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Architecture rurale de la commune de Madonne-et-Lamerey

Dossier IA88031884 réalisé en 2019

Fiche

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Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Madonne-et-Lamerey

Madonne-et-Lamerey a beaucoup souffert lors de la guerre de Trente ans et de l’épidémie de peste dans les années 1630 (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912). La commune ne récence que 41 habitants en 1710 (Lepage et Charton. 1845). Aussi, peu de fermes présentent aujourd’hui des éléments architecturaux visibles anciens. Deux d’entre elles portent les dates 1738 et 1742, évoquant la phase de reconstruction soutenue par la politique du Duc Léopold. Les autres bâtiments datés par une pierre gravée ont été construits ou rénovés en 1789, An 8, 1825, 1837 et 1844 ; ce qui correspond à une période de forte croissance démographique. La population du village passe en effet de 254 habitants en 1793 à 515 personnes en 1846, son maximum. Puis cette population décroit progressivement pendant le siècle suivant en raison de l’exode rural (346 hab. en 1926). Le nombre d’habitants se stabilise depuis autour de 400, hormis une hausse dans les années 1960. Ainsi les anciennes fermes relevées sont datables des 18e et 19e siècles, sauf deux qui remontent au 17e siècle (critères morphologiques et architecturaux, cadastre ancien).

La monographie de la commune de Madonne-et-Lamerey réalisée en 1889 par l’instituteur Thenot (sources : AD88 - 11T23/206) mentionne que la communauté de Madonne était composée des villages de Madonne, Lamerey, Naglaincourt, du Val-d’en-Haut et du Val-d’en-Bas et des fiefs de Chenimont et de Craincourt, et quelques habitations situées au vignoble du Haut-Fays, finage de Lamerey. Les populations de l’ouest du ban sont rattachées à Laviéville et à Dompaire par l’ordonnance du 6 mai 1836. Il apporte aussi les précisions suivantes sur les modes de vies et pratiques dans la commune à la fin du 18e siècle : Les habitants y produisaient principalement du blé, et un peu de foin. Quelques-uns faisaient du commerce de chevaux. Les dentellière et les fileuses étaient nombreuses, complétées par plusieurs tailleurs d’habits, quelques couturières et tisserands. Il relève le moulin à grain de Madonne, et l’huilerie de Lamerey qui est peu importante. Les affouages et la vaine pâture sont pratiqués notamment dans la prairie de Rovoy, et donnent lieu à de nombreux procès-verbaux dressés pour amender les délinquants. Les foires de Dompaire étant alors très mal approvisionnées, les échanges se font surtout par le marché de Mirecourt, d’autant plus que la route entre Epinal et Mirecourt (la Route Royale n°66 entre Paris et Bâle) construite en 1759, est la seule voie en bonne état à la fin du 18e siècle.

Au milieu du 19e siècle, les habitants du Madonne-et-Lamerey produisent essentiellement des céréales. Les revenus agricoles sont complétés par le commerce de chevaux et de dentelles. Le moulin à grains et l’huilerie fonctionnent toujours (Lepage et Charton. 1845), cependant le moulin de Lamerey disparait avant 1889. Les statistiques agricoles de 1857 (AD88 – Edpt286/3F1) précise que les exploitants de la commune cultivent du blé, de l’avoine, de l’orge, du seigle, de l’épeautre, de la vigne, de fèves, des pois, des pommes de terre, des graines oléagineuses, ainsi qu’un peu de chanvre et de houblon. Ils exploitaient aussi des prairies naturelles et artificielles pour subvenir au besoin des 92 chevaux, 144 bovins, 241 porcins, 160 ovins, ainsi que des quelques 480 volailles et 450 ruches. Ils possèdent aussi 20 charrues à avant-train, 4 machines à battre avec manège, 3 scarificateurs et 58 charriots.Au début du 20e siècle, la culture de la betterave fourragère et des arbres fruitiers (pommes, poires, prunes) se développent, mais les graines oléagineuses, le chanvre et le houblon sont abandonnés, tandis que l’élevage est restreint : 92 bovins, 57 porcs, 4 chevaux, 3 caprins sont seulement recensés en 1922. L’exploitation de la vigne est réputée, surtout au Haut-Fays, mais elle est progressivement abandonnée vers 1900, suite à de faibles débouchés et aux crises du mildiou et du phylloxera.

L’observation du recensement de la population en 1886 (AD88-6M840) montre un village agricole avec 48 cultivateurs/propriétaires-exploitants et 42 manœuvres et domestiques, mais aussi cette importante activité viticole, surtout à Lamerey (22 vignerons) et même un apiculteur. Les artisans sont peu nombreux (3 menuisiers, 1 tonnelier, 2 charpentiers, 6 maçons, 2 peintres, 1 boulanger, 1 meunier, 1 serrurier, 2 cordonniers, 1 tailleur d’habit), cependant les activités commerciales sont plus développées : 6 marchands de bétail, de fourrage ou bois, négociants, voyageur de commerce, 2 conducteurs de voiture, 2 épiciers, 3 cafetiers. La proximité urbaine de Dompaire dans le quartier du Val d’en Haut est visible par la présence de professions libérales tels que : greffier de paix, avocat, clerc de notaire, médecin, vétérinaire… L’activité textile emploie une grande partie des femmes : 38 brodeuses (dont une entrepreneuse), 11 dentellières, 4 couturières, 1 festonneuse, 1 perleuse, 3 lingères et 1 repasseuse. Les autres femmes sont cultivatrices, domestiques, journalières, épicières ou cafetières.

Les archives communales (Ad88-2O293/10 et Edpt286/1M1) précisent qu’avant 1845, le berger communal était logé dans le même bâtiment que l’école, la salle du conseil et l’habitation de l’instituteur, construit en 1820 selon les plans de Granddidier (architecte de l’arrondissement, à Dompaire), par Thomas Sartori (maitre maçon à Mirecourt). Les travaux d’agrandissement et de réparation de 1845 sont l’occasion d’acquérir une nouvelle maison spécifiquement pour le berger, située au lieu-dit Le Pâtis à Madonne. Elle est composée d’un poêle, d’une cuisine et d’un grenier au-dessus, avec un jardin à coté et un puits, auxquels la commune fait adjoindre une étable.Le bâtiment est détruit par l’incendie qui a éclaté à Madonne le 28 janvier 1857. Les matériaux restants et le terrain sont vendus l’année suivante.Faute de moyen financier, une nouvelle maison communale n’est acquise par la commune qu’en 1878, située rue du Haut Fays à Lamerey (parcelle cadastrale 1841 C 1002 ; 2020 OB 667). Un berger communal est également signalé jusque vers 1910, habitant à Lamerey, route d’Epinal. Des marcaires sont par la suite employés de manière ponctuelle par des propriétaires privés. Sans utilité après l’abandon du troupeau communal, la maison du pâtre tombe en ruines et est vendue en 1928.

Trois foyers sont aussi en charge de garder les barrières de la voie de chemin de fer Epinal-Neufchâteau qui concoure au dynamisme du village entre 1878 et 1989 (fermeture partielle de la ligne).

Il est à noter que les archives (AD88-Edpt286/1M1) conservent les plans de trois anciennes fermes qui ont fait l’objet de plans de réaménagement en vue de l’installation des écoles :

- La maison Ravon, l’actuelle maire : 46 rue du Colombier à Lamerey,

- La maison Béry, correspondant à la ferme repéré n°33, située 223 rue du Breuil à Lamerey (projet d’école abandonné),

- L’ancienne école de garçons, installée au 41 rue du Haut-Fays à Lamerey, redevenue une habitation.

Une grande partie des anciennes fermes de Lamerey ont été conservées et réhabilitées récemment. Cependant celles de Madonne ont été en grande partie détruites par l'incendie de 1857 et lors de la Bataille de Dompaire les 12 et 13 septembre 1944. Cet important affrontement permet aux unités blindées de la Division Leclerc de stopper la contre-offensive de la 112e Panzer Brigade allemande. Le soutien aérien américain entraîne notamment l’incendie de plusieurs habitations à Madonne.

Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , porte la date, daté par travaux historiques

Madonne-et-Lamerey comprend 227 résidences (source INSEE - 2015), dont 36 bâtiments repérés et 4 étudiés.

Le patrimoine bâti y est majoritairement composé d’anciennes fermes à deux ou trois travées de plan (78% du corpus). La grange et le logis sont accolés tandis que l’étable se place soit à l’arrière du logis, soit de l’autre côté de la grange. Les autres fermes sont de grandes dimensions, à quatre travées ou plus (19%). Une des trois maisons de manouvriers ne possèdent qu’un logis. Deux fermes à un plan en L et une ferme à pavillon ont été repérées sur la commune. La part des fermes à double logis de la commune est assez importante par rapport aux autres territoires des Vosges (28%). Neuf fermes à charri (avant-grange) ont aussi été identifiées, toutefois, il en existe probablement au moins une demi-douzaine d’autres (non vues), ce qui représente une densité assez forte (36%). Tous les bâtiments relevés sont parallèles à la voie sauf un qui est perpendiculaire à la rue, afin de bénéficier d’une meilleure implantation et de se dégager un large usoir. 78% des anciennes fermes relevées sont mitoyennes, toutefois la plupart des constructions isolées sont situées à Madonne, hameau qui possède une structure lâche. A L’inverse Lamerey et le Val d’en Haut, sont assez denses, organisés en village-rue s’étirant le long de la R.D. n°266.

On pénètre dans le logis par une porte piétonne dans 44% de ces fermes. En l'absence de ce passage, on entre dans l'habitation par la porte charretière. Les logis sont plutôt en profondeur (66%), avec une chambre (le poêle) s’ouvrant sur la rue et une cuisine derrière éclairée par le mur pignon. Les logements en largeur (33%) présentent les deux pièces d’habitation en façade antérieure, avec souvent une chambre derrière. Aucune pièce borgne n’a été localisée, toutefois, il en existe peut-être deux (non vues). Généralement, l’étable bénéficie d’une travée traversante. Des chambres à grains sont installées au-dessus des pièces de vie, et des greniers couvrent le tout. Deux pigeonniers ont été identifiés dans des combles. Deux pots à moineaux (nichoirs) en terre cuite sont aussi accrochés en façade antérieure. Le jardin potager s’étend à l’arrière, mais dans cinq cas, il a été installé sur l'usoir, clôturé d'un muret surmonté d'une grille en fer. Quelques arbres fruitiers (vigne, poirier) ont aussi subsisté contre les façades.

Les fermes de Madonne-et-Lamerey sont construites avec des moellons de calcaire ou grès enduits, avec quelques reprises récentes en ciment ou en briques. Elles sont couvertes d'une charpente à longs pans, avec parfois une demi-croupe, sur laquelle reposent des tuiles mécaniques. Quelques tuiles creuses et reprises avec matériaux récents sont visibles. Les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille de grès, souvent badigeonnés de blanc. Il existe aussi quelques rares fenêtres encadrées de briques ou de bois. Ils présentent des linteaux droits (52%), segmentaires délardés (39%), segmentaires (2%) et quelques éléments sculptés sur des baies anciennes (7%). Des oculi sont également utilisés pour éclairer les greniers et les charris. Les portes charretières sont en plein cintre (53%), en anse de panier (15%), segmentaires (9%), ou à linteau droit en grès repris avec une poutre en bois ou IPN (23%).

Le bâti conserve quelques éléments de décor (niches, statues, agrafes, corniches, bandeaux en pierre de taille, lambrequin sous la toiture…), six encadrements de porte charretière chanfreinés, et un autre mouluré. Deux portes et trois ouvertures anciennes sont chanfreinées. Une baie moulurée est également conservée. Les fermes présentant des chaînes d'angle sont assez nombreuses (36%), ce qui indique un effort d'ornementation des habitations, complétées par la demi-douzaine d’autres portant de fausses chaînes d'angle peintes sur l'enduit. L’encadrement de quatre portes charretières est muni d’une agrafe et de moulures à la hauteur des chapiteaux. Quelques exemples de portes piétonnes avec des menuiseries intéressantes (petits bois, décors de chevrons) ont également été relevés, ainsi que des loquet-pouciers à poignée en fonte, marquises, garde-corps, grilles de clôture, bancs en pierre et pompes à eau. Un peu moins d’un quart des bâtiments porte une date ou une pierre de fondation, faisant parfois une référence religieuse.

Un semoir (IH, modèle n°327F) du milieu du 20e siècle est placée, rue du Haut-Fays, ainsi qu’une charrue à avant-train.

Typologies ferme à double logis, ferme à pavillon, maison de manouvriers, ferme à plan en L, ferme à charri
Toits tuile mécanique, tôle ondulée, ciment amiante en couverture, tuile creuse
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres reperées 36
nombre d'oeuvres étudiées 4
nombre des immeubles au dernier recensement de l'INSEE 227

Références documentaires

Documents d'archives
  • Thenot. Madonne-et-Lamerey. Communauté de Madonne à la veille de la Révolution de 1789. (28 mars 1889)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 11T23/206
Documents figurés
  • Plan cadastral de Madonne-et-Lamerey (1841)

    Archives départementales des Vosges, Épinal : 3P5221
Bibliographie
  • Michler, Mathieu. Les Vosges 88 . Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2004. - 426 p. : ill., croquis, plans, cartes ; 30 cm. (Carte archéologique)

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
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