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Architecture rurale de la commune de Hennecourt

Dossier IA88031883 réalisé en 2019

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Hennecourt

Comme les villages alentours, Hennecourt a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste en 1629 (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Aussi, le village présente peu d’éléments architecturaux anciens visibles.

Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits d’une part en 1721 ce qui correspond à la période de reconstruction après la guerre de Trente ans soutenue par la politique du Duc Léopold. D’autre part, les dates portées 1818, 1823, 1835, 1836 (?), 1837(?), 1852, 1874, 1887 et 1888 évoquent le développement économique du 19e siècle. La population du village atteint son maximum en 1836 avec 348 habitants. Elle se maintient autour de 300 personnes jusque vers 1900, puis elle chute rapidement pendant les trois premiers quarts du 20e siècle en raison de l’exode rural (172 habitants en 1962). Hormis la ferme n°25 dont la structure remonte probablement au moins au 17e siècle, et quelques-unes du 18e siècle, les fermes relevées datent essentiellement du 19e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien).

Selon la monographie communale établie en 1889 (Georgin, A. État de la commune de Hennecourt à la veille de la Révolution de 1789. 1889. AD88-11T21/174), les habitants de Hennecourt produisent en 1789, du blé, de l’avoine, du seigle, un peu de méteil et d’orge, du chanvre, des pois et des lentilles. Ils entretiennent aussi des vignes, des jardins, des chènevières, des vergers et des prés. Il n’y a pas de commerce hormis pour les céréales, dont les surplus sont habituellement vendus sur les marchés de Mirecourt et Epinal.

Les bois sont à cette époque mal gérés, en très mauvais état et ont du mal à subvenir aux besoins des habitants. Ils sont pâturés en raison de l’insuffisance de pâquis communaux. La communauté possède alors environ 80 arpents pour la vaine pâture de tout bétail. Il faut prendre en compte le droit de parcours des communautés voisines : Gorhey sur 20 arpents, Damas sur 30 arpents et Bocquegney sur 20 arpents. Par réciprocité, Hennecourt a droit de pâture sur 17 arpents de Bocquegney. Son troupeau de bêtes blanche (porcs, chèvres, moutons) compte à la fin du 18e siècle, 250 têtes et celui des bêtes à cornes 80 têtes, en plus des environ 170 chevaux, poulains et bœufs de travail. Il existe encore dans les champs avant la Révolution Française, une petite quantité de poiriers et de pommiers épars sauvages, de peu de valeur, que la communauté demande d’attribuer au propriétaire du champ pour que les récoltes ne soient pas abîmées par les ceux qui les cueillent furtivement, et que les cultivateurs ne soient plus obligés de les éviter avec leur charrue.

Les statistiques agricoles de 1835 (AD88 – Edpt241/3F1) mentionnent que les hennécurtiens produisaient essentiellement du blé, de l’avoine, du seigle, des pommes-de-terre, des fèves, des pois, des carottes, des betteraves fourragères, des graines oléagineuses (navette, cameline), ainsi que du chanvre, du lin et des vignes. Ils exploitaient aussi des fruitiers (pommes, poires, mirabelles) et des prairies artificielles. On compte également 118 chevaux, 138 bovins, 99 porcins, 176 ovins, 36 caprins, 705 volailles et 101 ruches. A la fin du 19e siècle, l’ensemble de la production agricole du village s’accroit considérablement en favorisant l’élevage sur des prairies naturelles et artificielles. Ainsi en 1913, 190 bovins et 126 porcins, sont relevés, mais plus que 68 chevaux, 50 ovins, 15 caprins. Dans les années 1880, les 55 exploitants agricoles du village possèdent 26 charrues et 11 machines à battre. Un essai de culture du tabac est aussi effectué à cette période, tandis que les graines oléagineuses, le chanvre et le lin sont délaissés. L’exploitation de la vigne est progressivement abandonnée suite à de faibles débouchés et aux crises du mildiou et du phylloxera à partir de 1900.

Deux moulins à grains : le moulin de Gorhey, et le moulin « Vaxerot » ou « Vacherot » sur le Rupt Julot (Lepage et Charton. 1845), qui est attesté depuis 1354 comme appartenant aux chanoines de Remiremont (Chossenot Daniel, Les moulins du canton de Dompaire, XVIIIe et XIXe siècles. JEV 2011). Le commerce de chevaux est destiné à la remonte (cavalerie), à la gendarmerie, et aux attelages (AD88-11T21/174).

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88-6M796) montre un village agricole avec de nombreux cultivateurs (42) complétés par des manœuvres et journaliers (26) et un berger communal. Les activités artisanales (cordonnier, tailleur d’habit, perruquier, meunier, boulanger, charron, maréchal-ferrant, maçon, entrepreneur de travaux publics, charpentier, tonnelier) et commerçantes (marchands ambulants d'étoffes, épicier, cafetier, restaurateur) sont variées et traduisent le dynamisme du village. Certaines femmes travaillent avec leur époux, mais la plupart sont brodeuses (28), couturières ou repasseuses (5).

Depuis au moins 1737, la communauté emploie un berger pour garder le troupeau des bêtes blanches, mener les porcs à la glandée et fournir un bouc et un porc mâle (AD88- Edpt 241/HH1). Il est logé dans un bâtiment communal, probablement situé rue du Pétal (derrière l’église) à partir de 1847. Puis vers 1898, la commune revend cette maison pour en acquérir une plus spacieuse, route de Girancourt (parcelle cadastrale 1842 C 419 ; 2020 ZB 71). Réparée en 1910, elle tombe en ruines dans les années 1970 (AD88-2O247/8).

Les pratiques de la vaine pâture, les affouages et de l’assolement triennal sont encore en vigueur dans la commune au milieu du 20e siècle.

Période(s) Principale : 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Hennecourt comprend 151 résidences (source INSEE - 2015), dont 34 bâtiments repérés et 4 étudiés.

Le patrimoine bâti y est principalement composé d’anciennes fermes à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (44% du corpus). Les autres fermes sont soit plus modestes avec deux travées : grange et logis avec étable à l’arrière (27%) ; soit de grandes dimensions, avec quatre travées ou plus (29%). Les quatre maisons de manouvriers, cinq fermes à pavillon, cinq fermes à un plan en L et une autre à plan en U, ont été repérées dans le village. La part des fermes à double logis de la commune est assez importante par rapport aux autres territoires des Vosges (38%). Huit fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois, il en existe peut-être quelques d’autres (non vues). Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie sauf trois implantés perpendiculairement, afin de bénéficier d’une meilleure implantation ou de se dégager un large usoir. La moitié d’en eux sont mitoyens. Le village est en effet peu dense, avec des anciennes fermes de grandes dimensions rarement accolées par deux ou trois formant des îlots dans un réseau de rues parallèles. Cet effet est accentué par les constructions disparues et les maisons pavillonnaires récentes établies en périphérie et le long des rues menant à la R.D. n°166.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans 85% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Les logis sont plutôt en profondeur (2/3), avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Les logements en largeur (1/3) présentent les deux pièces d’habitation en façade antérieure, avec souvent une chambre derrière. Aucune pièce borgne n’a été localisée. La sole du four à pain s’ouvre généralement dans la cheminée de la cuisine, et est saillante du pignon. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers couvrent le tout. Quatre pigeonniers ont été identifiés dans des combles. Le jardin potager qui s’étend à l’arrière et sur les côtés, est parfois clôturé par un muret en pierre sèche avec une couvertine en pierres de taille demi-cylindriques.

Les fermes de Hennecourt sont construites avec des moellons de calcaire local enduits. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans, régulièrement avec une demi-croupe, sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès souvent badigeonnés de blanc. Ils présentent des linteaux droits (71%), segmentaires délardés (20%) et quelques éléments sculptés sur des baies anciennes (9%). Des oculi sont aussi utilisés pour éclairer les greniers et les charris, dont un qui prenait la forme d’un cœur au-dessus d’une porte piétonne en plein cintre (Ferme n°25 ; détruit). Les portes charretières sont en plein cintre (35%), segmentaires (26%), en anse de panier (21%), ou à linteau droit repris avec une poutre en ciment ou IPN (18%).

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues, agrafes, moulures et corniches au-dessus des portes, bandeaux en pierre de taille, lambrequin sous la toiture…), un encadrement de porte charretière chanfreiné, et un autre mouluré. Une petite baie possède un linteau trilobé et un chanfrein. Deux linteaux surmontés de niches présentent des décors comparables (ferme n°7 et n°28). Les fermes présentant des chaînes d'angle sont assez nombreuses (56%), ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par quatre autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit. L’encadrement de sept portes charretières est muni d’une agrafe, dont cinq d’entre-elles sont ornées de moulures à la hauteur des chapiteaux. Quelques portes piétonnes ont conservé une imposte vitrée, des menuiseries intéressantes : deux portes à décors de chevrons et deux partiellement vitrées et protégées par une grille en fonte ouvragée sont à noter. Quelques exemples de épis de faîtage, marquises et bancs en pierre ont également été relevés. Un peu plus d’un tiers des bâtiments portent une date ou une pierre de fondation, dont l’une relevée, lors du pré inventaire de 1977, portait la date 1748 (non vue, probablement détruite).

Typologies ferme à double logis, ferme à pavillon, maison de manouvriers, ferme à plan en L, ferme à plan en U, ferme à charri
Toits tuile mécanique, tôle ondulée, tuile en écaille
Murs grès moellon enduit
grès pierre de taille badigeon
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 34
nombre d'oeuvres étudiées 4
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 151

Annexes

  • Les pâtres communaux de Hennecourt et leur logement.

    Les pâtres communaux de Hennecourt et leur logement.

    La présence de deux pâtres est signalée en 1788, mais sans maison mise à leur disposition (Georgin, A. État de la commune de Hennecourt à la veille de la Révolution de 1789. 1889. AD88-11T21/174). Un pâtre ou une bergère est employé par la communauté au moins jusque 1936, et logé dans une maison acquise par la commune en 1847, située rue du Pétal. Cette petite maison sise « derrière l’église, rue du Pétal », est composée d’un poêle, une cuisine, une grange et une écurie au rez-de-chaussée, avec un grenier au-dessus, aisances et dépendances, jardin attenants. Elle est vendue en 1898 en raison de son mauvais état et de l’acquisition d’une nouvelle maison du berger, bordant la parcelle cadastrale 1841 C2 149 et le chemin de communication n°39 d’Ahéville à Xertigny (sources : AD88 - 2O247/8). Ces bâtiments ont disparu dans les années 1970.

    Liste des bergers communaux selon les dénombrements de population de Hennecourt entre 1886 et 1936 (AD88- 6M796) :

    • 1886 : Hyppolite Toussaint (pâtre, 49 ans) habite rue du Pétal, avec Marie Bala (pâtre, 50 ans) son épouse et leur fille Marie Toussaint (14 ans) ;
    • 1896 : Ignace Lallemand (berger communal, 70 ans) habitant rue du Pétal avec Marguerite Schneuder (bergère communale, 62 ans,) ;
    • 1901 : Auguste Claudon (pâtre, 42 ans) habite rue du Pétal avec son épouse Gabrielle Varroy (40 ans) et leur enfant Marie (18 ans), Paul (9 ans), Louise (6 ans) Renée (3 mois) ;
    • 1906 : Auguste Claudon (pâtre, né en 1860 à La Baffe) habite avec son épouse Gabrielle Varroy (née en 1860 à Hennecourt) et leurs enfants Louise (née en 1893), Renée (née en 1900) ;
    • 1911 : Louis Gréou (pâtre, né en 1869 à Saazicourt) habite avec Marie Gréau (née en 1882 à Dompaire) son épouse, et leurs enfants Marie-Louise (née en 1902 à Girancourt) et Georges (né en 1908 à Girancourt) ;
    • 1921 : Jean-Baptiste Cossin (pâtre, né en 1846 à Igney) habite avec son épouse Marie-Adélaïde Thiébaut (bergère, née en 1844 à Igney,) ;
    • 1926 : Charles Mangin (né en 1867 à Ubexy) habite avec son épouse Joséphine Simon (bergère, 64 ans née à Dombrot le sec) ;
    • 1931 et 1936 : Celina Durand, veuve Nourdin (bergère, née en 1872 à Uriménil) habite avec sa fille Marie Nourdin épouse Pothier (née en 1897 à Vaubexy, brodeuse) et sa petite fille Franceline Nourdin (née en 1922 à Vaubexy).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Georgin, A. État de la commune de Hennecourt à la veille de la Révolution de 1789. 1889.

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T21/174
Documents figurés
  • Plan cadastral de Henncourt (1841)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5177
Bibliographie
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique)

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Association des Maires des Vosges. Tornade Vosges – 11 juillet 1984 – Imprimerie Aymard Epinal 1985.

    Consulté en ligne le 5 11 2019 : http://croqcentrevosges.free.fr

  • Chossenot Daniel, Les moulins du canton de Dompaire, XVIIIe et XIXe siècles. In Actes des 13eme Journées d'Etudes Vosgiennes.14, 15, et 16 octobre 2011. Imprimerie Thorax. Nancy. 2012.

(c) Région Grand-Est - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa