des menuiseries intéressantes (trois portes à décors de chevrons, de panneaux sculptés, d’une grille en fonte ouvragée…). Quelques exemples de loquet-pouciers à poignée et heurtoirs en fonte, de girouettes, de marquises, de plaques de cocher, de bancs en pierre, de pompes à eau à bras, d’abreuvoirs et d’arbres fruitiers en espalier (poirier, vigne) ont également été relevés. Environ 40% des bâtiments portent une date ou une pierre de fondation. Cette forte proportion reflète une influence visible des décors d’un bâtiment à l’autre. Certaines font allusion à la République ou la Royauté, et une mentionne l’entrepreneur Nicolas Leroy en 1818.

Une charrue à avant-train (Marchal à Laneuveville) de la première moitié du 20e siècle est située dans la rue de la Carrière à La Rue, et d’un semoir Nodet en bordure du chemin du Chanot à Harol.

Typologies ferme à double logis, ferme à pavillon, maison de manouvriers, ferme à plan en L, ferme à plusieurs corps de batiment, ferme à charri
Toits tuile mécanique, tôle ondulée, tuile creuse, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
grès pierre de taille badigeon
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 93
nombre d'oeuvres étudiées 14
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 315

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5173
  • archives communales de Harol

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 2O243/10
  • Archives communales déposées de Harol

    Archives départementales des Vosges, Épinal : Edpt 237 / 1M1
Bibliographie
  • Mathieu, Hubert. Rapport fait au nom d'une commission sur la ferme de Saurupt, appartenant à M. Derazey père. In Annales de la Société d'émulation du département des Vosges. 1833. Page 105 à 124

  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Gley, Gérard. Géographie, physique, industrielle, administrative et historique des Vosges. Epinal 1870

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique)

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Chossenot Daniel, Les moulins du canton de Dompaire, XVIIIe et XIXe siècles. In Actes des 13eme Journées d'Etudes Vosgiennes.14, 15, et 16 octobre 2011. Imprimerie Thorax. Nancy. 2012.

  • Rothiot Jean-Paul. Jean Leroy, agriculteur, ancien combattant, député et militant de la Jeune République. In Actes des 13eme Journées d'Etudes Vosgiennes.14, 15, et 16 octobre 2011. Imprimerie Thorax. Nancy. 2012

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
(c) Région Grand-Est - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa