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Architecture rurale de la commune de Légéville-et-Bonfays

Dossier IA88031995 réalisé en 2020

Fiche

Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Légéville-et-Bonfays

Légéville a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste. Le village est pillé en 1634 et 1635 par les troupes françaises et suédoises, il n’y a plus un seul habitant relevé en 1647 et 1651 (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). Aussi, aucune ferme ne présente aujourd’hui d’éléments architecturaux visibles anciens, hormis quelques remplois de l’ancienne abbaye de Bonfays. Le village ne compte que 22 habitants en 1710 (Lepage et Charton. 1845).

Les bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1857 et 1887, ce qui correspond à la période d’apogée démographique du village. En effet, de 112 habitants en 1793, la population passe à 197 habitants en 1846 son maximum. Elle se maintient pendant quelques décennies, probablement en raison de la présence des carrières de pierre. Ainsi la plupart des fermes relevées du 19e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien). Le nombre d’habitant de Légéville-et-Bonfays chute rapidement à partir des années 1880, pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (45 hab. en 2014), malgré des soubresauts dans les années 1960 et 1990.

La Monographie de la commune de Légéville réalisée en 1888 par l’instituteur communal Mansuy (sources : AD88 - 11T22/195), apporte les précisions suivantes sur les modes de vies et pratiques dans le village à la fin du 18e siècle. Il mentionne que la noblesse possédait environ 1/6 des terres de Légéville, confiées à des fermiers. Ceux-ci cultivaient principalement du blé et de l’avoine, qui produisait plus de grains et moins de paille, par rapport à la productivité de la fin du 19e siècle. En 1789, très peu de gros légumes étaient cultivés, pas de fourrages artificiels et peu de fourrage naturel. Le commerce était peu développé, en raison de l’insuffisance des surplus, de l’absence de marché ou de foire, de l’état des routes et de la diversité des monnaies. La communauté demande même une réduction d’imposition suite à des dégâts que la neige persistante a fait aux récoltes en 1748. Les pratiques des affouages, de la vaine pâture et de la glandée sont attestées en 1726. Par exemple, en 1760, la communauté de Légéville comptait 17 chefs de ménage ayant droit à l’affouage, pour 148 habitants. Les propriétaires bénéficient gratuitement d’arbres dépérissant dans les forêts, afin de remplacer les pièces de charpentes ou les bardeaux de leur bâtiment sur devis dressé par un charpentier. Les cheminées, fours et lanternes doivent aussi être entretenus sous peine d’amende (5 francs en 1725). La commune possédait environ 5 hectares de pâturages communaux, qui ont été vendus vers 1811. Les bans étaient décidés par la communauté sur la récolte des blés et sur les pâturages, pour empêcher le maraudage et assurer la conservation des grains de nourriture et de semence. Elle employait notamment un castreur pour les cochons et les veaux de lait (1784). Un important moulin fonctionnait à l’abbaye de Bonfays, de même que des carrières de grès, qui avaient servies à la construction des bâtiments conventuels, et qui étaient « peu actives, malgré la qualité des produits ». Suite à la vente des processions de l’Abbaye comme Biens Nationaux, les matériaux des bâtiments ont été « pour la plupart employés dans la construction de diverses maisons et murailles de clôture à Légéville : on voit encore dans celle-ci des pierres et des bois sculptés ».

A partir du procès-verbal d’estimation de ces Biens Nationaux, il a été possible à l’architecte François Clasquin (1849-1917) et le docteur Charles Liégeois (1854-1925) de proposer une restitution en plan et élévation des bâtiments conventuels (église, cloître, sacristie, cimetière, cuisine, réfectoire, dortoirs…), auxquels s’ajoutent ceux des fermes, bougerie, engrangement, moulin, colombier, et maisons des fermiers, ouvriers agricoles et domestiques. L’abbaye possède des bois, trois moulins, des terres qu’elle exploite directement (17 jours de terre, 63.5 fauchées de prés, 10 jours de vigne situés à Bonfays, Pont-lès-Bonfays, Bainville-aux Saules, Rancourt, et Pierrefitte), et des gagnages laissés à bail pour 3, 6 ou 9 ans à des laboureurs des villages correspondant (103 jours de terre, 117 fauchées de prés, 21 jours de vigne situés à Bonfays, Pont-lès-Bonfays, Begnécourt, Ahéville et Gorhey). Toutefois, ces propriétés ne sont plus très importantes en comparaison de celles du moyen-âge (Rothiot. Les propriétés ecclésiastiques autour de Dompaire et leur vente pendant la Révolution. JEV 2011).

Au milieu du 19e siècle, le moulin à grains est important, et le commerce de blé et d’avoine se développe. En effet, les habitants produisent ces deux céréales, ainsi que de l’orge, des pois, du seigle et des pommes de terre (Lepage et Charton. 1845). Une partie du bois de Berlimbois est défriché vers 1840-1850, et mis en culture (Petitcolas, Jean. Le bois des Moines. 2008). Une féculerie est mentionnée en 1870 (Gley. 1870).

Les statistiques agricoles de 1882 (AD88 – Edpt269/3F1) précisent que les habitants cultivent aussi des betteraves fourragères, des graines oléagineuses et des fruits, tandis que l’élevage sur des prairies naturelles et artificielles se développe. Sur les 28 exploitants agricoles de Légéville-et-Bonfays, 82% possèdent des exploitations de moins de 5 hectares, et l’ensemble du village compte 10 charrues, 3 houes à cheval, 7 machines à battre et une faneuse. On dénombre également 35 chevaux, 83 bovins, 97 porcins, 7 caprins, 424 volailles, 40 pigeons, 90 lapins et 16 ruches.

L’exploitation de la vigne (lieu-dit Haut de la Vigne) est progressivement abandonnée suite à de faibles débouchés et aux crises du mildiou et du phylloxera vers 1900, remplacée par des vergers qui ont aujourd’hui disparu. La commune met toutefois à disposition des habitants un local de distillation au centre du village dans les années 1920 (AD88- Edpt269/1M1).

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88- 6M823) montre un village agricole avec 18 cultivateurs/cultivatrices, 12 manœuvres et domestiques ainsi qu’un meunier, un marchand de vache et une coquetière. Les femmes sont quasiment toutes dentellières (certaines sont aussi brodeuse, festonneuse, passementière ou perleuse, dans le premier du 20e siècle). Les autres habitants exercent une activité en lien avec les ressources naturelles du territoire que sont le bois (bucheron, marchand de bois) et la pierre (3 maçons et 13 tailleurs de pierre). Les carrières de grès de Bonfays (Boulangeot et Liégeois) emploient alors une vingtaine de personnes des villages avoisinants, puis déclinent rapidement : Le dernier carrier cesse l’activité au début des années 1930. A partir de cette date, plusieurs familles de tisserands s’installent à Bonfays, employées par Joseph Febvay. La fabrique de brosses Thérès et Cie est également active à Légéville pendant l’entre-deux-guerres.

Des patres sont en charge des troupeaux communaux, et sont logés dans une maison qui est reconstruite à neuf en 1822 selon les plans de André Sartory (architecte de l’arrondissement à Mattaincourt) par François L’Ecole (charpentier et entrepreneur à Pierrefitte). Ce bâtiment est contigu à la salle de classe, ce qui pose des problèmes d’hygiène et de morale (fumiers et des bêtes mâles). Aussi, lorsqu’il nécessite des réparations en 1861, c’est l’occasion d’en faire le logement de l’instituteur, et d’acquérir une nouvelle maison pour le berger située chemin de Begnécourt à Légéville (parcelle cadastrale 1842 B 1013 et 1014). Victime d’un incendie, ruinée et abandonnée depuis plusieurs années, elle est vendue en 1887 (AD88-2O276/9).

La présence d’un berger communal est ensuite épisodique et la pratique la vaine pâture est supprimée dans la commune en 1912 (Ad88-2O276/10). L’assolement triennal et les affouages sont encore en vigueur au milieu du 20e siècle. Le village est électrifié à partir de 1926 (AD88- 2O276/11). Avant l’installation du système d’adduction d’eau, il est alimenté par un ensemble de puits particuliers, d’un égayoir (pédiluve pour chevaux) et de trois fontaines-lavoirs publics.

Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Légéville-et-Bonfays comprend 33 résidences (source INSEE - 2015), dont 1 édifice étudié et 7 bâtiments repérés à Légéville ; Bonfays ayant été transformé à plusieurs reprises suite à la disparition de l’abbaye.

Le patrimoine bâti y est principalement composé d’anciennes fermes à trois travées de plan, avec la grange séparant le logis de l’étable (57% du corpus). Les autres fermes sont soit plus modestes avec deux travées : grange et logis avec étable à l’arrière (29%) ; soit de grandes dimensions, avec quatre travées ou plus (14%). Une ferme à pavillon est remarquable. La part des fermes à double logis de la commune est assez importante par rapport aux autres territoires des Vosges (29%). Il existe probablement une ferme à charri (avant-grange). Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie et non mitoyens sauf un. En effet, Légéville prend la forme d’un village-rue peu dense, s’étirant le long de la rue principale.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans toutes les fermes. L’habitation est généralement en profondeur (71%), avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Les logements en largeur (29%) présentent les deux pièces d’habitation en façade antérieure, avec souvent une chambre derrière. Aucune pièce borgne n’a été localisée. Généralement, l’étable bénéficie d’une travée traversante. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers couvrent l'ensemble. Le jardin potager qui s’étend à l’arrière et sur le côté, est généralement clôturé par un muret en pierre sèche avec une couvertine en pierres de taille demi-cylindriques.

Les fermes de Légéville-et-Bonfays sont construites avec des moellons de grès local enduits. La ferme à pavillon est remarquable par son parement de galets atypique (IA88032056). L’ensemble est couvert d'une charpente à longs pans, sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Quelques reprises avec matériaux récents sont visibles. Les encadrements des ouvertures sont en pierres de taille de grès rose, extraites de la carrière de Bonfays dont les teintes vont du rouge au beige en passant par le bigarré. Ils ont souvent été badigeonnés de blanc. Ils présentent tous des linteaux droits, hormis ceux d’une ferme du 18e siècle qui sont segmentaires délardés. Il y a un oculus pour éclairer le grenier, mais pas de baies anciennes. Les portes charretières sont en plein cintre (29%), en anse de panier (14%), ou à linteau droit repris avec une poutre en bois, en ciment ou IPN (57%).

Le bâti conserve peu éléments de décor (niche, statue, agrafe, date portée, bandeau en pierre de taille séparant les niveaux, porte piétonne partiellement vitrée et protégée par une grille en fonte ouvragée…). Un linteau remployé portant l'inscription "IHS FRANCOIS FORIN 1624" est à noter. Les fermes présentant des chaînes d'angle sont assez nombreuses (57%), ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par deux autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit.

Une charrue à avant-train et brabant double (IM88030572) de la première moitié du 20e siècle est située dans la rue de la Fontaine à Légéville.

Typologies ferme à double logis, ferme à pavillon
Toits tuile mécanique, tôle ondulée, tuile creuse
Murs grès moellon enduit
grès pierre de taille badigeon
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 7
nombre d'oeuvres étudiées 1
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 33

Références documentaires

Documents d'archives
  • Mansuy. État de la communauté de Légéville avant 1789. (20 décembre 1888)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T22/195
Documents figurés
  • Clasquin, François, Liégeois, Charles. Essai de reconstitution de l'abbaye de Bonfays et de ses dépendances. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1908, p. 1-27

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Plan cadastral napoléonien de Légéville-et-Bonfays, en 1842 (sources : AD88 3P5204)

Bibliographie
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Gley, Gérard. Géographie, physique, industrielle, administrative et historique des Vosges. Epinal 1870

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique)

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Petitcolas, Jean. Le bois des Moines, In Revue Populaire Lorraine n°201. Avril-mai 2008

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Rothiot, Jean-Paul. Les propriétés ecclésiastiques autour de Dompaire et leur vente pendant la Révolution. In Actes des 13eme Journées d'Etudes Vosgiennes.14, 15, et 16 octobre 2011. Imprimerie Thorax. Nancy. 2012.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux-Thivet, Anne. L’abbaye de Bonfays dans la circarie de Lorraine (XIIe-XIIIe siècle). In Actes des 13eme Journées d'Etudes Vosgiennes.14, 15, et 16 octobre 2011. Imprimerie Thorax. Nancy. 2012

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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