Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Architecture rurale du canton de Dompaire

Dossier IA88031846 réalisé en 2018

Fiche

Á rapprocher de

Cette étude porte sur le territoire de l'ex-canton de Dompaire (en vigueur jusqu'en 2014), à savoir les 30 communes de : Ahéville, Bainville-aux-Saules, Bazegney, Begnécourt, Bettegney-Saint-Brice, Bocquegney, Bouxières-aux-Bois, Bouzemont, Circourt, Damas-et-Bettegney, Derbamont, Dompaire, Gelvécourt-et-Adompt, Gorhey, Gugney-aux-Aulx, Hagécourt, Harol, Hennecourt, Jorxey, Légéville-et-Bonfays, Les Ableuvenettes, Madegney, Madonne-et-Lamerey, Maroncourt, Racécourt, Regney, Saint-Vallier, Vaubexy, Velotte-et-Tatignécourt, et Ville-sur-Illon.

Elle a débuté en 2018 par l'étude du tiers nord, s'est poursuivie en 2019 par la partie centrale, puis s'est achevée en 2020 par la partie sud.

919 anciennes fermes, maisons de manouvriers et annexes y ont été repérées et 142 étudiées (soit une part de 15.4%) dans le cadre de l'étude thématique de l'architecturale rurale du Xaintois.

Aires d'études Dompaire
Dénominations ferme, maison
Adresse Commune : Vosges

La présence humaine est avérée sur le territoire d’étude dès l’âge du bronze. Les vestiges archéologiques gallo-romains attestent d’une occupation importante donnant naissance à la plupart des villages qui s’organisent au Haut-Moyen-âge.

La structuration spirituelle se fait au Moyen-âge dans le cadre du doyenné de Porsas (Poussay) dans la vallée du Madon, et du doyenné de Jorxey pour les autres (diocèse de Toul). Le chapitre de Remiremont partage l’administration de haute, moyenne et basse justice avec le Duc de Lorraine et les seigneurs locaux. Ces communautés appartiennent au Duché de Lorraine, bailliage des Vosges et à la prévôté de Dompaire, sauf Gugney-aux-Aulx et Bettegney-Saint-Brice qui dépendent de la prévôté de Charmes. Créée en 1617, la prévôté de Ville est transformée vers 1637 en marquisat qui comprend Ville-sur-Illon, Girancourt, Escles, Les Ableuvenettes, Gelvécourt, Adompt, Begnécourt, Hennecourt, Gorhey, Pierrefitte et Laviéville (Morizot, Jean-Aimé. Les Livron et les débuts du Marquisat de Ville. JEV 2011).

Le développement médiéval

Dompaire se développe à partir de l’installation des seigneurs au 12e siècle, et devient un bourg médiéval protégé par une enceinte et un centre politique, juridique et économique important au début du 13e siècle.

Le territoire qui en dépend à la fin du 15e siècle est agricole. On y pratique l’assolement triennal avec une culture de froment la première année, d’orge ou d’avoine la seconde, puis la terre est laissée en jachère la troisième. Les jardins potagers et les petits vergers complètent l’alimentation ; la cueillette des fruits (pommes et poires sauvages) est surveillée. L’élevage de volaille et de porc est répandu, tout comme la pratique de l’apiculture. Les sources mentionnent peu l’élevage bovin, ovin et la viticulture, toutefois il est probablement important puisque le vin est la première boisson consommée, et que les bœufs et chevaux sont les outils de travail de la terre indispensables. La pratique de la vaine pâture et de la garde de troupeaux communs par les pâtres sont également attestées. Les étangs fournissent un approvisionnement complémentaire en poissons. La chasse, le pâturage et la glandée des porcs dans les sous-bois sont surveillés par l’administration du gruyer. Les forêts procurent du bois de construction (charpentes, véhicules, clôtures…), de chauffage domestique et pour l’industrie (charbon de bois pour les forges, tuileries…). Le commerce de grain et de bétail est favorisé par la tenue de marchés, de foires annuelles et de halles à Dompaire et Ville-sur-Illon.

L’activité artisanale est principalement réalisée en complément de l’activité agricole (vannerie, menuiserie…). La culture du lin, du chanvre et la laine fournit la matière première pour les fabrications textiles domestiques et peut-être pour les drapiers de Mirecourt et d’Epinal. L’industrie médiévale est composée de fours à pains et de moulins banaux (pour la farine, l’huile, ou le chanvre). Un battant à écorces est aussi mentionné à Dompaire pour les broyer et en extraire le tan indispensable au tannage des peaux (Bouyer, Mathias. La prévôté de Dompaire à la fin du 15e siècle : Aspects administratifs et économiques ; Morizot, Jean-Aimé. Les Livron et les débuts du Marquisat de Ville. JEV 2011)

Les troubles et reconstructions de l’époque moderne

Le territoire est affecté par les conflits, notamment par les armées bourguignonnes de Charles le Téméraire en 1475, le Château d’en Bas de Ville-sur-Illon résiste, tandis que la forteresse de Dompaire est incendiée. Mal-entretenue par la suite, les fortifications sont proches de la ruine au 17e siècle, n’offrant pas de résistance pendant la guerre de Trente Ans. L’ensemble des villages alentours est pillé en 1634 et 1635 par les troupes françaises et suédoises, qui détruisent ensuite les châteaux de Dompaire, Bainville-aux-Saules, Vaubexy et Ville-sur-Illon. En parallèle, l’épidémie de peste fait de nombreuses victimes en 1629, 1631, 1632 et 1636, entrainant le dépeuplement d’un grand nombre de villages jusque dans les années 1650. Adompt, Bocquegney, Damas, Derbamont, Jorxey, Légéville et Tatignécourt sont vides d'habitants. Il ne reste qu’un à cinq foyers à Ahéville, Bainville, Bettegney-Saint-Brice, Bouxières, Bouzemont, Gugney-aux-Aulx, Harol, Hagécourt, Saint-Vallier. Les terres sont en friche et deux villages sont définitivement abandonnés : « Blaye » au nord de Racécourt, et « La Rue-Devant-Dompaire » mentionné en 1594 et dont il ne reste que les armes mutilées de la famille des Porcelets remployées dans la ferme de Chenimont. La présence des armées française et suédoise se prolonge encore plusieurs décennies, puisque Gugney-aux-Aulx est à nouveau pillé en 1670 par les troupes du Maréchal de Créquy, assiégeant Châtel-sur-Moselle (Idoux. Les ravages de la guerre de Trente ans dans les Vosges.1912)

Ainsi, très peu de vestiges et d’éléments architecturaux antérieurs à cette période sont encore visibles aujourd’hui, à l’exemple du remarquable bas-relief figurant un attelage de quatre chevaux tirant une charrue manœuvrée par deux hommes et portant la date 1567. Il est a noté que la plus ancienne mention en place sur une ferme du territoire d’étude, date 1618, et a été relevée au nord de l’Église de Laviéville (Dompaire). Les dates portées suivantes identifiées évoquent la reconstruction qui se fait lentement à la fin du 17e siècle : 1634 à Begnécourt, 1642 et 1682 à Bouzemont, 1659 à Harol, 1684 à Hagécourt, 1696 à Dompaire. Ces pierres de fondation sont toutes en remploi. Les communautés se reconstituent ensuite assez rapidement au début du 18e siècle, au vu des dénombrements de populations de 1710 (Lepage et Charton. 1845), ainsi que du nombre de fermes établies à cette époque. Une vingtaine d’entre elles portent des dates des années 1720 évoquant cette période de reconstruction soutenue par la politique du Duc Léopold.

La population de l’ex-canton de Dompaire atteignant près de 9000 personnes à la fin du 18e siècle, l’ensemble des communes se développement autour d’une économie agricole basée sur l’assolement triennal et la vaine pâture. Ce principe, régi par la coutume lorraine, permettait aux habitants de posséder des bêtes blanches (ovins, caprins, porcins) et des bêtes rouges (bovins) qui étaient regroupées en troupeaux sous la conduite de bergers employés par la communauté. Ils devaient mener les animaux paître sur les terrains communaux (bordures de chemins, prairies, jachères, vergers, voire dans les bois) sans qu'ils y fassent de dégâts. La gestion commune des cultures nécessite aussi la régulation des fenaisons, des moissons et des vendanges, qui sont fixées par des bans jusqu’à la fin du 18e siècle. Les cultivateurs et surtout les manouvriers complètent leur revenu par des activités artisanales (menuiserie, vannerie, saboterie, tissage, charronnerie, meunerie…) et commerçantes (marchands de bestiaux ou de grains, colporteurs, aubergistes…). Les communes situées sur le tracé de la route royale n°66 de Bar-le-Duc à Bâle en passant par Épinal et Mirecourt bénéficient à partir de 1759 d’échanges leur permettant d’assoir leur prospérité (Tatignécourt, Dompaire, Lamerey, Damas). Les professions libérales et administratives sont concentrées dans les villes de Dompaire et Ville-sur-Illon (médecins, juristes…).

Les réorganisations du 19e siècle

A l’époque de la Révolution de 1789, les biens confisqués aux nobles émigrés et aux ecclésiastiques représentaient une importante superficie dans les communes de l’ex-canton de Dompaire, pour l’essentielle mise en fermage à des cultivateurs locaux. Cette organisation est bouleversée par leur aliénation au profit de marchands urbains, de cultivateurs aisés, de vignerons et d’artisans des villages. Ces transferts consolident les grandes propriétés et favorisent l’accession à la petite propriété foncière rurale en exploitation directe, qui caractérisent l’usage rural du 19e siècle (Rothiot. Les propriétés ecclésiastiques autour de Dompaire et leur vente pendant la Révolution. In JEV 2011). Il est à noter aussi que quelques pierres provenant de bâtiments détruits suite à la Révolution (Abbaye de Bonfays, Château de Ville-sur-Illon) sont remployées dans les maçonneries des fermes.

La population du village continue d’augmenter jusqu’à plus de 12 800 personnes en 1846, son maximum. C’est une période de développement important qui se traduit aussi par l’accroissement du nombre de logements dans les villages, aussi bien par la construction de nouvelles fermes que par la subdivision de bâtiment en deux logis ou plus. Ainsi la plupart des fermes relevées datent de la première moitié du 19e siècle (critères morphologiques, architecturaux et historiques). Ensuite, la population de l’ex-canton chute progressivement pendant le siècle et demi suivant en raison de l’exode rural (4961 habitants en 1982 ; sources : Ldh/EHESS/Cassini). Ce phénomène se traduit par moins de nouvelles constructions, et des rénovations ou abandons de bâtiments existants.

Dompaire et les communes environnantes restent essentiellement rurales jusqu'au début du 20e siècle. L'excédent des récoltes se vend sur les marchés de Dompaire, de Ville-sur-Illon et de Mirecourt principalement, voire de Thaon-les-Vosges et d’Épinal. L'agriculture se modernise progressivement au cours du 19e siècle. L'emploi de machines agricoles est encore limité dans la première moitié du 19e siècle, en raison de la pente des terrains et de la petite taille de parcelles résultant de partages successoraux morcelant les terres. Il s’agit principalement de houes, charrues, charriots et machines à battre manuelles, possédés par les cultivateurs. Il est à noter qu’une ferme modèle est établie dans les années 1820, à Saurupt (Harol). Elle est remarquée par le modernisme de sa gestion et certains des employés sont récompensés pour leur travail exemplaire. La spécialisation des machines agricoles s’effectue à la fin du 19e siècle, avec l’arrivée de faucheuses mécaniques, faneuses, râteaux, moissonneuses, semoirs, batteuses mécaniques, systèmes pour décharger le foin dans les greniers (croix de lorraine, griffes)… L'emploi de ces machines permet également de réduire la main-d’œuvre nécessaire pour réaliser les fenaisons et les moissons. En effet, la transition démographique et l'exode rural a créé une pénurie d'ouvriers agricoles et de journaliers, qui se fait particulièrement sentir à partir des années 1870.

Parallèlement, des échanges de terre entre les propriétaires sont effectués à cette époque, pour regrouper les parcelles trop exiguës et limiter les frais d'exploitation. Les prairies naturelles et artificielles s’accroissent aussi au détriment de la vaine pâture, dont la pratique est en usage autour de Dompaire jusqu'au début du 20e siècle. L'élevage est en effet important tant pour les cultivateurs que les manouvriers, qui y trouvent l’alimentation quotidienne (lait, œufs, viande…), aussi bien que le fumier et des ressources financières par la vente des bêtes, du lait, de la laine, des plumes. A la fin du 19e siècle, l'élevage des ovins et caprins est progressivement abandonné au profit de celui des vaches laitières et des veaux de boucherie. Les collectes sont faites principalement par les laiteries industrielles Leclerc à Ville-sur-Illon, Thomassin à Valleroy, puis Bongrain-Gérard au Tholy.

Evolution des répartition des types d'élevages dans l'ex-canton de Dompaire entre 1835 et 1936 (d'après les statistiques agricoles : AD88 - série Epdt /3F1) Evolution des répartition des types d'élevages dans l'ex-canton de Dompaire entre 1835 et 1936 (d'après les statistiques agricoles : AD88 - série Epdt /3F1)

L’alimentation des foyers est complétée par les potagers et les vergers qui se développent malgré les pertes dues aux fortes gelées de l'hiver 1879-1880. Les arbres fruitiers remplacent notamment une partie des vignes qui sont délaissées lors de l'arrivée des vins du Midi par le chemin de fer (à partir de 1878) et suite aux maladies (Anthracnose et Mildiou après 1885, Oïdium et Phylloxera après 1900).

Répartition des terres agricoles dans l'ex-canton de Dompaire vers 1900 (sources : Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).Répartition des terres agricoles dans l'ex-canton de Dompaire vers 1900 (sources : Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

En parallèle de leur production agricole, nombre de familles complète leur revenu par des activités artisanales ou commerçantes. Quasiment tous les villages possèdent un maréchal-ferrant, un maçon, un charpentier, un cordonnier, un cafetier, un boulanger, un charron.... En plus de la gestion du foyer et du potager, les femmes travaillent au côté de leur époux (cultivatrice, cafetière, épicière, garde-barrière…) ou à domicile en tant que brodeuses, dentellières, couturières, voire tricoteuses, perleuses, festonneuses, fileuses ou lingères.

Les carrières et tuileries constituent également des ressources importantes pour le territoire, notamment celles de Adompt, Bonfays, Circourt et Ville-sur-Illon, tout comme les moulins qui se développent au 19e siècle. La carte des Naudin en comptabilise 18 sur l’ex-canton de Dompaire, celle de Cassini 19, et le cadastre napoléonien 26. Ces moulins à grain ou à huile sont situés soit sur des biefs, soit sont combinés avec un étang présentant l’avantage d’une activité piscicole complémentaire. Ces petits étangs en chapelets fonctionnent par éclusée (Harol). Beaucoup ont été détruit pendant la guerre de trente ans, ou asséchés pendant la période révolutionnaire. Un moulin à vent au sud de Dompaire est figuré en 1841 (AD88 – 3P5091), et un autre à Gugney-aux-Aulx en 1892 (AD88-227/3F1), dont les fonctionnements ont probablement été de courte durée (Chossenot. Les moulins du canton de Dompaire, XVIIIe et XIXe siècles. JEV 2011).

La diversification et la modernisation contemporaines

Le dynamisme commercial et l’industriel de l'ancien canton de Dompaire s’accélère avec la mise en service de la ligne de chemin de fer entre Épinal et Neufchâteau, déclarée d'utilité publique en 1873, et passant par les gares de Bocquegney, Hennecourt, Dompaire, Racécourt et Velotte-et-Tatignécourt. Harol est également desservi par le tronçon Darnieulles-Jussey à partir de 1886, qui est fermé partiellement en 1951, puis définitivement en 1973. Le tronçon Épinal-Mirecourt est fermé à la circulation en 1989.

A la fin du 19e siècle et surtout au 20e siècle, pendant que les femmes prennent en charge la culture, les petits cultivateurs et les manouvriers sont employés dans les manufactures qui se développent à proximité, devenant ouvriers-paysans. Parmi les usines les plus importantes du secteur, on peut mentionner les tissages (Boussac à Vincey, Haffner à Dompaire…), les productions manufacturés (brosses et balais Pierrot à Dompaire, l’Usine de Tubes à Vincey, construction métallique Fournier à Harol…), la brasserie de Ville-sur-Illon, ainsi que des entreprises de bâtiments et travaux publics (Cracco à Mirecourt, Compagnie Lorraine d’électricité).

Au début du 20e siècle, l’assolement triennal commence à être remis en cause régulièrement pour améliorer les rendements, par exemple, l’avoine pouvant être plus productif s’il n’est pas planté après le blé. Constatant que les cultures ne sont pas assez amendées par des fumures efficaces, l’ajout d’engrais chimiques est encouragé. Il en est de même pour le triage des semences améliorant les variétés, notamment par l’utilisation de trieur mécanique en fonction de la taille (pour le blé) ou du poids (pour l’avoine). Quelques communes encouragent le progrès agricole avec le soutien du Génie Rural (Ministère de l’Agriculture), par l’acquisition de matériel communautaire comme un trieur à Ville-sur-Illon en 1897, des bascules publiques (Dompaire, Racécourt en 1908, Damas-et-Bettegney en 1928, Bettegney-Saint-Brice en 1935 …), ou d’ateliers de distillation (Bocquegney, Jorxey, Légéville, Maroncourt, Ville-sur-Illon…). Les syndicats et les coopératives agricoles se développent aussi à cette période pour mutualiser l’achat de matériel agricole, de semence ou la vente de lait et de bétail (AD88- 4U11/84).

Les propriétés s’agrandissent dans la première moitié du 20 siècle. Les cultivateurs cherchent en effet à regrouper leurs terres par des acquisitions ou des échanges. Parallèlement, les manouvriers ne parviennent pas à s’étendre en raison de la surenchère des terrains et du manque de journaliers pour les aider lors des gros travaux. Les exploitations ont donc tendance à augmenter leur surface de culture à l’exemple de Légéville entre 1892 et 1942 :

Evolution entre 1892 et 1942 du nombre d’exploitations rurales de Légéville en fonction de leur surface (source : Fond Savouret - 147J670)  Evolution entre 1892 et 1942 du nombre d’exploitations rurales de Légéville en fonction de leur surface (source : Fond Savouret - 147J670)

Ce phénomène est aussi lié à l’exode rural en raison du départ d’une partie des habitants qui laissent de nombreux maisons et terrains vacants. Les anciennes fermes sont acquises par ceux qui restent au village, qui les utilisent en tant que réserve foncière et comme greniers pour entreposer leur propre production qui augmente considérablement. Elles peuvent servir d’étables pour les troupeaux qui passent à plus d’une dizaine de bêtes par exploitant. Elles sont également utilisées comme remises pour abriter les machines agricoles de plus en plus nombreuses et imposantes.

Schéma figurant les fermes habitées et inhabitées de Légéville, dressé en 1942 par l’instituteur (source : Fond Savouret - 147J670).Schéma figurant les fermes habitées et inhabitées de Légéville, dressé en 1942 par l’instituteur (source : Fond Savouret - 147J670).

Dans ce contexte d’exode rurale, la mécanisation se poursuit, mais ne se généralise qu’après la seconde guerre mondiale. Les batteuses mécaniques mues par des manèges à chevaux ont été progressivement remplacées par des générateurs. Les premiers tracteurs (Renault, Massey-Ferguson…) et tronçonneuses arrivent dans les villages avec le plan Marchal dans les années 1950. Les anciennes fermes inutiles, tombent en ruines et disparaissent dans la seconde moitié du 20e siècle. Les autres perdent leur fonction agricole, sont rénovées et servent uniquement d’habitation.En effet, les nouveaux procédés et normes de culture et d’élevage incitent les exploitations agricoles à s’agrandir encore et à s’éloigner des centres habités. Les grands hangars à charpente métallique sont installés parfois à l’arrière d’anciennes fermes, mais plus souvent en périphérie des villages.

L’agrandissement des propriétés agricoles se poursuit au début du 21e siècle, se traduisant par un nombre toujours décroissant d’exploitants agricoles par village et des remembrements. Certains ont été effectués dans les années 1980 comme à Hagécourt ou Bainville-aux-Saules, d’autres plus récemment (Les Ableuvenettes vers 2000, Damas-et-Bettegney en 2008, Hennecourt : 2009, Velotte-et-Tatignécourt en 2012, Jorxey en 2013, Circourt 2014…). Ces réorganisations regroupent les petites parcelles en lanière pour créer de grandes surfaces exploitables par les imposantes machines actuelles. C’est aussi l’occasion de privatiser des usoirs (Jorxey) ou faire disparaitre les vestiges de vergers ou de murgers qui entouraient les villages.

Il est à noter que depuis quelques années sur le territoire d’étude, la production de viande bovine est privilégiée à celle du lait, notamment suite à l’arrêt des collectes par la fromagerie Bongrain-Gérard (Le Tholy) à partir de 2015 (sources orales). Des usines de méthanisation sont également en cours d’implantation (Maroncourt, Dompaire…).

Superposition d’une photo aérienne de Begnécourt prise au milieu du 20e siècle et des limites du parcellaire en 2020 (source : géoportail)Superposition d’une photo aérienne de Begnécourt prise au milieu du 20e siècle et des limites du parcellaire en 2020 (source : géoportail)

La structure des anciennes fermes a été peu impactée par l’installation du confort moderne, de l’électricité et de l’eau courante au fil du 20e siècle. La Compagnie Lorraine d’Électricité établie une concession pour la distribution d’énergie électrique sur le territoire du Syndicat intercommunal d’électrification de la région de Dompaire en 1923. Les bâtiments publics puis les maisons sont alimentés progressivement à partir de 1925.

Les premiers projets d’adduction d’eau potable avec réservoir sont envisagés avec l’aide du Génie Rural dans les années 1929 à 1932 (Ahéville, Ville-sur-Illon, Harol…). Ces concessions sont alors attribuées aux industriels (comme la Brasserie de Ville-sur-Illon), et à certains cultivateurs demandeurs. Les projets d’alimentation en eau de l’ensemble des habitations des villages se développent tout au long des années 1960 et 1970.

C’est lors des Trente Glorieuses que les logis des anciennes fermes sont rénovés. Si les cuisinières sont courantes à partir des années 1930, la cuisine est modernisée (carrelage, évier, réfrigérateur, électroménager…), des fourneaux sont installés dans chaque chambre, les fenêtres sont agrandies, les fours à pains et les taques disparaissent. Des sanitaires et salles-de-bain sont également aménagés dans la maison, souvent dans un espace borgne à l’arrière de la cuisine, dans l’étable voire dans la grange.

La tornade du 11 juillet 1984 a provoqué d’importants dégâts, notamment à Begnécourt, Bocquegney, Harol et Hennecourt. Anéantissant les cultures, les vergers et les forêts, et arrachant la plupart des toitures, cette tempête a engendré la ruine de plusieurs anciennes fermes. Encore majoritairement munis de tuiles rondes, les toits sont réparés avec des tuiles mécaniques.

Des rénovations complètent sont également observables récemment, pour faire de ces anciennes fermes des habitations sur l’ensemble de leur surface ne conservant généralement que peu d’éléments anciens hormis le gros-œuvre : les granges et étables sont réaménagées en chambres, salle de séjour et sanitaires… Ce phénomène est particulièrement visible à proximité des villes de Dompaire et surtout Épinal, dans les villages en bordure de la R.D. n°166 : Hennecourt, Bocquegney, Damas-et-Bettegney, Madonne-et-Lamerey.

Période(s) Principale : 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle , daté par travaux historiques, porte la date, daté par source

1. L'organisation des fermes au sein du village

Les villages l’ex-canton de Dompaire, les plus anciens possèdent des maisons regroupées autour de l'église et/ou du château. Ce type de village-tas représente un tiers des agglomérations de l’ex-canton Dompaire. Toutefois, ils ont souvent été modifiés et agrandis par l’implantation de bâtiments mitoyens s’étirant le long de la rue principale, sur le modèle des villages-rues établis aux 18e et 19e siècles, correspondant aux deux autres tiers. Ceux-ci sont toutefois moins rigides que dans la Lorraine centrale, avec de fréquentes rues transversales. Sur les trente communes étudiées, 40 % sont de plus composées de plusieurs parties ou hameaux regroupées, surtout dans la partie sud du territoire. Les terres étant traditionnellement gérées de manière collective, les constructions hors des villages sont rares. Les 11 écarts, moulins et fermes isolées repérées sont plutôt localisés dans la partie sud, reflétant une structure plus lâche, propre à La Vôge voisine (Harol).

Carte de répartition des villages-rue et des villages-tas dans l’ex-canton de DompaireCarte de répartition des villages-rue et des villages-tas dans l’ex-canton de Dompaire

De manière générale, on trouve au centre du village, les maisons les plus anciennes et s’y intercalant les fermes construites au 18e siècle. Puis, au 19e siècle, les fermes de plus grande taille s'installent le long de la rue principale du village, tandis que les maisons de manouvriers sont plutôt regroupées aux extrémités, formant parfois de petits quartiers. Les rares fermes établies au 20e siècle, demandant de très grandes surfaces bâties, se sont implantées en périphérie, voire de manière isolée.

Dans les villages, la ferme bénéficie toujours d’un usoir se situant entre la façade antérieure et la rue. Il est utilisé pour entreposer le fumier, le bois et le matériel agricole. C’est aussi un espace pour le transit des bêtes et récoltes, ainsi que pour manœuvrer devant les fermes qui ne possèdent pas d’issue charretière à l’arrière de la grange. C’est également un lieu de sociabilité, matérialisé par la présence d’un banc adossé à la façade antérieure du logis. Généralement en Lorraine, les usoirs sont réputés communaux, mais à l’usage réservés des riverains, sans toutefois faire obstacle au passage. A l'inverse, dans les Vosges méridionales, les usoirs sont en majorité cadastrés au 19e siècle et appropriés par les voisins. Dans le canton de Dompaire, les deux modèles se côtoient, parfois même au sein de la même commune, selon la période d’établissement des quartiers :

- Usoirs non cadastrés : Ahéville, Bettegney-Saint-Brice (sauf partie ouest de la Grande Rue), Bocquegney, Bouxières-aux-Bois, Bouzemont (hormis au sud de l’Église, et au nord-ouest de la Grande Rue), Circourt, Damas-et-Bettegney, Derbamont, Dompaire (sauf Naglaincourt et Laviéville), Hagécourt, Racécourt, Vaubexy, et Ville-sur-Illon.

- Usoirs cadastrés : Bainville-aux-Saules, Bazegney, Begnécourt (sauf rue du Bois des Meix), Gelvécourt-et-Adompt, Gorhey, Gugney-aux-Aulx, Harol, Hennecourt, Jorxey (depuis 2013), Légéville-et-Bonfays, Les Ableuvenettes, Madegney, Madonne-et-Lamerey, Maroncourt, Regney (hormis un ilot au centre), Saint-Vallier, Velotte-et-Tatignécourt.

Les usoirs peuvent être de toutes formes et de toutes dimensions allant de quelques décimètres à 10 ou 15 mètres de large. Certains sont pavés devant le logis pour mieux évacuer l’eau de pluie qui y stagne parfois. Leur profondeur semble plus liée à la date de construction de la ferme qu’à son importance : les bâtiments construits à partir de la seconde moitié du 19e siècle sont plus en retrait par rapport à la rue. Les élargissements progressifs des rues ou la création de stationnements ont parfois entraîné la disparition de cet espace.

Les anciennes fermes sont implantées parallèlement à la rue, hormis une quarantaine (soit environ 4% des édifices repérés sur le canton) qui sont construites perpendiculairement ou en biais par rapport à la rue, afin de bénéficier d’une meilleure implantation ou de se dégager un large usoir. Elles sont mitoyennes à 60% sur un côté le plus souvent, et s'assemblent rarement pour former un front de rue. De plus, les destructions récentes de fermes forment des "dents creuses" dans les alignements des villages-rues. Toutefois, cette mitoyenneté propre au modèle de la ferme de la Lorraine centrale a entrainé la présence d’une vingtaine de cuisines borgnes identifiées, et autant de probables non vues (soit environ 4.5% des édifices repérés sur le canton).

Répartition de la mitoyenneté des fermes de l’ex-canton de DompaireRépartition de la mitoyenneté des fermes de l’ex-canton de Dompaire

Le jardin qui s'étend le plus souvent sur le côté et l'arrière de la ferme, contient un potager et un verger attenant. Il est fréquemment clos par un muret en pierre sèche avec une couvertine en pierres de taille demi-cylindriques dans les communes du sud du territoire (Adompt, Damas-et-Bettegney, Dompaire, Harol, Hennecourt, Les Ableuvenettes, Madonne-et-Lamerey, Ville-sur-Illon…). Dans un contexte plus urbain, ils peuvent prendre plus de hauteur pour servir de support aux arbres fruitiers. Deux exemples de clôture à pâlis sont également visibles à Damas-et-Bettegney (Ferme n°1) et Hennecourt (Ferme n°34).

Gelvécourt-et-Adompt, Adompt, Rue de Railly, vue des murets de cloture de jardin en pierre sèche avec une couvertine en pierres de taille demi-cylindriquesGelvécourt-et-Adompt, Adompt, Rue de Railly, vue des murets de cloture de jardin en pierre sèche avec une couvertine en pierres de taille demi-cylindriques

Les autres terrains qui dépendent de la ferme (prés, cultures, vignes, vergers, bois…) étaient répartis sur le ban communal, voire au-delà, en raison de la pratique de l’assolement triennal en vigueur jusqu’au milieu 20e siècle. Ils ont majoritairement été vendus lors de la cessation de l’activité agricole ou des remembrements ces dernières décennies.

2. La typologie des fermes

2.1. L'organisation interne des fermes en travées

L’architecture rurale de l’ex-canton de Dompaire se caractérise par une typologie proche de celle de la Lorraine centrale. Elle en diffère par certains éléments de mise en œuvre influencés au contact des territoires voisins de la Vôge et du Piémont des Hautes-Vosges. Dans un contexte de tissu urbain peu dense, les fermes autour de Dompaire sont plutôt composées de trois travées de plan ou "rains" (45% du corpus). Ce type abrite sous un même toit l'ensemble des activités agricoles (grange, remise, étable…) et le logis avec parfois un atelier ou un commerce. Les autres fermes sont soit plus modestes avec une (3%) ou deux travées (29%), soit de grandes dimensions avec plus de quatre travées (23%).

Répartition du nombre de travées de plan constituant les fermes de l’ex-canton de DompaireRépartition du nombre de travées de plan constituant les fermes de l’ex-canton de Dompaire

Carte de répartition des fermes selon le nombre de travées dans l’ex-canton de Dompaire.Carte de répartition des fermes selon le nombre de travées dans l’ex-canton de Dompaire.

Cette répartition en travées des espaces internes des fermes évolue dans le temps, mais surtout en fonction de l'importance de l'exploitant. Sur le modèle mis en place systématiquement après le 17e siècle, les fermes des cultivateurs possèdent ainsi 2 ou 3 travées selon leur aisance. Les riches laboureurs multiplient les travées, tandis que les plus petits bâtiments correspondent à des maisons de manouvriers ou des bâtiments agricoles isolés. Si l’ensemble des activités sont rassemblées sous le même toit, on observe une tendance à l’ajout fréquents d’annexes accolées ou distinctes du corps principal.

Le modèle le plus courant dans l’ex-canton de Dompaire est donc celui de la ferme du cultivateur à trois travées de plan avec une étable, une grange et un logis. La partie habitation est en profondeur, présentant une seule pièce en façade antérieure dans 65% des cas relevés. Les autres fermes relevées (35%) possèdent un logis en largeur avec deux pièces prenant le jour sur la rue. Toutefois, de multiples variantes sont observables, se rassemblant dans les typologies suivantes :

Dénombrement des principaux types de plan observés pour les fermes de l'ex-canton de DompaireDénombrement des principaux types de plan observés pour les fermes de l'ex-canton de Dompaire

2.2. La ferme à double logis

Les fermes à double logis représentent 32% du corpus étudié. Elles sont particulièrement nombreuses à Dompaire et Damas-et-Bettegney. La pression démographique du début du 19e siècle a certes contraint à partager l'espace bâti disponible, mais le principe de mutualisation des fermes par l'aménagement de plusieurs logis sous le même toit, est bien antérieur dans le Xaintois. Le plus souvent, cette organisation résulte soit d'un partage de l’espace entre plusieurs générations d'une même famille, soit d'une division entre héritiers s'aménageant chacun un espace de vie privée au sein de la ferme partagée. Si la grange est mutualisée, une étable est généralement attribuée à chacun des logis. Cette répartition peut aussi être conçue dès la création du bâtiment afin de mutualiser les coûts de construction.

Plusieurs formes d’organisation de ces doubles logis ont été relevées, le type II étant largement le plus courant :

- type I : un premier logis (cuisine et poêle) est construit sur la rue, attenant à l'espace agricole composé d'une grange et d'une étable. Un second logis plus restreint est aménagé à l'arrière du premier logis. Ces cas sont rares dans l’ex-canton de Dompaire.

- type II : les deux logis d'une à deux pièces chacun se trouvent de part et d'autre de la partie agricole. En cas d'absence de porte piétonne en façade, la circulation entre les espaces se fait depuis la grange qui est commune. Le logis principal est composé d’au moins une cuisine et un poêle parfois complétés par une chambre. Le second logis est généralement plus modeste, avec une seule cuisine ou chambre. Souvent utilisée comme salle à manger pour le logis principal, il est parfois difficile de distinguer si cette pièce a été utilisée auparavant comme une habitation à part entière ou comme un agrandissement du premier.

- type III : les deux logis se trouvent accolés du même côté de l'espace agricole, avec leurs propres entrées. Cette forme est peu fréquent autour de Dompaire (une quarantaine relevée soit 13% du corpus).

- type IV : les deux logis sont superposés, les cuisines se situant l'une au-dessus de l'autre. L'espace agricole se place sur l'un des côtés. Seuls deux cas ont été relevés à Harol (ferme n°70) et à Bazegney (ferme n°13).

- type V : la ferme se développe en profondeur, mais le second logis est placé en avant de la façade sur une partie de l'usoir, dessinant ainsi un plan en forme de L. Une dizaine de cas sont relevées.

Carte de répartition des fermes à double logis dans l’ex-canton de DompaireCarte de répartition des fermes à double logis dans l’ex-canton de Dompaire

2.3. La ferme à charri

Le charri est une avant-grange délimitée par deux portes charretières et au sol pavé ou dallé. Cet espace sert d’aire de battage et de remise temporaire pour le matériel l’agricole. C’est surtout un espace de distribution qui donne accès depuis l’extérieur (depuis l’usoir et la rue), à la grange proprement dite, aux logis, aux étables, aux caves et aux chambres à l’étage. 179 fermes à charri ont été identifiées sur l’ensemble de l’ex-canton de Dompaire, soit 20 % des fermes relevées. Toutefois, il en existe probablement d’autres non vues. Elles sont particulièrement nombreuses dans la moitié sud du territoire. Ce taux dépasse 30% dans les communes de Damas-et-Bettegney, Gorhey, Les Ableuvenettes, Madonne-et-Lamerey, et Saint-Vallier. Selon Claude Gérard, « On attribue le centre de diffusion de ce charri si vosgien à la région de Dompaire mais il est passé au-delà de la Moselle. En supprimant grâce à lui, la porte du logis et le couloir, on gagnait de la place en largeur dans une ferme qui en a peu. » (Gérard. La maison rurale en Lorraine. 14e des Cahiers de Construction Traditionnelle. 1990).

Parallèlement, il est à noter que le modèle des fermes à charri est absent de l’ouest vosgien, et se diffuse à l’ouest dans le Piémont et les Hautes-Vosges ; au sud, dans les ex-cantons de Darney, Xertigny et Bains-les-Bains, où il représente la moitié du bâti relevé dans le cadre de l’inventaire de l’architecture rurale (cf. Histoire de Ferme. 2007) ; au nord, dans les ex-canton de Mirecourt et de Charmes (39 identifiées cf. IA88001796).

Carte de répartition des fermes à charri identifiées dans l’ex-canton de Dompaire.Carte de répartition des fermes à charri identifiées dans l’ex-canton de Dompaire.

2.4. La maison de manouvriers

Les 80 maisons de manouvriers qui ont été repérées dans l'ancien du canton de Dompaire (dont 12 étudiées), témoignent du mode de vie des propriétaires les plus modestes, cumulant plusieurs activités pour subvenir à leurs besoins. Ces constructions de petite dimension (une à deux travées) sont composées d’un logis s'articulant autour d'une cuisine, à laquelle est parfois ajoutée une seconde pièce, le poêle, servant aussi d'atelier. L’espace agricole est réduit à une petite étable s’ouvrant sur un jardin potager en façade postérieure, voire à une grange. En rez-de-chaussée, l'ensemble est surmonté de greniers. Un appentis de bois peut aussi être accolé pour agrandir l'espace abrité et servir de bûcher, poulailler…

Quelques maisons de manouvrier possèdent une cave haute accessible directement depuis l'usoir qui les rapprochent du type des maisons de vignerons. Cette culture a été importante dans la seconde moitié du 19e siècle, puis a disparu en conséquence de faibles débouchés et de la crise du mildiou et du phylloxéra vers 1900 (Doyen. Grandeur et décadence de la vigne. JEV 2011). Si la plupart des fermes sont ainsi munies de caves hautes destinées à la production et la conservation du vin, une architecture typiquement viticole n’est pas observable. Cependant, il est à noter que des cabanes ont été établies dans les vignes pour abriter le matériel sur place, à l’exemple des trois relevées à Ville-sur-Illon.

Les inventaires après décès de la fin du 18e siècle par exemple (AD88- B1749), montrent qu’un manœuvre possède généralement peu de mobilier, vétuste :

- dans la cuisine : crémaillère, chenet, pelle à feu, tire-braise et grille en fer, pots et chaudières en fonte, bassins, lanternes, serpe, pétrin, corbeilles, poteries ;

-dans le poêle : armoire en sapin, coffre en chêne, deux chaises, tour à filer, un lit avec rideaux, plumon, traversin et draps ;

-dans l’écurie : deux brebis.

2.5. La ferme à plan en L

77 fermes relevées présentent un plan qui prend la forme d'un L (soit 8% du corpus). Plutôt situées dans les villages-rues, elles ne sont toutefois pas toujours contraintes par les constructions mitoyennes à s’approprier de l’espace libre sur l’usoir. Il s’agit souvent d’un décalage dans l’alignement de la façade antérieure d’une extension permettant de mettre le logis en valeur au 19e siècle, au moment où la démographie est la plus importante. Il est à noter que la moitié des fermes à plan en L présentent un double logis. Ces fermes à plan en L sont variées, mais en fonction de l'aménagement de l’agrandissement, plusieurs types sont visibles :

- type A : Un poêle au-dessus d’une cave haute est ajouté en façade pour agrandir le logis composé à l'origine d’une cuisine uniquement. On entre dans ce logis par la grange servant d'espace de circulation vers la cuisine, l'étable et éventuellement un second logis. La cuisine d'origine se retrouvant en conséquence en deuxième pièce en profondeur, elle peut prendre le jour par une baie située dans l'angle. Ce modèle rassemble une part importante des fermes à plan en L.

- type B : Un second logis est construit en avant sur l'usoir, contraint par la mitoyenneté. La forme en L permet ainsi d'éviter les pièces borgnes. Seule une dizaine a été relevée.

- type C : Le plan en L provient de la (re)construction du logis (ou d'un 2e logis) dans un corps de bâtiment différencié de celui de l'exploitation, dont les façades sont décalées pour marquer cette distinction. Souvent de grande dimension (de 2 à 4 pièces au sol), cette extension forme un pavillon ostentatoire (25% des fermes à plan en L du canton).

- type D : Un bâtiment à fonction agricole est placé devant l'étable, ou est accolé à un pignon en retrait de la façade initiale. Il sert le plus souvent de remise, de bûcher, de poulailler, plus rarement de chambre à four. Il est soit maçonné et de petite taille, soit prend la forme d’un hallier sur poteaux de bois. Il arrive qu'un logis et une remise agricole aient été réalisés sur l'usoir, chacun au-devant de la travée correspondante, dessinant un plan en forme de U (3 cas relevés sur le canton).

Carte de répartition des fermes à plan en forme de L dans l’ex-canton de DompaireCarte de répartition des fermes à plan en forme de L dans l’ex-canton de Dompaire

2.6. La ferme à pavillon

Ce type de ferme se caractérise par la présence d'un logis de 2 à 4 pièces se distinguant de la partie agricole par un couvrement avec une toiture en pavillon et un traitement particulièrement soigné. Il est avant tout marqué par un caractère ostentatoire et une volonté de montrer son enrichissement, en plus d'un besoin d’agrandissement du logis. Cet affichage de l’aisance du propriétaire se traduit aussi par une structure plus élevée que le corps principal et dominant aussi les maisons voisines ayant rarement plus d'un étage de haut.

Ce pavillon est le plus souvent placé dans l’alignement de la façade antérieure du corps principal. Parfois, il est accolé en avant de la façade, hors d’œuvre, selon un plan en forme de L. La toiture est dite en pavillon pour les structures à plan carré, et elle est à longs pans avec deux croupes pour les plans rectangulaires. Elles sont toutes couvertes de tuiles mécaniques. Une grande importance est accordée au traitement de la façade antérieure et des ouvertures : la porte piétonne est encadrée de moulures, surmontée d'une corniche, rehaussée par quelques marches par exemple. On y observe régulièrement des agrafes, des bandeaux en pierre de taille séparant les niveaux, des chaînes d'angle harpées ou non, des moulures sous la toiture, des épis de faîtage, des ferronneries pour les balcons, des rampes d'escalier ou des marquises….

Si certaines remontent au 18e siècle la plupart datent du 19e siècle. Ce type de ferme est particulièrement présent dans le Xaintois et dans les Vosges Méridionales. 69 fermes à pavillon ont été relevées sur l’ex-canton de Dompaire (soit 7.5% du corpus). Chaque village en compte au moins une, mais elles se concentrent parfois par quartiers, témoignant qu’une certaine émulation entre voisins, comme à Bainville-aux-Saules (route de Mirecourt), Bouxières-aux-Bois, Racécourt ou Saint-Vallier. Aussi bien au centre du village qu'en périphérie, elles se trouvent toujours le long de la rue principale pour être bien en vue.

Carte de répartition des fermes à pavillon dans l'ex-canton de DompaireCarte de répartition des fermes à pavillon dans l'ex-canton de Dompaire

2.7. La ferme à plusieurs corps de bâtiment

Les 19 fermes composées de plusieurs corps de bâtiments. représentent 2% du corpus relevé, plutôt dans la partie sud de l’ex-canton de Dompaire. Elles correspondent à des fermes qui ont été agrandies par l’ajout dans le jardin ou sur l’usoir d’une annexe agricole de taille conséquente abritant remise, bûcher, étable, grange, voire un logement d’ouvriers agricoles. Dans 5 cas, elles prennent la forme de fermes à pavillon particulièrement soignées où le logis a été séparé des parties agricoles Il peut également s’agir de fermes isolées où les bâtiments s'organisant autour d'une cour ; chaque bâtiment accueillant une activité spécifique (Le Fleuriot et Saurupt à Harol).

Si presque toutes les fermes regroupent l’ensemble des fonctions agricole et d’habitation sous un même toit, il est à noter que les annexes accolées sont nombreuses. Généralement de petites dimensions (appentis pour rangement d’outils, réduits à cochons, poulailler, chambre à four), elles sont plus imposantes lorsqu’elles servent de hallier, remise ou bûcher. Le plus souvent appuyées contre un pignon ou en rabaisse à l’arrière, ces annexes sont plus souvent isolées dans la partie sud de l’aire d’étude.

3. Les espaces intérieurs des fermes

La plupart des fermes sont composées de trois espaces en relation avec les activités familiales : l’habitation humaine, le logement animal et l’engrangement des récoltes et du matériel agricole. Ces espaces sont démultipliés ou spécialisés en fonction de l’aisance des propriétaires, et peuvent être complétés par des annexes.

3.1. Le logis

Afin de pénétrer dans le logis, la majorité des fermes de l’ex-canton de Dompaire possède une porte piétonne à imposte qui s'ouvre soit directement dans la cuisine, soit dans un couloir desservant les différentes pièces, soit dans le charri qui est aussi un espace de distribution. Il est cependant à noter que l’accès au logis principal se fait habituellement en passant par la porte charretière en façade antérieure ; et que les habitants emploient la porte piétonne les dimanches, les jours de fêtes et avec les invités. A l’inverse, environ 40% des fermes ne possèdent pas de porte piétonne, et on entre dans le logis uniquement en passant par la porte charretière. Ce cas de figure est majoritaire dans la moitié nord du territoire d’étude.

Carte de répartition des fermes avec et sans porte piétonne dans l'ex-canton de Dompaire.Carte de répartition des fermes avec et sans porte piétonne dans l'ex-canton de Dompaire.

L’habitation est le plus souvent composée de deux pièces en profondeur (65% des logis identifiés) : Le poêle situé en façade antérieure et prenant le jour sur la rue ; et la cuisine qui est placée derrière éclairée par une baie ouverte dans le mur pignon. Une troisième pièce servant de chambre ou de cellier est parfois installée dans le prolongement de la travée (à l’arrière de la cuisine), ou accolée contre le poêle dans l’alignement de la façade antérieure.

35% des habitations identifiées sont également organisées en largeur, avec la cuisine et le poêle prenant le jour sur la rue. Il s’agit alors d’aménagement de la seconde moitié du 19e siècle, ou de l’agrandissement d’une cuisine unique par l’ajout d’une chambre (ou poêle) contiguë.

Carte de répartition des logis en largeur et des logis en profondeur dans l’ex-canton de Dompaire.Carte de répartition des logis en largeur et des logis en profondeur dans l’ex-canton de Dompaire.

3.1.1. La cuisine

La cuisine est la pièce principale de vie. Elle sert au repas, au repos, voire aux travaux artisanaux. Elle constitue pour les maisons les plus modestes et certaines des plus anciennes, la seule pièce du logis ; Elle prend alors le jour sur la rue. Dans la plupart des cas, la cuisine se situe au centre de la travée d’habitation, et est éclairée par une fenêtre dans le mur pignon. Toutefois, la mitoyenneté propre au modèle de la ferme de Lorraine centrale a entraîné la présence d’une vingtaine de cuisines borgnes identifiées, et autant de probables non vues (soit environ 4.5% des édifices repérés sur l’ex-canton de Dompaire). Deux principes d’éclairage peuvent alors être mis en place, en plus de celui du foyer :

- L’éclairage indirect par une baie donnant sur le poêle ou la chambre, et une porte piétonne vitrée s’ouvrant dans la grange. L’installation de l’électricité y apporte un éclairage permanent.

- La flamande est un puits de lumière généralement couvert d'une verrière en toiture, appelée localement hollandaise.

On entre dans le logis par la cuisine qui dessert les autres chambres, mais de manière indirecte étant donnée sa position centrale : les habitants passent habituellement par la porte charretière et traversent l’avant-grange. Lorsqu’on pénètre dans le bâtiment par la porte piétonne, celle-ci s’ouvre soit sur le charri, soit sur un couloir qui sépare l’avant-grange du poêle, et guide l’accès vers la porte de la cuisine. Généralement l’escalier y desservant les chambres à l’étage. L’escalier en bois peut également être installé dans la cuisine, dont la soupente est aménagée en placard.

Certaines cuisines ont conservé un dallage de pierres locales qui est venu assainir le sol en terre battue préexistant. Les murs sont initialement chaulés, et le plafond de bois est à poutre apparentes. Des carrelages colorés ont pu être utilisés à partir du début du 20e siècle pour protéger les abords du point d'eau. La pierre à eau en grès se place en effet sous la baie de la cuisine avec une évacuation de l’eau vers l’extérieur par une gouttière. Le puits se situe en dessous, dont quelques-uns sont encore munis de pompes à bras. Plus rarement, le puits a été creusé sur l’usoir. Avant l’installation des réseaux d'alimentation en eau courante dans les villages (au milieu du 20e siècle), il s’agit de la principale source d’eau potable. Les besoins sont complétés par l’eau d’une fontaine-abreuvoir-lavoir communale, voire mitoyennes pour les fermes plus isolées de la partie sud du territoire d’étude (Harol).

La cuisine est chauffée par une imposante cheminée, dans laquelle on prépare les repas et fume la viande. Généralement située dans l’angle jouxtant le poêle et le mur pignon, elle est composée d’une surface dallée au sol d’environ 1m à 1.5m de largeur, par 1.5m à 2m de long, sur laquelle repose le foyer. L’âtre peut aussi accueillir un four à pain dont la sole est saillante dans le mur pignon. Une niche en dessous sert de bûcher. La présence d’une centaine de fours à pain plus ou moins bien conservés, a été relevée. Le conduit d’évacuation des fumées commun au foyer et au four est délimité par un trait de feu : une poutre de dimension plus importante que celles constituant le plafond, très rarement par une pierre. L’intérieur du conduit est muni de barres et de crochets à différentes hauteurs pour y accrocher la viande à fumer, ainsi que la crémaillère. Dans quelques cas, cet espace a été fermé par des parois de bois pour éviter que l’ensemble de la cuisine ne soit enfumé.

Contre le sol, le mur mitoyen au poêle est percé et pourvu d’une plaque de cheminée pour transmettre la chaleur, qui a généralement disparue aujourd’hui. Appelée localement "taques", les deux seules plaques en fonte relevées datent du 18e siècle et ne sont pas en place : Ferme n°21 de Damas-et-Bettegney ; Ferme n° 33 de Harol, Puttegney. Il s’agit plus habituellement de plaques en tôles rivetées de production locale (Fermes n°44 de Damas-et-Bettegney, n°18 de Racécourt), ou de poêle de revers de taque (Fermes n°13 de Bainville-aux-Saules, n°14 de Bouzemont, n°44 Damas-et-Bettegney, n°12 et n°22 de Vaubexy, n°17 à Ville-sur-Illon).

De manière moins fréquente, les cuisines sont munies d’une cheminée en pierre placée au centre du mur commun avec le poêle. Le manteau repose sur deux piédroits galbés s’appuyant sur le mur. Elles témoignent d’aménagement datant plutôt du 19e siècle, et elles ne portent pas de décors, hormis celle datée de 1787 à Ville-sur-Illon. Sur l’ex-canton de Dompaire, il n’a pas été relevé d’avaloir à fumée (appelé « système » dans l’ouest des Vosges), ou de potager. Une cheminée à manteau en bois modeste, et deux cendriers ont été identifiés (ferme n°44 de Damas-et-Bettegney, et ferme n°18 de Racécourt). Il est également mentionné dans l’acte d’engagement du maçon en charge de la construction en 1814 de la ferme n°40 de Frison à Harol « sendrier à coté avec un placard au-dessus ».

3.1.2. Le poêle

Le poêle est une chambre qui sert pour le repos, les repas de fêtes et effectuer des activités artisanales. Rarement désignée par ce terme sur le territoire, cette pièce est plutôt appelée « la chambre » ou la « salle à manger ». Elle prend le jour sur la rue et est accessible en passant par la cuisine. Elle peut aussi être placée à côté de la cuisine, dans l'alignement de la façade antérieure, créant un logis en largeur (35% des fermes relevées du canton).

Le poêle est généralement chauffé par le placard-chauffant, profitant du rayonnement du feu de cheminée de la cuisine à travers la plaque de cheminée placée dans la cloison séparant les deux pièces, parfois fermé par deux vantaux de bois dans la partie basse. La taque peut être complétée par un poêle de revers de taque (appelé localement "taquet"), ou un petit poêle en céramique pour compléter le chauffage. Cette ouverture est habillée d'un placard plus ou moins important, et orné en fonction de la richesse des occupants. Il comporte au minimum un placard à deux ou trois étagères en partie haute, permettant de conserver les produits sensibles à l'humidité (aliments…), de faire lever la pâte, sécher les vêtements… L'association de la cheminée et du "placard chauffant" est sans doute d'origine tardo-médieval et se généralise au 18e siècle. Les formes les plus anciennes semblent de petite dimension, tandis que les plus soignées des siècles suivants tendent à habiller tout le pan de mur. Ce lambris de hauteur à panneau mouluré, peint ou vernis, inclus l’encadrement de la porte menant à la cuisine, d’autres placards, ainsi que régulièrement une horloge à pendule. Si de nombreuses ont disparu, les quatre horloges relevées sont signées des fabricants suivants :

- Alphonse Godé (né en 1866), horloger à Dompaire (Place des Armes) puis à Lamerey (Val d’en Haut) : ferme n°34 à Hennecourt et ferme n°45 à Damas-et-Bettegney.

- Jacques Humbert, fabricant à Épinal : ferme n°12 à Bocquegney.

- Edmond Quenot (1859-1938) fabricant à Charquemont (cf IA25001228) vers 1900 : ferme n°17 de Velotte-et-Tatignécourt.

Dans le poêle, l’ameublement est complété le plus souvent par une armoire, un buffet bas, éventuellement un coffre, une maie (pétrin), un lit, une table et des chaises. Seules trois alcôves ont été identifiées : fermes n°18 à Ville-sur-Illon, n°36 à Ville-sur-Illon, et n°66 à Dompaire.

Les éléments de mobilier de bois aujourd'hui conservés dans les cuisines et poêles de l’ex-canton de Dompaire sont relativement peu nombreux, et de facture assez sobre. Les décors sont le plus souvent de simples panneaux moulurés, quelques fois chantournés, et une corniche sommitale, selon un type courant en Lorraine. De la même manière, le sol est couvert d’un parquet et les murs de papier-peint. Dans les maisons les plus soignées, les poutres apparentes sont remplacées par un plafond de plâtre, éventuellement avec une moulure centrale.

3.1.3. Les chambres

La majorité des anciennes fermes ne comportait pas d'autre pièce d'habitation quotidienne que la cuisine et le poêle au rez-de-chaussée. Toutefois, une chambre est fréquemment aménagée à l’arrière de la travée d’habitation, pour agrandir l’espace de couchage de la famille. Accessible en passant par la cuisine, elle prend le jour par le mur pignon ou en façade postérieure. Le sol est couvert d’un parquet et les murs de papiers-peints ou d’un lait de chaux. Cette pièce contient généralement un lit, une armoire, voire une cheminée de petite dimension mais soignée ou une niche pour un poêle en céramique.

Une autre chambre a pu être aménagée au-dessus du logis, prenant le jour sur la rue. Elle engendre parfois la surélévation de la toiture. Elle est accessible par un escalier droit depuis la grange ou le couloir dans l’axe de la porte piétonne. Elle possède rarement un système de chauffage propre, et bénéficie de la chaleur de la pièce en dessus. Servant à conserver au sec les grains récoltés, voire de chambre pour le commis de ferme, elle peut être utilisée pour le couchage des invités selon l’appellation locale « chambre à donner » (source orale) ou « la chambre en haut » (enquête Savouret de 1941 ; AD88 - 147J670). Cette pièce a souvent été modifiée par la transformation récente des greniers en pièces d'habitation.

Il est à remarquer que les grandes fermes cossues de la seconde moitié du 19e siècle, multiplient les chambres au rez-de-chaussée et aux étages, munies chacune d'une petite cheminée, d'un lit et de rangements muraux. Il est également à noter que l’une des chambres a parfois été réaménagée au cours du 3e quart du 20e siècle pour y établir une salle-de-bain. Toutefois, les sanitaires sont ajoutés à divers endroits de la ferme (dans un débarras borgne, une partie de l’étable ou de la grange) en fonction des situations familiales (nombre du membre du foyer) et professionnelles des propriétaires (développement ou affaiblissement de la vocation agricole du bâtiment).

3.1.4. Le four à pain et la chambre à four

Le four à pain est le plus souvent installé dans la cheminée de la cuisine avec la sole saillante du mur pignon. Lorsque le logis est en largeur, le four empiète rarement sur l’usoir, mais plutôt sur l’étable derrière. Le four peut aussi être éloigné de la cuisine et construit dans une pièce indépendante (une trentaine de cas relevés). Celle-ci se situe à divers emplacements :

- dans la travée de logis, à l’arrière de la cuisine ou de la chambre,

- dans une annexe accolée contre un mur pignon, dans l’alignement de la façade antérieure,

- dans une annexe accolée en rabaisse contre la façade postérieure,

- dans une annexe indépendante, située sur l’usoir ou dans le jardin. Dans ce cas, il semble qu’elle pouvait être partagée entre deux fermes voisines, comme c’est le cas sur la place de l’Église à Gorhey.

Dans tous les cas, c'est une pièce modeste, polyvalente qui peut servir à la confection et la cuisson des pains, gâteaux pâtés ; il s’y trouvait donc un pétrin (maie). On y sèche les pruneaux, les pommes, voire les viandes. La nourriture pour les animaux y est préparée. Chaude, la pièce sert également à la toilette et à la lessive, et est donc parfois appelée « buanderie ». La chambre à four peut servir également de second logis, au moins de manière temporaire ; une pierre à eau étant parfois ajoutée sous une fenêtre. Suite à la disparition des fours banaux, il semble que quasiment toutes les fermes possédaient un four dès le début du 19e siècle. La quasi-totalité a aujourd'hui été détruite ou dénaturée faute d'utilisation. Les fours des anciennes boulangeries de Harol (ferme n°70) et de Hennecourt (ferme n°4) actifs à la fin du 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle, ont été conservés.

3.1.5. La cave ou le cellier

Un peu moins de la moitié des fermes du canton possède une cave située sous la cuisine et le poêle. Ces grandes caves ou celliers traduisent la polyculture qui associe l'agriculture à la production viticole. Certaines fermes en possèdent plusieurs, différenciant le lieu de conservation des denrées alimentaires (pommes de terre, betteraves, fèves, fruits…) et celui du vin. Généralement, les caves sont voûtées, le sous-sol est aussi parfois couvert d’un plafond de poutres de bois hourdis avec un remplissage de moellons et de sable.

Dans le cas des zones où la nappe phréatique affleure à la surface, les celliers de plain-pied sont préférés aux caves. Borgne, ces débarras sont placés à l'arrière du logis ou de la grange, si possible en mettant à profit la dénivellation du terrain, pour être semi-enterrés. Lorsqu’une nouvelle cave est nécessaire, elle est réalisée à l’occasion d’une extension. Des sous-sols sont ainsi fréquents sous les chambres accolées au logis, les remises à petits matériel ou les ateliers.

On accède à la cave par un escalier, le plus souvent ouvert sous la baie de la cuisine en façade antérieure, ou bien depuis le charri. Il est très rare qu'une entrée soit pratiquée dans le sol de la cuisine. Cet accès direct par l'extérieur est pratique pour les poly-cultivateurs afin de faire entrer rapidement les vendanges et les récoltes qui sont organisées sur les étagères de bois. Deux rangs de poutres posées sur le sol isolent les tonneaux du sol en terre battue. Des niches permettent de poser une lampe. Le puits y est également parfois accessible.

3.1.6. Les activités commerciales et artisanales

Afin de compléter les revenus agricoles, jusqu’au milieu du 20e siècle, un très grand nombre de familles mettent en œuvre des activités artisanales ou commerciales variées au sein de la ferme. Les produits et services sont principalement destinés aux habitants des villages alentours. Certains nécessitent un espace de fabrication spécifique dans ou attenant à leur ferme (meunier, maréchal-ferrant, charron, menuisier, sculpteur, meunier, boulanger, boucher, brasseur, cordonnier…), dont il reste peu de traces matérielles. Seuls quelques ateliers ont conservé des outils, dont ceux à Harol et à Dompaire par exemple. On trouve encore régulièrement des pierres de meule non loin des anciens moulins.

Les revenus complémentaires proviennent fréquemment de l’activité textile qui occupe la plupart des familles. En plus des quelques tisserands, tailleurs d’habit et marchands, la majorité des femmes sont dentellières ou brodeuses pour Mirecourt qui exporte vers Paris, le reste de la France, l’Allemagne, et la Suisse. Les habitations de certains entrepreneurs de broderies et de perles sont d’ailleurs bien identifiables par leur caractère ostentatoire à Bazegney par exemple (ferme n°12 dite « Le Château », ferme n°13). Les femmes sont aussi perleuses, festonneuses, passementières, couturières, modistes, fileuses, tricoteuses ou repasseuses. Les autres femmes travaillent avec leur époux en tant que épicières, cafetières, aubergistes, gardes-barrière et cultivatrices (sources : recensement de la population de 1886 à 1936 - AD88 6M).

Quelques marchands d’étoffe, de bois, de vin, de bestiaux et de fourrage sont également relevés sur le territoire. Peu de familles tiennent un commerce avec une devanture. Les boutiques, cafés, épiceries, se tiennent dans une chambre, simplement désignés par une enseigne, sans autre aménagement que des étagères ou un comptoir, aujourd’hui disparu.

3.1.7. Le couloir et l’escalier

L’espace de distribution principal dans les fermes de l’ex-canton de Dompaire est l’avant-grange. Qu’elle prenne la forme d’un charri ou non, l’aire pavée constitue une entrée quotidienne qui donne accès directement aux logis et aux engrangements. Selon l’aménagement intérieur, les étables sont desservies par une porte piétonne, soit par l’intermédiaire d’un court couloir qui isole le passage des animaux de la cuisine ou de la chambre d’un côté, et de la grange de l’autre. Il est à noter que dans quelques cas de modestes maisons de manouvriers sans grange, couloir ou accès en façade postérieure, les bêtes passent par la cuisine pour rejoindre l’étable à l’arrière. De même, ce type de construction souvent en rez-de-chaussée ne possède pas d’escalier, seulement une échelle pour accéder aux greniers.

A l’inverse, dans les fermes les plus cossues de la seconde moitié du 19e siècle, il arrive parfois que le logis soit séparé de la partie agricole par un long couloir dans l’axe de la porte piétonne. Ce couloir traversant dessert le logis, la partie agricole et contient généralement un escalier menant aux chambres, puis aux greniers. De manière plus fréquente, l’accès à l’étage se fait par l’avant-grange, par un escalier installé s’appuyant contre le mur de la partie habitation, éclairé par un oculus. Dans le cas de ferme à double logis, le charri abrite deux escaliers privatifs symétriques. Généralement en bois, les marches peuvent être en pierre de taille dans les plus belles habitations. Dans les tous cas, la sous-pente est aménagée en placard ou occupée par la descente de cave.

Dans les fermes les plus anciennes et soignées, il existait des escaliers en vis en pierre de taille, qui se situent généralement dans l’œuvre, en position centrale, à l’arrière de la cuisine. Six ont été identifiés sur l’ex-canton de Dompaire, dont seulement deux sont encore en place :

- Bainville-aux-Saules : Ferme n°13 (disparu)

- Begnécourt : Ferme n°18 (conservé)

- Dompaire : Maison du Prévot (conservé)

- Ville-sur-Illon : Ferme n°18 (disparu), et anciennes fermes non relevées situées parcelle 2020 AA 194 et 2020 AA 195 (disparus).

3.2. L’exploitation agricole

3.2.1. La grange et les engrangements

La grange occupe généralement la partie centrale de la ferme entre l'étable et le logis. C'est un lieu de passage vers les greniers mais aussi vers les deux autres travées, un carrefour intérieur donnant accès aussi bien à l'usoir qu'au jardin à l'arrière du bâtiment. Elle sert aussi au stationnement et au déchargement du chariot chargé de foin. On accède à la grange par une porte charretière, dont l'encadrement en grès est le plus souvent de forme cintrée (47% du corpus). Il est à noter que son jambage est régulièrement commun ou lié avec celui de la porte piétonne, dans une volonté d’économie de matériau, unissant ainsi le logis à la grange. Dans la seconde moitié du 19e siècle, l’encadrement est toujours en pierre, mais plutôt en anse de panier (19%), puis à linteau segmentaire (11%). En effet, suite au développement des machines agricoles toujours plus massives, les portes charretières ont été progressivement agrandies, rehaussées. Les linteaux droits en ciment ou les poutrelles métalliques (IPN) sont utilisés au 20e siècle. Les exemples d'arcs segmentaires en brique ou de linteau en bois sont rares, et se trouvent sur des fermes modestes.

Dénombrement des différentes formes de portes charretières des fermes de l'ancien canton de DompaireDénombrement des différentes formes de portes charretières des fermes de l'ancien canton de Dompaire

Les portes charretières sont constituées de simples planches verticales avec deux vantaux s'ouvrant dans la grange. La fermeture se fait par l'intérieur, au moyen d'une barre de bois basculante. Une entrée piétonne est parfois découpée dans l’un des vantaux pour éviter d’ouvrir la grande porte à chaque passage. Afin d’apporter de la lumière lorsque les portes sont fermées, de petits jours décoratifs peuvent être y découpés. De plus, ils permettent le passage des hirondelles, symbole de fertilité. Il est également possible d’y voir des éléments rappelant la Seconde Guerre mondiale : plaque en bois de réquisitionnement des logements pour les hommes et les chevaux (ferme n°30 à Ville-sur-Illon), graffiti de la Libération (Fermes n°4 à Dompaire et n°13 de Gorhey)… Si les granges servent aujourd’hui de garage à voiture, certaines sont réaménagés en pièce de vie centrale (salon) : la porte charretière extérieure est remplacée par une baie vitrée.

Le sol de la grange est initialement en terre battue, toutefois la partie antérieure est généralement dallée ou pavée, sur quelques mètres, entre la porte charretière et la porte du logis, délimitant une avant-grange. Lorsque cette aire est close par deux portes charretières, elle constitue un charri, qui est plutôt appelé localement « première grange », « petite-grange », « avant-grange », voire « chapuis », par opposition à la grange propre-dite qui est désignée par la « seconde grange », « grande-grange » ou « arrière-grange » (sources orales, et enquête de G. Savouret de 1941 ; AD88 - 147J670).

Les 179 fermes à charri identifiées sur l’ensemble de l’ex-canton de Dompaire (non exhaustif) représentent 20 % des fermes relevées, et correspondent plutôt à des structures anciennes (17e siècle / 18e siècle). L’avant-grange est un espace polyvalent qui est utilisé en tant que :

- espace de communication entre les différentes parties de la ferme (logis, étable, grange, chambre à l’étage)

- abri du matériel roulant lors des jours de mauvais temps

- espace de travail pour certaines taches agricoles : aire de battage au fléau, fonctionnement de l’alambic mobile, préparation de la léchure (aliment pour les animaux) …

- espace d’ombre et de fraîcheur pendant l’été, à mi-distance entre la rue et l’intérieur de la maison, qui peut être un lieu de sociabilité avec les voisins, voire une salle à manger d’été (enquête de G. Savouret de 1941 ; AD88 - 147J670).

Au fond de la grange, se trouve souvent un bûcher, voire une cave ou un bouge (tonneau pour la fabrication du vin). Le harnachement des chevaux et les outils sont suspendus contre les murs. C’est également l’emplacement du manège à chevaux pour entraîner une batteuse mécanique. Six ont été localisés dans le canton de Dompaire, mais aucune n'est encore en place. Si ce système est réservé aux plus aisés, il était toutefois courant. Par exemple, à Bouxières-aux-Bois en 1924, pour une cinquantaine de ménages, on dénombre 16 batteuses à manège avec un rendement 75 quintaux en 10h, et 4 batteuses à bras avec un rendement 5 quintal en 10h (sources : AD88 - Edpt71/3F1).

Le volume des greniers est ouvert sous la charpente rythmée par les « hommes-debouts » matérialisant les travées. Au-dessus de la grange, une à trois plateformes de bois placées à différentes hauteurs, appelées localement « chauffaux » (source orale), voire « chafaud » ou « gerbière » (enquête de G. Savouret de 1941 ; AD88 - 147J670). Elles facilitent le transfert des récoltes vers les « faux-greniers » qui s'étendent de chaque côté, au-dessus de l'étable et du logis. Ces balanciers sont aussi destinés à augmenter la surface d’engrangement et à sécher les gerbes avant leur stockage. Les greniers couvrent et isolent l’ensemble du rez-de-chaussée, et sont organisés par type : la paille d’un côté, le foin au-dessus de l’étable, les gains dans les chambres fermées au-dessus du logis, le séchoir pour le linge au-dessus de l’avant-grange… Un pigeonnier est parfois aménagé sous la toiture.

A la fin du 19e siècle, le mouvement de mécanisation a incité à la création de systèmes de déplacement moins fatigants du foin et de la paille. Un système appelé "Croix de Lorraine" permet de soulever le charriot à l’aide d’un treuil pour le décharger directement sur les greniers. Régulièrement, des griffes à foin circulant sur des rails ont été installées au début du 20e siècle. Saillantes au sommet du pignon, elles sont abritées avec un avant-toit, voire un hallier. C’est également au 19e siècle que les fermes sont agrandies par l’ajout d’une ou plusieurs travées agricoles alternant grange, étable et remise.

3.2.2. L'étable et l'écurie

Généralement tous les animaux de l'exploitation (vaches, chevaux, porcs, volailles…) sont logés sous le même toit que les humains, dans l'espace agricole, chaque espèce ayant un espace déterminé à sa disposition. Dans le cas de fermes en profondeur à deux travées, l'étable est située à l'arrière du logis et est accessible par la grange ou le jardin à l'arrière. La proximité entre les bêtes et les hommes est très forte. Les 1 à 4 bêtes sont installées la tête vers la paroi de la grange, sur laquelle sont fixés les râteliers. Ces auges de bois, de pierre ou de béton sont alimentées en foin facilement depuis la grange par plusieurs petites ouvertures avec un volet coulissant, appelés localement « ébaucherie » ou « baucherie » ou « boucherie ».

Dans les fermes à trois travées de plan, la séparation entre hommes et animaux est un peu plus marquée car l'étable est située entre la grange et le pignon opposé au logis. On y accède soit en passant par la grange, soit par une porte donnant directement sur l'extérieur. Celle-ci est généralement un peu plus petite que la porte piétonne du logis. Comme la grange, l'étable occupe tout l'espace entre les façades antérieures et postérieures sur lesquelles elle prend le jour. Disposée de la même manière que pour les fermes plus modestes, l’étable accueille toutefois plus de bêtes (5 à 8 bovins). Les chevaux sont placés dans un box situé à l'avant de l'étable, et séparés des bovins par un mur de pierre. Ils possèdent un râtelier spécifique plus haut que celui des bovins. Il est également possible qu’ils bénéficient d’une travée spécifique, à côté du logis, pour les fermes à plus de 4 travées. De même, une stalle peut être réservée dans l'étable pour séparer les veaux et les vaches en gestation du reste du troupeau. Deux ou trois réduits à cochons sont aménagés, au fond de l'étable ou à l’arrière du logis. Des toits à porcs peuvent aussi être construits en annexe dans le jardin pour les éloigner de l’habitation. Dans tous les cas, l'ensemble est couvert de greniers, les murs sont chaulés, et le sol est pavé avec au moins une rigole d'évacuation qui mène au-dehors, sur l’usoir ou dans la fosse à purin creusée à l'arrière de l'étable.

La volaille étant nombreuse et vivant librement, le poulailler est la plupart du temps installé dans l'étable, en façade postérieure près des clapiers. Plus d'une cinquantaine de pigeonniers sont identifiés dans les fermes du canton de Dompaire. Ils peuvent se situer au-dessus de la porte charretière, mais plus souvent dans les combles au-dessus de la chambre à grain. De petites tailles, ils sont munis soit d'une pierre ou d’une planche d'envol, soit d'une simple petite ouverture sur l’extérieur. Devant celle-ci, un abri de bois avec une porte à coulisse peut avoir été fixée au cours du 19e siècle. Une vingtaine de fermes portent des pots à moineaux (nichoir) en céramique accrochés en façade antérieure, dont certains sont décorés. La majorité des travées d’étables des anciennes fermes a été dénaturée, modifiée, transformée en remise ou en pièce d’habitation.

Les ovins et caprins partageaient probablement l’étable avec les bovins. Les bergeries sont rares dans le cadre d'un territoire qui était régi par le droit de vaine pâture. Les bêtes étaient élevées dans un troupeau communal soigné par un berger employé par la municipalité. Ainsi, quasiment chaque commune du canton de Dompaire accueillait un pâtre qui était hébergé dans une maison mise à sa disposition. S'il reste peu d'exemples encore visibles aujourd'hui, les documents conservés aux archives départementales des Vosges permettent d’appréhender leur structure (cf Annexe sur les pratiques agricoles dans l’ex-canton de Dompaire : Vaine pâture).

Liste des maisons de pâtre communal identifiées sur l'ex-canton de DompaireListe des maisons de pâtre communal identifiées sur l'ex-canton de Dompaire

3.2.3. Les annexes agricoles

L'usoir est utilisé comme un espace agricole de passage et surtout de stockage. Le gros matériel agricole y est exposé, tout comme les tas de fumier et de bois. On y trouve souvent un abreuvoir alimenté par la descente d’eau du toit, voire par un puits devant la maison. Dans la partie sud du territoire (Harol), une fontaine-abreuvoir-lavoir mitoyenne, couverte ou non est parfois présentes. En fonction des besoins, des espaces couverts supplémentaires peuvent être accolés au corps de bâtiment principal, ou placés sur le terrain à proximité. Suivant l'évolution des normes de salubrité et d'hygiène, les hommes et les bêtes sont progressivement séparés : les réduits à cochons ou les poulaillers par exemple, sont placés dans des annexes éloignées de l'habitation. Les ruchers peuvent aussi être abrités sous une structure maçonnée.

Les hangars sur poteaux de bois, fermés ou non d'un essentage de planches, couverts de tôles ou de tuiles mécaniques, sont assez courants. Ils servent de remise et permettent d'entreposer du bois voire du foin. En rez-de-chaussée ou s’élevant sur la même hauteur que la ferme, ils sont accolés à l'arrière dans le jardin et au mur pignon. Parfois, ils possèdent des parois maçonnées, prenant ainsi la forme d’un hallier. Le terme « louge » est employé localement pour évoquer le bûcher (enquête G. Savouret de 1941 ; AD88 - 147J670).

A l’extérieur du village, aucune annexe ancienne (étable, remise…) ne semble avoir été construite avant les hangars agricoles de la fin du 20e siècle. Il est toutefois à noter qu’un ensemble de 18 cabanes de vigneron est visible sur le cadastre de 1841 à Ville-sur-Illon (AD88-3P5448). Implantées en bordure des parcelles de vigne, devenues des vergers ou mises en culture plus récemment, elles ont disparu, inutiles, ruinées et gênant les champs remembrés, à l'exception de trois situées au lieu-dit Mechey. Une construction similaire est figurée à Circourt (AD88-3P5043 ; parcelle 1841 B 868). Hormis ces cabanes et les caves hautes, peu de traces matérielles de l’activité viticole sont encore visibles dans l’ex-canton de Dompaire : Seuls quelques bouges, tonneaux, et deux pressoirs (ferme n°18 de Bazegney et ferme n°1 de Saint-Vallier) ont été observés.

3.2.4. Le matériel agricole

Le matériel agricole ancien est relativement sommaire jusqu’au 19e siècle. Il est notamment limité par le morcellement des terres et la pente des terrains. Il est principalement composé de houes, charrues, charriots et machines à battre manuelles, possédés par les cultivateurs, et éventuellement mis à disposition des petits exploitants. Le relief daté de 1567 à Gugney-aux-Aulx est un témoignage remarquable d’un attelage de 4 chevaux tirant une charrue avec un avant-socle. La spécialisation des machines agricoles s’effectue à la fin du 19e siècle, avec l’arrivée de faucheuses mécaniques, faneuses, râteaux, moissonneuses, puis dans la première moitié du 20e siècle de batteuses mécaniques, semoirs…. Cependant la mécanisation de la production ne se généralise qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Tableau de synthèse figurant les machines agricoles relevées dans certaines communes de l'ex-canton de Dompaire dans les questionnaires annuels de statistiques agricoles entre 1852 et 1924 (souces : AD88 - Edpt./3F1)Tableau de synthèse figurant les machines agricoles relevées dans certaines communes de l'ex-canton de Dompaire dans les questionnaires annuels de statistiques agricoles entre 1852 et 1924 (souces : AD88 - Edpt./3F1)

Aussi, le matériel antérieur au milieu du 20e siècle est rarement conservé. Seuls les éléments suivant ont été relevés sur le territoire d’étude : araire à Begnécourt, charrue à Harol, charrue à Ville-sur-Illon, charrue avec avant-train à Regney, charrue avec avant-train à Ville-sur-Illon, charrue brabant double à Madonne-et-Lamerey, charrue brabant double à Légéville-et-Bonfays, charrue réversible avec avant-train à Damas-et-Bettegney (ferme n°56), cuve-chariot, réservoir d'eau à Gorhey, faucheuse à Bainville-aux-Saules, semoir à Madonne-et-Lamerey, semoir à Gorhey, semoir Nodey à Harol, tracteur Fordson à Bazegney, tarare à Circourt (ferme n°11), tarare à Madonne-et-Lamerey (ferme n°12), tarare à Gelvécourt-et-Adompt (ferme n°9), herse en bois à Vaubexy (ferme n°8), butteuse à pomme de terre à Bocquegney (ferme n°14).

Quelques objets liés à la pratique agricole sont aussi notés tels qu’un javellier, appelé localement un « ratelot » à Saint-Vallier, une meule à aiguiser à Damas-et-Bettegney (ferme n°56), une chaudière pour la lessive et la cuisson des aliments du bétail à Bocquegney et une autre à Dompaire (ferme n°52), une balance romaine à Harol, deux concasseurs à céréales à Dompaire (fermes n°35 et n°66) et un à Derbamont (ferme n°21). Les villages les plus dynamiques de l’ex-canton de Dompaire se sont également équipés d’une balance publique : Dompaire, Racécourt (1908), Damas-et-Bettegney (1928), Bettegney-Saint-Brice (1935) (sources : AD88 - 2O et Edpt). Ces poids publics sont utilisés par les habitants pour peser les produits agricoles à vendre : foin, récoltes, engrais, bois, bestiaux… Installés au cours de la première moitié du 19e siècle, les ponts à bascule sont en service jusque dans les années 1980.

4. Les éléments formels et de décors

A l'exception des fermes à pavillon, les fermes du canton de Dompaire mettent en œuvre relativement peu de décors sur leurs façades, surtout en comparaison des Vosges gréseuses. Le soin accordé au traitement des façades antérieures passe généralement par les chaînes d’angle et les encadrements d'ouvertures, qui sont en pierre de taille parfois agrémentés d’une corniche ou d’une agrafe. Les fermes à pavillon bourgeoises développent fréquemment des ornements sculptés, des lambrequins sous la toiture, des ferronneries pour les balcons ou les escaliers.... A l'inverse, les maisons de manouvriers sont généralement dépourvues de décors.

4.1. Les formes des baies

Pour les fermes les plus courantes, les propriétaires attribuent la plus grande attention au traitement des ouvertures du logis : la porte piétonne et les baies. Les plus anciennes ouvertures (avant le 16e siècle) sont sculptées. Elles ont un linteau trilobé, en accolade, à arc infléchi ou un arc en plein cintre. Il a également été recensé deux anciennes fermes portant des fenêtres à croisées et huit avec des meneaux, dont 5 repérées. Un grand nombre de fermes remontant plutôt au 17e siècle possèdent des encadrements avec un chanfrein ; certaines ayant conservé leurs barreaux de fer verticaux. Des petites fenêtres d’angle sont également remarquables à Begnécourt et à Circourt (ferme n°15). Toutefois, un nombre important de ces ouvertures anciennes ne semblent pas être à leur place initiale. Il n’est pas rare d’avoir déplacé une petite baie chanfreinée du rez-de-chaussée vers les combles, pour ouvrir à la place une grande fenêtre apportant plus de lumière dans la chambre. Relativement peu nombreuses, une concentration un peu plus importante de ces baies anciennes est observable dans les villages qui bénéficiaient d’une demeure seigneuriale comme Dompaire, Ville-sur-Illon, Bainville-aux-Saules.

Dénombrement des différentes formes de baies anciennes des fermes de l’ex-canton de Dompaire Dénombrement des différentes formes de baies anciennes des fermes de l’ex-canton de Dompaire

Les fermes du 18e siècle et du début du 19e siècle possèdent des baies à linteaux segmentaires délardés. En grès également, la plupart des baies datant du 19e siècle et du début du 20e sont à linteau droit, éventuellement avec une feuillure pour y insérer les volets. Il existe quelques exemples de linteau droit délardé de la première moitié du 19e siècle, dans la partie nord de l’aire d’étude : Bazegney, Bettegney-Saint-Brice, Bouxières-aux-Bois, Damas-et-Bettegney, Derbamont, Racécourt, Regney, Saint-Vallier, Velotte-et-Tatignécourt). De manière peu fréquente, les linteaux ont aussi pu être réalisés en briques de laitier (grise), avec un linteau segmentaire.

Dénombrement des différentes formes de baies des fermes de l’ex-canton de Dompaire.Dénombrement des différentes formes de baies des fermes de l’ex-canton de Dompaire.

Les encadrements en pierre de taille sont en grès local dont les teintes varient du gris-beige au rouge, mais il semble que les plus anciennes soient foncées (plus faciles à extraire). Les colorations sont plus claires au fil du 19e siècle ; le grès bigarré semblant le plus onéreux (sources orales). Les encadrements de grès rose sont souvent badigeonnés de blanc, quelquefois de couleur soutenue, notamment en bleu indigo (IA88031945) ou en rouge sang de bœuf.

Les huisseries en bois anciennes ont pour la plupart été remplacées par des fenêtres modernes, mais quelques petits bois sont encore visibles pour les baies sous les toits. Des traces de peintures blanches y sont décelables. Une seule en fer a été relevée à Harol (Ferme n°21). Ces baies peuvent être protégées par des barreaux de fer verticaux, mais le plus souvent, elles sont fermées par des volets de bois, qui s’adaptent à la forme de la baie. En planches verticales maintenues par des pentures métalliques, ils sont parfois munis de persiennes ou de panneaux à glissière pour faire entrer seulement un rayon de lumière.

Les petits jours éclairant les combles et le charri sont généralement circulaires, parfois rectangulaires. Ils peuvent aussi prendre des formes plus décoratives dans les quelques cas suivants :

- cœur (fermes n°2 à Bocquegney, n°1 à Bouxières-aux-Bois, n°19 à Gorhey, n°30 à Harol),

- étoile (fermes n°18 à Bettegney-Saint-Brice, n°30 à Harol),

- swastika (ferme n°3 à Derbamont),

- polylobé (fermes n°32 à Jorxey, n°12 aux Ableuvenettes, n°4 à Velotte-et-Tatignécourt),

- et demi-circulaire (fermes n°13 à Gorhey, n°12 à Gelvécourt-et-Adompt, n°13 à Gorhey, n°53 à Harol, n°1 à Saint-Vallier…).

Répartition des oculi en fonction de leur emplacement sur la façade dans l’ex-canton de DompaireRépartition des oculi en fonction de leur emplacement sur la façade dans l’ex-canton de Dompaire

On peut aussi noter des éléments de décors gravés figurant des volutes et des feuillages stylisés, symétriques relevées sur quelques linteaux de portes et de baies soignées de Adompt (1872), Damas-et-Bettegney, Légéville-et-Bonfays (1887), Hagécourt (1878)… Des ornements similaires sont également visibles sur des édifices du secteur : le presbytère de Adompt, le lavoir de Baudricourt (1874), la mairie-lavoir de Hagécourt (1882)… Ils ont probablement été réalisés par quelques sculpteurs locaux œuvrant aux carrières de Bonfays à la fin du 19e siècle. L’encadrement de la porte de la ferme n°22 à Bainville-aux-Saules est à rapprocher de cet ensemble, mais parait toutefois antérieur (grès rose, tracé plus fin et souple).

4.2. Les formes et décors des portes

La majorité des portes charretières de l’ex-canton de Dompaire sont sobres. Les plus anciennes possèdent un encadrement en plein cintre avec une moulure ou un chanfrein achevé à la base par des congés en sifflets. La porte charretière est régulièrement jumelée avec la porte piétonne du logis. Le piédroit commun en pierre de taille permet une stabilité structurelle et surtout une économie de matériaux. Les encadrements des portes charretières des 18e et 19e siècles peuvent être ornés d'une agrafe ou de moulures à la hauteur des chapiteaux. Afin d’agrandir le passage pour le matériel agricole, l’arc en pierre s’aplatit au fil du 19e siècle vers l’anse de panier, puis l’arc segmentaire, pour arriver à un linteau droit au début du 20e siècle. Il est parfois remplacé par des linteaux en bois, en IPN ou en ciment. Il est à noter que certains piédroits sont encore protégés par des chasse-roues en pierre.

Dénombrement des différnets décors des portes charretières relevées dans l'ex-canton de Dompaire.Dénombrement des différnets décors des portes charretières relevées dans l'ex-canton de Dompaire.

Les portes charretières d'origine sont quasiment toutes constituées de simples planches verticales, maintenues par des traverses. Les plus anciennes sont assemblées par des chevilles de bois saillantes à tête pyramidale. Elles ne portent pas de décor hormis quelques petits jours en forme de balustre, de losange ou de cœur. Ils permettent de faire entrer un peu de lumière dans la grange, et de laisser le passage des hirondelles qui nichent entre les poutres des balanciers. Si la ferme ne possède pas de porte piétonne, un portillon est aménagé pour entrer, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir tout le grand vantail.

Les portes piétonnes sont le plus souvent munies un encadrement en pierre de taille mouluré, surmonté d’une niche pour les plus soignées. Les rares portes anciennes sont cintrées (ferme n°12 à Gorhey) ou trilobées (ferme n°2 à Les Ableuvenettes). Celles datant de la première moitié 18e siècle présentent un linteau droit, qui peut servir de pierre de fondation et délimiter une imposte. Dans la seconde moitié du 18e siècle et au début du 19e siècle, le linteau est plutôt segmentaire. Puis le linteau droit est à nouveau privilégié par la suite, fréquemment surplombé par une corniche.

Les portes les plus courantes sont composées des planches verticales, tandis que les plus soignées arborent un décor de chevrons. Quelques portes piétonnes du 18e siècle présentent des panneaux de bois moulurés chantournés, parfois rehaussés de volutes. Les impostes vitrées se développent à partir de cette période, composées de carreaux séparés par des petits bois, de facture simple.

A la fin du 19e siècle, les portes à panneaux moulurés sont partiellement vitrées et protégées par des grilles en fer ou en fonte ornementées. Le principe perdure au 20e siècle, en s’adaptant aux goûts Art Nouveau, puis Art Décoratif (ferme n°2 à Derbamont). Une très petite partie des portes piétonnes est abritée sous une marquise de cette même période, ou sous quatre balcons conférent un caractère urbain ostentatoire au sein de ces petites communes rurales (fermes n°12 à Bazegney, n°45 de Damas-et-Bettegney, n°21 de Gugney-aux-Aulx, n°1 de Madegney). Lorsque les escaliers ou les baies sont munis de garde-corps, le motif est assorti. D’autres éléments peuvent prendre un aspect décoratif, comme les serrures, les loquets-pouciers, les poignées fixes ou pendantes en fer, les heurtoirs, ainsi que des fentes de boites aux lettres. Les portes sont aussi un support pour accrocher un fer à cheval, un objet ancien ou une inscription informative (Ferme n°30 de Ville-sur-Illon).

4.3. Les décors des façades

Si les portes charretières et piétonnes concentrent fréquemment l’expression des décorations, la façade antérieure est prise en compte dans son ensemble. Les pignons et façades postérieures ne font pas l’objet de traitements particuliers, hormis dans le cas de bâtiment situé à l’angle de plusieurs rues. Les ouvertures sont ainsi alignées dans un souci de symétrie accru à partir du 19e siècle, par exemple : la porte d'étable est de même dimension que la porte du logis, de grandes fenêtres éclairent les greniers pour créer une façade ordonnancée plus cossue…

Les façades sont enduites et ne laissent apparaître que les pierres de taille des encadrements, qui sont parfois badigeonnées. Toutefois, une part importante des fermes relevées (1/3) possèdent une chaîne d'angle harpée ou droite, ce qui dénote une attention particulière portée à l’apparence extérieure du logis. Pour les fermes les plus modestes ou les maisons de manouvriers ne pouvant se permettre la mise en œuvre de belles pierres de taille, mais souhaitant montrer une certaine aisance, il a été réalisé de fausses chaînes d'angle (harpées ou non) dans 20% des cas. Peintes ou tracées dans l’enduit en jouant sur les textures et les reliefs, la facture peut être très travaillée avec des rehauts de badigeons ocres et noirs. Quelques exemples sont particulièrement décoratifs à Derbamont (fermes n°2 et n°5).

Répartition des types de chaines d'angle sur les fermes dans l’ex-canton de DompaireRépartition des types de chaines d'angle sur les fermes dans l’ex-canton de Dompaire

De manière générale, les enduits présentent une finition talochée fine, toutefois celui de la ferme n°30 de Dompaire est atypique dans sa mise en œuvre au doigt, que l’on retrouve partiellement à Velotte-et-Tatignécourt (ferme n°24). Les plus belles habitations, souvent des fermes à pavillon, possèdent des bandeaux en pierre de taille séparant les niveaux, ou bien la partie habitation et la partie agricole. Les soubassements sont beaucoup moins fréquents, quelques-uns en pierre de taille, d’autres en imitations avec un enduit de béton et de faux joints plats réalisés généralement au début du 20e siècle. La toiture est parfois soulignée par une corniche moulurée ou une frise de lambrequins (4%) en bois, rarement en métal, toutes différentes. De faux lambrequins sont aussi visibles à Vaubexy (fermes n°22 et n°34). Des décors peints sont également relevés dans différents cas :

- Des rehauts de décors sculptés en ocre rouge

- Des enseignes peintes de café, ou commerce : fermes n°24 à Bazegney, n°19 à Racécourt…

- D’anciennes publicités peintes sur un pignon : fermes n°19 à Racécourt, n°26 à Velotte-et-Tatignécourt…

- Un cadran solaire : ferme n°6 à Bocquegney

4.4. Les niches et la statuaire

Pour compléter, environ 12.5 % des façades sont ornées d'une niche. Leur fonction première est de protéger le logis en y conservant une représentation d'un saint protecteur ou de la Vierge. La plupart sont constituées d'une simple cavité dans la façade, au-dessus de la porte charretière ou piétonne. Les plus anciennes s’ornent d’un arc en accolade (ferme n°61 à Dompaire), tandis que la plupart de celles qui sont sculptées, sont inspirées par un répertoire classique (encadrement mouluré, coquille, corniche…) complété par des évocations religieuses (croix, cierge…). Quelques-unes sont datées ; la plus ancienne semble être celle de la ferme n°6 à Hagécourt (datée 1684). Certaines sont peintes en blanc ou en bleu pour mettre en avant la statue. Quelques-unes présentent un décor remarquable à Bainville-aux-Saules (ferme n°11), Harol, (ferme n°62), Hennecourt (fermes n°15 et n°28), ou Madonne-et-Lamerey (ferme n°15).

Si toutes les niches étaient à l'origine garnies de statues, une grande partie est aujourd'hui vide. Soixantaine-et-onze sculptures sont encore visibles dans ces niches ou scellées dans la façade des fermes. Très peu sont restées à leur place d’origine. La plupart sont des statuettes de grande production de la fin du 19e siècle ou du 20e siècle. Elles correspondent à des représentations de la Vierge (36, dont 23 « Vierge de Lourdes »). On observe aussi 18 « Vierge à l’Enfant », 2 « Vierge de Piété », des représentations de Notre-Dame de Saint-Étienne-le-Laus (ferme n°1 à Maroncourt), de la Vierge-aux-Roses, de Notre-Dame de Guadalupe (ferme n°28 à Lamerey) et d’une sainte Famille (ferme n°1 à Bouxières-aux-Bois). Les autres statuettes de saints sont peu nombreuses : 6 de saintes (non identifiées, mutilées), 4 de sainte Thérèse-de-Lisieux et 4 de saint Joseph. Un bas-relief du Christ en Croix dans une chaîne d’angle est également notée à Harol (rue de l’Eglise).

Des remplois de pierres sculptées sont insérés dans certaines façades, sans que leur provenance puisse être identifiée, Gelvécourt-et-Adompt (ferme n°16), Gugney-aux-Aulx (ferme n°25), Hagécourt (ferme n°1), Harol (ferme n°33), Harol (ferme n°54), Harol (ferme n°87), Ville-sur-Illon (rue de l'Etang). Sur la façade de la ferme n°10 de Gugney-aux-Aulx, le bas-relief remployé porte la date 1567 qui est la plus ancienne relevée sur une ferme dans l’ex-canton de Dompaire.

4.5. Les autres éléments décoratifs des façades et les dates portées

Sur les façades des fermes du canton de Dompaire, il est aussi possible de voir des éléments décoratifs liés à l'histoire locale, aux activités ou aux préoccupations des propriétaires. Les façades des anciennes fermes sont parfois le support pour des références à des personnages et des événements politiques importants. Les plus anciennes sont probablement les blasons qui figuraient les armes des seigneurs locaux à Dompaire, à Harol, ou à l’exemple de celui d'Antoine de Ville et de Yolande de Bassompierre à Ville-sur-Illon (limite 15e/16e siècle). Il est également possible de voir quelques pierres de taille éparses (des encadrements principalement) qui proviennent des anciennes demeures seigneuriales de Ville-sur-Illon, et de l’abbaye de Bonfays.

Deux croix de Lorraine du 18e siècle évoquent le duché de Lorraine (fermes n°18 à Jorxey et n°77 à Harol), mais la plupart ont été mises en œuvre à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle dans le contexte de l’Annexion de l’Alsace et de la Moselle. Deux autres sont peintes dans un V, rappelant la période de la Libération en 1944 (fermes n°4 à Dompaire et n°13 Gorhey). Une tuile peinte d’une croix de Lorraine et de chardons est accrochée en façade (ferme n°20 à Bainville-aux-Saules).

Les mentions révolutionnaires et républicaines sont principalement visibles sur les pierres de fondation du 19e siècle à travers des formulations (date exprimée selon le calendrier Républicain), ou des représentations d’un bonnet phrygien (ferme n°92 à Harol), d’un coq sur une sphère et d’un drapeau (ferme n°11 à Harol). Il existe quelques références à la Royauté française à travers des fleurs de lys, qui correspondent à la période de la Restauration, ou des mentions du règne de Charles X et de Louis-Philippe.

La façade antérieure de la ferme est le lieu privilégié pour le placement de la pierre de fondation. Quelques-unes parmi les plus anciennes ont été identifiées à l’intérieur des fermes :

- 1618 : sur le linteau de la porte piétonne du logis, dans le charri à Dompaire,

- 1659 : sur le linteau d’une porte piétonne (déplacée ?) à Harol,

- 1701 et 1740 : sur le linteau des portes piétonnes du logis, dans le charri à Bainville-aux-Saules,

- 1708 : Sur le linteau d’une porte charretière entre la grange et le charri à Bocquegney,

- 1787 : sur le manteau d’une cheminée à Ville-sur-Illon.

Lorsque la date de construction ou de rénovation du bâtiment est seule, elle est généralement inscrite sur le linteau de la porte piétonne ou l'agrafe de la porte charretière, parfois sur la niche. 245 fermes portent ainsi une date, soit environ 27 % du corpus. Parmi elles, 108 sont complétées par des initiales ou un texte rédigé formant une pierre de fondation. Elles sont incluses dans la maçonnerie de la façade du logis ou près de la porte charretière, entre un et trois mètres du sol pour être lisibles. Plus rarement, la pierre de fondation peut être placée dans la chaîne d'angle ou sous une niche.

Leurs dates reflètent les grandes périodes de développement des villages, de construction et de rénovation de l’habitat dans la première moitié du 18e siècle et au cours du 19e siècle. Leur lecture permet d'apprendre que 63 % de ces pierres ont été posées par le couple qui va habiter la maison, et 16% par les enfants des propriétaires, généralement très jeunes. 25 pierres de fondation portent une dédicace à caractère religieux (5% sont peu compréhensibles ou illisibles). Trois pierres de fondation font référence à l’entrepreneur ou le tailleur de pierre ayant réalisé la construction (cf. §5.1).

Graphique représentant la part des fermes portant une date dans le canton de DompaireGraphique représentant la part des fermes portant une date dans le canton de DompaireGraphique représentant la répartition des dates portées sur les fermes de l’ex-canton de DompaireGraphique représentant la répartition des dates portées sur les fermes de l’ex-canton de Dompaire

Ces pierres de fondation sont souvent agrémentées d'un élément sculpté ou gravé. Des motifs religieux (croix ou monogramme IHS), des rosaces, des volutes et des fleurs sont utilisés, et ponctuellement des cœurs. Certaines sont particulièrement travaillées.

Des symboles apotropaïques peuvent être découpés dans les portes ou les volets (cœur, carreau) ou sculptés sur les linteaux (cœur, étoile, swastika, rosace…). Les éléments peints à l’ocre sont rarement conservés. Des fers à chevaux sont aussi accrochés sur les portes pour solliciter la chance. Quelques graffiti ont été effectués sur les piédroits de portes charretière ou les enduits du charri.

La profession ou l’activité complémentaire du propriétaire de la ferme peut éventuellement apparaître sous forme d’enseignes peintes sur la façade : les cafés-épiceries de Vaubexy, de Racécourt (ferme n°19) ou de Bazegney (ferme n°24). Des vestiges de publicités peintes (fermes n°66 à Dompaire, n°19 à Racécourt, n°26 à Velotte-et-Tatignécourt), d’enseignes pendantes (ferme n°15 à Begnécourt) sont encore visibles. Quelques cadrans solaires subsistent (fermes n°6 à Bocquegney, n°7 à Dompaire, n°42 à Gugney-aux-Aulx, n°4 à Racécourt).

Enfin, le repérage a également mis en avant la présence d'un grand nombre de pieds de vigne ou d'arbre fruitier (poirier, rarement pêcher, pommier) en façades jusqu'au début du 20e siècle (visibles sur les cartes postales anciennes). Ils sont généralement plantés contre le mur, devant le logis, et se développent le long de la façade, soutenus par des espaliers de bois. Outre la production de fruits pour le foyer, ils procurent de l’ombre en été, et ont la mission de pomper l'eau du sol pour assécher les fondations. En effet les toitures possédant peu de gouttières, l'eau s'infiltre dans le sol des usoirs non pavés et rend le logement humide. Ils sont aujourd'hui rares, car seulement une cinquantaine de vignes et une trentaine d'arbres sont encore en place dans l’ex-canton de Dompaire.

5. Les matériaux de construction

Les anciennes fermes de l’ex-canton de Dompaire étant majoritairement établies avant le 20e siècle, elles possèdent des structures massives qui privilégient la pierre et le bois, et des toitures en tuiles de terre cuite. L'ensemble de ces matériaux a traditionnellement été prélevé au plus près pour limiter les coûts de transports, matérialisant les savoir-faire locaux traditionnels. Les rénovations et reconstructions des 20e et du 21e siècles sont quasiment toutes réalisées en employant des matériaux de constructions modernes (briques, IPN, ciment, béton, tôles, PVC).

5.1. La pierre et les matériaux des murs

Les anciennes fermes du canton de Dompaire sont construites en moellons issus des carrières locales. Des calcaires sont présents dans la partie nord, et des grès de couleur beige à rouge dans la partie sud. Cette répartition correspond avec la limite géologique entre les zones datant du Trias supérieur et du Trias moyen. Les pierres de tailles sont en grès et proviennent essentiellement des carrières de Bonfays, Ville-sur-Illon, voire de Lerrain. Les bancs de pierres de moyennes qualités fournissaient les moellons, tandis que les meilleures veines permettaient de réaliser des blocs plus massifs. Les grès blancs et bigarrés, plus fins, sont plus onéreux, et davantage employés au 19e siècle, que ceux de couleur rose à rouge.

Les moellons sont traditionnellement couverts, au moins sur la façade antérieure, d'un enduit en trois couches, composé de sable mêlé à de la chaux d’extraction locale également. En utilisant les matériaux présents à proximité, les façades prennent des teintes homogènes d’ocre beige à rose. Les enduits récents peuvent être en ciment et prendre des couleurs plus variées.

Les pierres de taille sont réservées aux encadrements des ouvertures, aux chaînes d'angle et quelques éléments de décors (pierres de fondation, niches, bandeaux, soubassements…) donnant alors un aspect plus majestueux à la ferme. Elles sont laissées apparentes, parfois badigeonnées. Elles sont aussi utilisées pour réaliser des bancs, les escaliers, les entrées de caves, des clôtures et portails de jardins, des manteaux de cheminée, des pierres à eau... Le sol de l’avant-grange et de la cuisine est généralement dallé, tandis que l’étable et parfois l’usoir sont pavés. Quelques encadrements de baies de la fin du 19e siècle ou du début du 20e siècle sont réalisés en briques de laitier dans la partie nord du canton, à proximité des sites industriels de la vallée de la Moselle. En plus de la trentaine de carrières relevées sur le territoire, 6 entrepreneurs ou tailleurs de pierre ayant œuvré sur le territoire aux 18e et 19e siècle ont été identifiés :

- I. Hatié (entrepreneur), au 18e siècle, qui a signé la pierre de fondation de la ferme acquise par la commune en 1856 pour y établir la mairie-école d’Adompt ;

- Charles Liégeois (tailleur de pierre), qui est habitant en 1780 de la ferme n°3 à Begnécourt (signature sur la pierre de fondation de son habitation) ;

- Dominique Humblot (maçon, tailleur du pierre), qui a construit en 1815 la ferme n°40 à Harol (Frison) (document d’archive privé) ;

- Nicolas Le Roy (entrepreneur), qui a signé en 1818 la pierre de fondation de la ferme n°52 à Harol (Le Fleuriot) ;

- F. Breton (entrepreneur), qui a signé en 1824 la pierre de fondation de la ferme n°12 à Bainville-aux-Saules ;

- M. Maire (1850-1914) qui est tailleur de pierre et habitait la ferme n°4 à Jorxey (source orale).

Liste des carrières relevées sur le territoire de l'ex-canton de DompaireListe des carrières relevées sur le territoire de l'ex-canton de DompaireCarte de l'exploitation des sols dans l'ex-canton de Dompaire, figurant les carrières et tuileries relevées à l'époque contemporaine.Carte de l'exploitation des sols dans l'ex-canton de Dompaire, figurant les carrières et tuileries relevées à l'époque contemporaine.

5.2. Le bois de charpente et de menuiserie

Le bois de construction est abondant dans l’ex-canton de Dompaire et provient des forêts environnantes. Les principales ressources se situent dans le Grand Bois à l’ouest de Dompaire, et les multiples petits bosquets au sommet des côtes. En effet, les communes bénéficient de forêts communales situées en périphérie qui étaient grevées des droits de vaine pâture, de glandée, d’affouage, et où les habitants avaient la possibilité d’y prendre le bois nécessaire pour la réparation et l’entretien de leur maison, sur la base d’un état dressé par un maître-charpentier (sources : AD88 - 11T20/140). Seuls les affouages sont encore en vigueur aujourd’hui.

Les anciennes fermes du territoire ont une charpente dite à poteaux appelée localement « homme debout ». Elle se caractérise par une absence de pièce porteuse horizontale, des poteaux montant du sol à la toiture, et des arbalétriers s’appuyant sur le poteau central, sur le mur gouttereau et un poteau intermédiaire. Des aisseliers et des contrefiches soulagent parfois respectivement les arbalétriers et les pannes. Trois à cinq "hommes-debout" sont alignés pour délimiter entre eux deux ou trois travées perpendiculairement aux murs gouttereaux, qui constituent les façades principales. Afin de permettre une hauteur suffisante à l'aménagement d'un rez-de-chaussée maçonné et de greniers aptes à accueillir le grand volume nécessaire aux récoltes, ce type de charpente exige des bois de grande longueur. Il arrive régulièrement que ces poteaux prennent appui, non sur pas sur un dé de pierre au sol, mais sur une sablière posée sur le mur de refend séparant le logis de la grange, réduisant la taille du fut de chêne nécessaire de la hauteur du premier niveau. Ce type de charpente offre l’avantage d’être relativement simple à exécuter, tout en réduisant la charge reportée sur les murs extérieurs, les murs pignons soutenant peu la charpente. En outre, il facilite la pose de planchers intermédiaires. Ces toitures à long pans comportent parfois une demi-croupe du côté des vents dominants (environ 24% du corpus). Ce pan de toit est parfois abaissé jusqu'à former une croupe (9%). Cette forme est plutôt réservée aux fermes à pavillon, de conception plus savante.

Les charpentes à poteaux permettent la structuration de toitures à deux pans de très grandes longueurs correspondant au principe de la maison en profondeur. Leur faible pente est adaptée aux tuiles creuses, qui étaient la référence sur le territoire. Le même principe est repris pour l’établissement des halliers, qui sont construits dans la continuité du corps principal, avec un ou deux planchers reposant sur des poteaux de bois et/ou un pignon maçonné. Le hallier peut rester ouvert en façade antérieure, mais est le plus souvent fermé par un essentage de planches verticales. Les remises et annexes sont également établies en bois. Seules quelques fermes possèdent des auvents sur consoles, établis dans la première moitié du 20e siècle, pour abriter la charrette au moment d'engranger le foin par la gerbière (ferme n°3 à Hennecourt).

Si le bois est abondant dans la région, aucune construction en pan de bois n’a été identifiée. Une seule ancienne ferme présente encore un essentage de bardeaux. Les toitures en essis, probablement assez courantes sur les bâtiments les plus modestes jusqu’au 19e siècle, ont entièrement disparu. Quelques vestiges de volige sous les tuiles sont fixés avec des liens végétaux. Il est à noter que la structure des flamandes est formée par un clayonnage couvert de plâtre (ferme n°30 à Ville-sur-Illon).

Le bois est largement utilisé à l'intérieur des fermes. Les balanciers et les sols des greniers sont constitués de poutres sur lesquels sont fixées des planches. Les chambres sont habillées de planchers en chêne au rez-de-chaussée et en sapin à l'étage. L'ensemble des huisseries, des portes et du mobilier est traditionnellement conçu en bois local. Les volets qui ferment les baies du logis sont traditionnellement formées de planches verticales maintenues par des pentures métalliques horizontales. Ils sont fréquemment ouverts par des persiennes ou des petits jours, dont certains s’occultent par une glissière. Ce matériau est également employé pour réaliser des frises découpées formant des lambrequins fixées sous l’avant-toit de logis élégant. L’ensemble du mobilier est confectionné en chêne. Les inventaires après décès du 18e siècle par exemple (AD88- B501), montrent qu’un cultivateur moyen (avec 3 bovins et une charrue) possèdent généralement deux armoires, un lit, un coffre, deux paires de chaises, un pétrin, ainsi que des cuveaux et des seaux en sapin.

5.3. Les matériaux de couverture

Les fermes de l’ex-canton de Dompaire sont couvertes à 82% de tuiles mécaniques et à 13% de matériaux récents (tôles ondulées ou nervurées, ciment amiante…). Ces éléments de couverture sont venus remplacer à partir du milieu du 19e siècle, les tuiles creuses préexistantes, dont les derniers témoignages sont repoussés sur les côtés des toitures (4.5% du corpus). Les tuiles faitières sont scellées au mortier. Les quatre cas de tuiles plates se situent sur la toiture de pavillons à caractère ostentatoire. Les tuiles de rives et les abouts ne sont pas employés. Les archives mentionnent l’utilisation courante au 19e siècle de couverture en tuiles creuses sur lattis à claire-voie en planches de sapin (AD88 - 2O64/10 ; Edpt372/1M1…), et d’anciennes couvertures en bardeaux de bois de chêne recouvertes de tuiles creuses (AD88 - 2O107/9 ; Edpt124/1M2…).

Jusqu’au 20e siècle, les tuiles creuses et mécaniques utilisées sont de fabrication locale. Sept sites de production ont été identifiés sur le territoire de l’ex-canton de Dompaire, mais les tuiles et briques identifiées proviennent aussi d’importantes fabriques voisines.

Répartition des différents matériaux de couverture des fermes de l'ex-canton de Dompaire.Répartition des différents matériaux de couverture des fermes de l'ex-canton de Dompaire.Liste des tuileries relevées sur le territoire de l'ex-canton de Dompaire, et à proximité.Liste des tuileries relevées sur le territoire de l'ex-canton de Dompaire, et à proximité.

5.4. Les utilisations des métaux

L’utilisation des métaux dans la construction est assez rare avant le 20e siècle. Elle se limite à des éléments de petites dimensions liés à la sécurisation du bâtiment. Des barreaux en fer verticaux ont été conservés sur une vingtaine de bâtiments relevés. Ils présentent une section carrée, et les plus anciens sont de sections rondes avec des barreaux horizontaux supplémentaires (ferme n°4 Harol) ou avec un profil en épis. Les pentures en fer sont utilisées pour les volets, mais pas pour les portes. Les systèmes de serrurerie sont pour la plupart modestes : loquet-poucier, poignée, serrure, heurtoir… mais certains exemplaires s’ornent de décors (fermes n°21 et n°34 à Damas-et-Bettegney, n°3 à Gelvécourt-et-Adompt) voire d’inscriptions.

Les éléments décoratifs en fer et en fonte se développent à la fin du 19e siècle avec l’emploi de plus en plus régulier de grilles de protection des parties vitrées des portes piétonnes. Elles sont quelquefois complétées par une marquise, une rampe d’escalier, des garde-corps fixés dans l’embrasure des baies, un balcon ou un gratte-botte. Les murets de clôture des jardins situés sur l’usoir ou en bordure de rue, peuvent aussi avoir été surmontés d’une grille métallique, parfois accompagnée d’un portail.

Une vingtaine de pavillons possédaient des épis de faîtage (ferme n°12 Bazegney) dont 7 girouettes figurant un coq, un chasseur et son chien, un chevreuil (fermes n°1 à Harol, n°9 à Circourt), un ange, un nain avec une brouette (ferme n°24 Ville-sur-Illon). Il existe aussi quelques lambrequins sous la toiture en tôle découpée (ferme n°1 à Racécourt) et quelques éclairages en fonte. De manière ponctuelle des objets en fer ou en fonte peuvent être remployés de manière décorative, en étant accrochés en façade antérieure : statuette, croix funéraire, vase Médicis, outil ancien, crémaillère, fer à cheval…

Une quinzaine de plaques de cochers (panneaux indicateurs) produites par la fonderie de Varigney (Haute-Saône) sont encore fixées dans les angles des fermes situées en bordure de routes principales, à l’entrée des villages : Ferme n°2 à Bainville-aux-Saules, n°15 à Begnécourt, n°10 et n°15 à Circourt, n°49 à Damas-et-Bettegney, n°73 à Dompaire, n°14 et n°16 à Gugney-aux-Aulx, n°25 à Hagécourt, n°1 à Harol, n°1 à Maroncourt, n°15 à Les Ableuvenettes, n°1 et n°12 à Saint-Vallier et n°21 à Velotte-et-Tatignécourt.

A l’intérieur, les plaques de cheminée, les poêles de revers de taque, les portes de four et les horloges sont rares, et peu d’objets quotidiens ont été conservés en place (crémaillère, casserole, chenet, crochet de suspension, patère…). Les quelques pompes à eau à bras sont également en fonte et en cuivre. Les inventaires après décès du 18e siècle par exemple (AD88- B501) montrent qu’un cultivateur moyen (avec 3 bovins et une charrue) possèdent de la vaisselle en étain (plats, pots, salière, moutardier, cuillères…), des chandeliers, ainsi que des chaudrons en cuivre. Le fer est employé pour les poêles, les grils et les outils agricoles (scies, pelles, fourches, charrue…).

L’emploi du fer en tant que matériaux de construction se développe au début du 20e siècle, avec l’apparition de linteaux IPN (ferme n°15 Velotte-et-Tatignécourt), de portes de cave ou d’huisserie (ferme n°21 à Harol). Les charpentes métalliques, les bardages et les couvertures en tôles ondulées sont mis en œuvre à partir du milieu du 20e siècle pour les annexes, les hangars et les réparations.

Typologies Ferme à pavillon, Ferme à double logis, Maison de manouvriers, Ferme à plusieurs corps de batiment, Ferme à plan en L, Ferme à plan en U, Ferme à Charri
Toits tuile creuse, tuile mécanique, tôle ondulée, ciment amiante en couverture
Murs grès moellon enduit
calcaire moellon enduit
grès pierre de taille badigeon
résidu industriel en gros oeuvre
bois essentage de planches
ciment parpaing de béton
Décompte des œuvres nombre d'oeuvres étudiées 919
nombre d'oeuvres reperées 142

Annexes

  • Pratiques agricoles dans l’ex-canton de Dompaire : Assolement triennale

    Comme dans tout le Xaintois, les communes de l’ex-canton de Dompaire se développent autour d’une économie agricole basée sur l’assolement triennal et la vaine pâture jusqu’au début du 20e siècle. Ces pratiques, régies par la coutume lorraine, permettent une organisation communautaire des cultures et de l’élevage.

    Assolement triennale

    L’assolement triennal s’est imposé après les bouleversements de la Guerre de Trente Ans, dessinant l’openfield lorrain avec des habitations regroupées en village, jusqu’au milieu du 20e siècle.

    Le plus couramment, le territoire communal cultivé est à peu près divisé en trois saisons ou sols égaux dont la rotation comprend la culture de blé/froment la 1e année, la production d’avoine la 2e année, et une mise en jachère la 3e année. Des variations existent d’une commune à l’autre : les cultivateurs peuvent ajouter à l’avoine des betteraves, des pommes de terre, du seigle, de l’orge, des pois ou du trèfle. La jachère est aussi complétée par des plantes sarclées (pommes de terre, betteraves…), des légumineuses (trèfle, minette, pois…) ou du colza…. La luzerne et le sainfoin sont cultivées en dehors de l’assolement.

    Chaque cultivateur possède des parcelles dans les trois saisons, qui sont de forme allongée pour faciliter le labour en « longues rayes ». Le droit successorale et le code napoléonien accentue l’émiettement et les divisions de parcelles dans le sens de la longueur pendant une bonne partie du 19e siècle, aboutissant à un parcellaire laniéré en « lames de parquets ».

    Les propriétés ne sont pas clôturées, et souvent sans accès, ce qui implique une gestion commune des circulations par la mise en place de bans pour les moissons notamment. De plus, toute modification individuelle de l’assolement est ainsi impossible, malgré le problème posé par la succession de deux céréales : l’avoine étant semée sur un terrain épuisé par le blé. Les jachères laissent toutefois plus de liberté aux cultivateurs. L’interdiction de clôture est également liée au droit de vaine pâture. Les limites de propriétés sont rarement bornées. Le plus souvent, elles sont matérialisées par des pierriers linéaires en bordure de parcelles, créés par l’épierrement continue des champs. Certains sont encore visibles, enfrichés, dans la vallée du Madon, notamment à Bainville-aux-Saules. Suite aux remembrements, la plupart ont disparu, servant de carrière pour réparer les chemins et les entrées de parcelles.

    Amendements des terrains

    Pour améliorer la production agricole, les pailles qui sont converties en fumier sont étendues de manière générale tous les 3 ans, soit à la saison du blé, soit lors de la jachère. Elles sont complétées par les boues des villes (curage des fontaines…). Si les tas de fumiers sont interdits au 19e siècle dans les grandes rues des villes comme Dompaire (AD88 - 11T19/111), ils sont importants sur les usoirs des villages et pas toujours très soignés : En l’absence de fosse à purin, les tas sont situés contre les façades des fermes, lessivés par les eaux de pluie. Le purin s’en allant dans le ruisseau pose des problèmes d’efficacité et d’hygiène. De plus, les terres situées à proximité des villages, sont souvent mieux engraissées que celles en limite de ban communal pour une raison de facilité de transport. Ces dernières se contentent souvent de l’engrais au moment du pâturage L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    Les amendements des plâtres sont faits dans quasiment toutes les communes du canton, aux endroits où les marnes irisées inférieures et moyennes affleurent. Au milieu du 19e siècle, cinq fabriques de plâtre sont identifiées sur l’ex-canton, dont l’exploitation est destinée principalement à l’agriculture : l’Huilerie de Bainville-aux-Saules et les quatre fabriques de Circourt « employant ensemble six ouvriers et fabriquant annuellement 2256 hectolitres qui sont vendus dans les cantons de Dompaire et d’Épinal » (Lepage et Charton. 1845).

    Les cendres lessivées étaient aussi employées pour améliorer la culture du seigle, du méteil et des légumineuses (trèfle). Parfois amenées d’Alsace ou de Franche-Comté, elles sont moins employées à la fin du 19e siècle. A cette époque, les cultivateurs commencent à introduire des engrais complémentaires, notamment sur les sols gréseux plus pauvres. En 1901, l’emploi des engrais chimiques (nitrates, phosphates) est encore limité dans le canton de Dompaire : 260 000 kg, soit une moyenne de 18 kg par hectare de territoire agricole. Les cultivateurs ne maitrisent pas complétement leur utilisation, ce qui est parfois contreproductif (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    Céréales

    Vers 1900, la culture du blé et de l’avoine représente chacun environ un quart des terres labourables dans le canton de Dompaire. Celle de seigle est très faible, et celle l’orge ne représente que quelques hectares dans chaque commune (2% à 3% des terres labourables). Les autres céréales (épeautre, méteil, sarrasin, maïs, millet…) sont ponctuelles et tendent à disparaitre à cette période.

    De manière générale, l’élevage bovin est priorisé par rapport aux autres activités agricoles dans la seconde moitié du 19e siècle et tout au long du 20e siècle. La surface de culture des céréales diminue fortement : Elle est souvent divisée par deux en un siècle, voire par quatre à l’exemple de Gugney-aux-Aulx (IVR41_20218830016NUC1A ; AD88-Edpt227/3F1). Le blé est fortement réduit, d’autant qu’il est soumis aux intempéries et fait l’objet de spéculations. Il est moins rémunérateur que l’avoine dont la récolte est plus régulière par exemple.

    Les grains de blé sont destinés à l’alimentation humaine, tandis que ceux d’avoine et de seigle sont pour les chevaux et les lapins. Les surplus sont vendus. Les pailles peuvent servir à la nourriture des animaux, mais sont surtout converties en fumier. Celles de seigle est principalement destinée à la confection de liens, au liage de la vigne et à la confection de matelas. L’orge est produite pour les brasseries et est parfois utilisée comme fourrage.

    Autres cultures

    Houblon

    La production de malt est attestée à Ville-sur-Illon au 17e siècle, mais la culture du houblon se développe à partir du milieu du 19e siècle sur quelques hectares à Bainville-aux-Saules, Bettegney-Saint-Brice, Bocquegney, Dompaire, Gugney-aux-Aulx, Madonne-et-Lamerey, Vaubexy (AD88-7M154). Afin de fournir les brasseries locales (Dompaire, Ville-sur-Illon et Rambervillers), la production atteint un maximum dans les années 1890, puis perd de l’importance (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    Tabac

    Dans un contexte de demande accrue, quelques cultivateurs se lancent dans la production de tabac à la fin du 19e siècle, à Bainville-aux-Saules, Begnécourt, Bouxières-aux-Bois, Dompaire, Gelvécourt, Harol, Hennecourt, Les Ableuvenettes, Vaubexy, Velotte-et-Tatignécourt. Les contraintes administratives, le manque de main d’œuvre et de séchoirs sont les freins à la pratique de cette culture pourtant rémunératrice (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904). Le séchage se fait généralement sur des claies dans le grenier de la ferme.

    L’exploitation subsiste quelques décennies sur les territoires de Bainville-aux-Saules, Begnécourt, Gelvécourt-et-Adompt, et Racécourt, Vaubexy, Velotte-et-Tatignécourt (AD88-7M152). Ne s’étendant que sur quelques ares, elle est quasiment abandonnée en 1902 suite à l’obligation légale de cultiver le tabac sur plus d’un hectare par commune, dans l’objectif de restreindre les frais de surveillance et éviter la fraude. Quelques planteurs sont encore relevés à la fin des années 1910 à Begnécourt et Vaubexy, livrant leur production au magasin de Mirecourt.

    Lin, chanvre et graines oléagineuses

    La production de chanvre et de lin est attestée dans quasiment toutes les communes de l’ex-canton de Dompaire pour les besoins locaux de filasse, la production textile et les graines utilisées dans l'alimentation. Les chènevières sont placées à l’entrée des villages, car elles nécessitent de nombreux travaux. Après la récolte, les tiges de lin comme de chanvre sont mises à rouir à la rosée en les étendant dans les prés. Le broyage, le peignage est effectué pendant l’hiver, tandis que le filage est fait par les femmes, fournissant les 7/10 du linge et des vêtements (AD88 - 11T20/140).

    En conséquence des importations d’étoffes et de linges produits industriellement, la fabrication locale diminue jusqu’à disparaitre dans la seconde moitié du 19e siècle. Par exemple Gorhey produit encore du chanvre sur 5 hectares en 1853, puis 3 ares en 1882 et plus rien en 1899. Il semble aussi que les plantes textiles et oléagineuses aient subi « une sorte de dégénérescence » qui n’a plus permis aux cultivateurs d’en tirer profit (sources : AD88-11T16/52_1). La production d’autres graines oléagineuses (navette, œillette, colza, cameline) sont aussi abandonnées au milieu du 19e siècle.

    La laine locale est également utilisée pour l’habillement. Une mention de sériciculture inhabituelle est faite à Jorxey au 19e siècle (sources : Bernard Zamaron).

    Chou

    De manière atypique dans les Vosges, la culture du chou à choucroute est mise en œuvre dans quelques communes autour de Dompaire à partir des années 1890 : Bouxières-aux-Bois, Gugney-aux-Aulx, Hennecourt et Ville-sur-Illon.

    Carotte, betterave et autres racines

    Les carottes et autres racines comme les navets sont cultivées pour l’alimentation humaine et animale, soit semées en plein champs dans la jachère, soit associées au seigle, au millet ou au lin. Remplacées par les betteraves, leur production a tendance à décroitre au fil du 19e siècle. L’établissement d’un atelier de fabrique de sucre de betteraves est tenté par Nicolas Alexis Galland à Damas-devant-Dompaire en 1840, mais n’est pas pérenne en raison d’un changement de législation sur les sucres (AD88-5M284). Toutefois, cette entreprise participe au succès rapide de la culture des betteraves fourragères dans la seconde moitié du 19e siècle, dans la plupart des communes de l’ex-canton de Dompaire, alors qu’elle est très peu présente dans le reste des Vosges. De 178 hectares mis en culture en 1892, elle passe à 450 hectares en 1900 ; ce qui représente 14% de la production du département (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    Cette culture est également favorisée par l’accroissement de l’élevage bovin et porcins.

    Pomme de terre

    La culture de la pomme de terre est attestée à partir du 17e siècle dans les Vosges, mais est mieux adaptée aux sols de la Vôge et de la Montagne. Toutefois, sa production est croissance au fil du 19e siècle et se poursuit dans la première moitié du 20e siècle autour de Dompaire. Destinée à l’alimentation humaine et animale, elle représente 8.5% des terres labourables en 1904. L’augmentation de la productivité est ralentie à la fin du 19e siècle suite à l’épuisement des sols, au manque de variété et à l’apparition du phytophtora dans les années 1880 (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    Peu de féculeries sont relevées sur le territoire, et sur un court laps de temps, à Gorhey (au lieu-dit « Le Void »), Harol, Bonfays, Les Ableuvenettes (à partir de 1861 ; Ad88-Edpt1/2F1) et Ville-sur-Illon (Gley. 1870).

    Vigne

    Réglementée sous l’Ancien Régime, la culture de la vigne se développe suite de la loi sur la liberté des cultures de 1791. Les cépages productifs (gamay) sont surtout utilisés dans la partie nord de l’ex-canton de Dompaire, sur des coteaux orientés au sud et à l’est, en lien avec les marnes irisées du Keuper.

    La demande est forte au milieu du 19e siècle et les prix élevés, notamment lorsque les vignobles du sud de la France sont détruits par le phylloxera. L’ex-canton de Dompaire apparait alors comme l’un des plus viticoles des Vosges, derrière ceux de Charmes et de Lamarche. Sur 26 de ses communes, 896 hectares sont en vigne en 1885. Il s’agit de petits vignobles épars (moins de 100 hectares), qui sont agrandis par provignage. Les vignes greffées sont utilisées à partir de la fin du 19e siècle (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    En 1892, seuls 25 personnes vivent exclusivement de la culture de la vigne dans le canton de Dompaire. Pour les 2163 autres viticulteurs, il s’agit d’une activité complémentaire, ce qui représente 1/5 des habitants du canton (Doyen, Jean-Pierre. Grandeur et décadence de la vigne dans le pays de Dompaire de 1845 à 1939. JEV 2011). A ce moment, la culture devient moins intéressante car :

    • Les rendements sont en baisse depuis le milieu du 19e siècle en raison du manque de soin, d’engrais, et l’épuisement des variétés de pays au murissement trop tardif et soumises au gel ;
    • La main d’œuvre est plus rare et chère ;
    • Le vin se vend mal et à des prix plus bas, en raison de la concurrence des vins du Midi dont les vignobles sont reconstitués après le phylloxera, et qui sont favorisés par l’établissement des lignes de chemin de fer dans les Vosges (à partir de la fin des années 1870) ;
    • Les ravages des maladies : Anthracnose et Mildiou après 1885, Oïdium et Phylloxera après 1900… ;
    • La construction de grandes brasseries favorisant la consommation de bière, au détriment du vin local.

    L’arrachage est alors massif au début du 20e siècle ; il reste 24 hectares de vigne en 1914. Une production destinée à la consommation locale est ensuite relancée par la création d’un nouveau vignoble de cépages hybrides (Oberlin 595, Kulhmann, Léon Millot), où le provignage cède la place à des plantations alignées maintenu par des fils de fer. Cependant la majeure partie des terrains est transformée en verger (Doyen, Jean-Pierre. Grandeur et décadence de la vigne dans le pays de Dompaire de 1845 à 1939. JEV 2011).

    Verger

    Les vergers sont principalement implantés aux abords des villages, à l’arrière des jardins potagers, le long des routes et dans plusieurs parcelles éparpillées sur le territoire communal pour minimiser les risques de destructions totales des récoltes en cas de maladies ou de gelées localisées. Avant la Révolution Française, il existe dans les champs des fruitiers sauvages épars appartenant à la collectivité, dont la cueillette est surveillée (AD88-11T21/174). Enfin, quelques-uns sont montés en espalier contre les façades des fermes.

    Il s’agit principalement de pruniers (mirabelliers, quetschiers), mais également de pommiers, de poiriers, de cerisiers et de quelques noyers, néfliers, pêchers et abricotiers. Les gelés de l’hiver 1879-1880 (une huitaine de jours à -27°c) sont mémorables car elles ont provoqué des dégâts importants et la mort de nombreux d’arbres. Toutefois, les vergers ont tendance à s’étendre à la fin du 19e siècle, notamment en remplacement les vignes dans les années 1920 et 1930. La production de fruits est destinée à la consommation (frais ou séchés), mais surtout à la distillation, voire à la fabrication de cidre, de confitures et de sirops (Société Patisfrance à Charmes ; Broutchoux à Gripport…). L’alambic est généralement ambulant, mais certaines communes de l’ex-canton de Dompaire mettent à la disposition des habitants des ateliers publics de distillation après la première guerre mondiale (Bocquegney, Jorxey, Légéville-et-Bonfays, Maroncourt, Ville-sur-Illon…).

    Une importante partie des parcelles de vergers a aujourd’hui disparu suite aux remembrements qui les ont inclus dans les champs voisins. Hormis quelques plantations récentes (Gugney-aux-Aulx, verger conservatoire de Velotte-et-Tatignécourt), la plupart des autres ne sont plus que rarement entretenus, pâturés et s’enfrichent.

    Prairie

    Situées le long des cours d’eau, les prairies naturelles sont productives, parfois drainées pour éviter la stagnation. Des systèmes d’irrigation permettent aussi la création de nouvelles prairies plus éloignées. Les surfaces de prairies naturelles et artificielles s’accroissent de manière constante et considérable au cours du 19e siècle, remplaçant une partie des terres cultivées en céréales, et mettant à disposition du bétail une nourriture abondante. En 1900, les prairies artificielles représentent 23% des terres labourables sur l’ex-canton de Dompaire ; ce qui est la plus forte proportion du département (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904). Elles sont composées pour moitié de luzerne, pour un tiers de trèfles, et le reste de vesces, de sainfoin, de minette, de pois, de fèves et de lentilles. Les prairies naturelles et artificielles nourrissent ainsi un bétail nombreux qui par son engrais augmente la richesse des récoltes.

    Avec l’augmentation des troupeaux à part restant la nuit dans les prés, enclore les prairies devient nécessaire à la fin du 18e siècle (Bouxières-aux-Bois, Madonne-et-Lamerey…). Les éleveurs utilisent les pierriers et surtout des piquets de clôture, qui sont généralement en Robinier Faux-Acacias produit à Jorxey. Les premières clôtures électriques sont implantées à la fin des années 1950 et se développent après 1965 (AD88-Edpt237/3F1).

  • Pratiques agricoles dans l’ex-canton de Dompaire : Vaine pâture

    Vaine pâture

    En parallèle de l’assolement triennal, la vaine pâture est pratiquée jusqu’au début du 20e siècle dans l’ex-canton de Dompaire. Elle consiste en un droit pour les habitants de faire paître leur bétail sur les terrains communaux (bords de chemin, de cours d’eau…) et sur les terrains privés dans les chaumes après l’enlèvement des récoltes et des regains. Parfois les forêts sont également grevées des droits de vaine pâture et de glandée (Begnécourt, Circourt, Gelvécourt-et-Adompt, Hennecourt, Légéville-et-Bonfays…). Cette pratique sur le ban communal est souvent complétée par un droit de parcours des communautés voisines : par exemple Hennecourt accorde le pâturage à Gorhey sur 20 arpents, à Damas sur 30 arpents et à Bocquegney sur 20 arpents. En échange, Hennecourt peut pâturer sur 17 arpents de Bocquegney.

    Hormis celles des seigneurs qui ont droit de troupeau à part, toutes les bêtes du village sont regroupées en un troupeau commun de bêtes blanches (ovins, caprins, porcins) ou de bêtes rouges (bovins), qui est confié à un pâtre communal. Cette pratique avantage les plus modestes qui ne pourraient surveiller et nourrir leurs quelques bêtes autrement.

    La vaine pâture suspend le droit de propriété des terres en chaume ou en jachère, et interdit donc la clôture des parcelles (Gérard. La maison rurale en Lorraine. 1990). Dans le contexte de privatisation et de libéralisation de la fin du 18e siècle, ce fonctionnement communautaire et cette atteinte à la propriété sont remis en cause. Le droit de parcours est prohibé en 1770. Le code rural de 1791 préserve la vaine pâture, mais autorise le partage des pâquis communautaires, leur clôture et le droit de troupeaux à part. Les cultivateurs les plus aisés commencent alors à valoriser leur jachère par des cultures de plantes fourragères qu’ils clôturent en interdisant ainsi l’accès au troupeau commun et se libérant de la vaine pâture. La charge du berger communal est progressivement laissée aux plus pauvres. Certaines communes mettent aussi en place un règlement afin d’harmoniser les usages, éviter les abus et un nombre de bêtes disproportionné par rapport aux ressources du territoire. Ainsi la quantité d’ovins et de caprins pouvant être menés au troupeau commun est souvent calculé proportionnellement à la taille des propriétés offertes à la pâture.

    A la fin du 19e siècle, la contrainte de législation nationale s’accroit : la loi du 9 juillet 1889 du code rural accorde aux conseils municipaux l’aptitude à poursuivre ou supprimer définitivement la vaine pâture. Pour les communes qui la maintienne, elle est toutefois abolie sur les prairies artificielles par la loi du 22 juin 1890. Elle se poursuit donc uniquement sur les terrains communaux, les prairies naturelles et les terres arables récoltées et non ensemencées. Les communes s’accordent de manière générale pour suspendre la vaine pâture lors d’épizooties, de dégel ou de fortes pluies qui ramollissent le sol dont le piétinement par les animaux compromettrait la récolte suivante.

    Suite au développement des clôtures et des troupeaux à part, la moitié des communes de l’ex-canton de Dompaire n’ont plus de troupeau commun au début du 20e siècle, et les autres abandonnent le droit de vaine pâture pendant l’Entre-deux-guerres.

    Pâtres communaux

    Les bergers ont pour mission de s’occuper des bêtes, de les mener à la pâture du lever au coucher du soleil, de les soigner (graissage…). Il s’occupe souvent des bêtes mâles (bélier, bouc, verrat, bouquin). Certains villages emploient plusieurs pâtres, soit en raison de l’éloignement des hameaux (Harol, Damas-et-Bettegney), soit pour entretenir deux troupeaux distincts : l’un de bêtes rouges, et l’autre de bêtes blanches (Dompaire, Hennecourt…). En échange, il est payé par la communauté des éleveurs en fonction du nombre de bêtes gardées et saillies. Il bénéfice de plus d’avantages, comme une part d’affouage ou une exemption d’impôts (AD88-11T19/111_1). Les bons pâtres étant difficiles à recruter au 19e siècle, les communes leur fournissent de plus un logement afin qu’ils s’établissent durablement dans le village.

    D’après les recensements de population entre 1886 et 1936 (AD88-6M), les pâtres sont généralement des manouvriers, qui changent régulièrement de localité au gré des contrats, à l’exemple de Jules Robert qui est né en 1862 à Einville (Meurthe-&-Moselle), qui est pâtre pour Damas-et-Bettegney en 1911, puis pour Légéville-et-Bonfays en 1921, et dont les enfants sont successivement nés à Affracourt (Meurthe-&-Moselle) en 1893, à Chamagne en 1896, à Saint-Remimont (M&M) en 1899, à Bouzonville (Moselle) en 1904 et 1908. La plupart rayonnent dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de Dompaire, et dans la vallée de la Moselle.Quelques-uns sont originaires de Meurthe-et-Moselle, Moselle, d’Alsace, de Bavière voire de Suisse ou de Tchécoslovaquie. Dans certains cas, ce sont des modestes cultivateurs du village qui sont employés temporairement ou dans leur vieillesse, à l’exemple Jean Ast employé par Racécourt en 1901 à l’âge de 79 ans. Les pâtres communaux ont habituellement entre 30 et 60 ans, et sont accompagnés de nombreux enfants et de leur épouse. Celle-ci est le plus souvent brodeuse ou dentellière. Elle peut aider son mari, de même que leur fils ainé. Il est à noter que quelques femmes apparaissent employées en tant que bergère communale à part entière :

    • A Bouxières-aux-Bois en 1926 : Marie Augustine Lorange (née en 1894 à Saint-Vallier)
    • A Gugney-aux-Aulx en 1886 : Claire Boyé (57 ans)
    • A Gugney-aux-Aulx en 1901 : Théolinthe Frenot (42 ans)
    • A Hennecourt en 1896 : Marguerite Schneuder (62 ans)
    • A Hennecourt en 1921 : Marie-Adélaïde Thiébaut (née en 1844 à Igney)
    • A Hennecourt en 1926 : Joséphine Simon (64 ans née à Dombrot le sec)
    • A Hennecourt en 1931 et en 1936 : Céline Durand (née en 1872 à Uriménil)

    Suite à la suppression de la vaine pâture et des troupeaux en commun, les pâtres communaux disparaissent au début du 20e siècle ; peu sont encore en activité pendant l’Entre-deux-guerres. Les recensements de population (AD88-6M) mentionnent toute de même à cette période plusieurs bergers et marcaires privés, employés par d’importants éleveurs (Bainville-aux-Saules, Bocquegney, Gelvécourt-et-Adompt, Hagécourt, la ferme de Saurupt à Harol, Madonne-et-Lamerey, Ville-sur-Illon).

    Les maisons de pâtres

    Toutes les communes de l’ex-canton de Dompaire (hormis peut-être Vaubexy) mettent à disposition un logement pour le ou les pâtres qu’elles emploient, afin d’attirer les plus aptes et les maintenir plusieurs années dans le village.

    A la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle, certaines communes (Bazegney, Begnécourt, Bocquegney, Bouxières-aux-Bois, Légéville-et-Bonfays, Madonne-et-Lamerey, Maroncourt et Regney) disposant d’un budget limité pour assurer toutes les fonctions communales, décident de regrouper dans une seule maison commune à la fois le logement d’un ou deux bergers, la salle pour la réunion du conseil, le cabinet des archives, la salle d’école, le logement de l’instituteur, voire une remise pour la pompe à incendie ou une chambre à four. Cette organisation est progressivement abandonnée dans le 2e quart du 19e siècle en raison de l’exiguïté. L’agrandissement du logement de l’instituteur est fait par fusion avec celui du berger, qui lui est déménagé dans un autre bâtiment. Parallèlement, la contiguïté du logement du pâtre et de la salle de classe posait des problèmes d’hygiène et de morale (fumiers et des bêtes mâles). De plus, le prestige du conseil municipal ne semble pas compatible avec la modestie du berger « qui répugne à toute convenance », tel qu’en témoigne le projet de maison du berger surmontée d’une salle communale, envisagé en 1843 à Bocquegney et refusé par les habitants (AD88 - 2O64/10).

    La plupart du temps, la commune fait l’acquisition d’une maison de manouvrier, ou d’une petite ferme composée d’une cuisine, d’un poêle et d’une étable, parfois d’une grange et d’un jardin.Suite à la disparition de la vaine pâture et des troupeaux communaux, les maisons de berger sont souvent mises en location quelques années, avant d’être revendues dans les années 1920 et 1930. L’entretien n’ayant pas toujours été réalisé régulièrement, le bâtiment est souvent proche de la ruine lorsqu’il est cédé. Aussi, la quasi-totalité a disparu au milieu du 20e siècle. Seule celle de Racecourt a été conservée. Celles de Jorxey et Madegney sont très modifiées. Les éléments conservés dans les archives (AD88) permettent toutefois d’en conserver quelques traces (cf : Liste des maisons de pâtre communal identifiées sur l'ex-canton de Dompaire : IVR41_20218830017NUC1A).

  • Pratiques agricoles dans l’ex-canton de Dompaire : élevage

    Élevage

    Bovins

    Comme dans tout le Xaintois, mais contrairement à la Montagne et à la Vôge, les bœufs de travail sont peu nombreux dans l’ex-canton de Dompaire, car les chevaux sont préférés pour les travaux des champs. Les vaches sont, elles, nombreuses et en augmentation dans la seconde moitié du 19e siècle. Leur exploitation se fait aussi bien pour la viande que le lait qui permet de fabriquer du beurre mais pas de fromage. Quand les bœufs et les vaches sont arrivés à la fin de leur carrière, ils sont engraissés pour être menés à la boucherie. Le cuir est aussi utilisé pour faire des semelles, des courroies et de la sellerie. A titre d’exemple, en 1936 à Begnécourt, les 18 producteurs de lait du village exploitent 80 vaches laitières, dont le lait est employé à 1/4 pour la consommation familiale, 1/20 pour la production de beurre, 1/20 pour l’alimentation des veaux, 1/20 pour la vente directe aux consommateurs locaux et le reste (la moitié) qui est collecté par les deux ramasseurs de lait, livrant aux laiteries industrielles de Valleroy-aux-Saules (Thomassin) et de Ville-sur-Illon (Leclerc) (AD88 - Edpt 47/3F1).

    La race vosgienne est métissée par une grande variété de croisements avec les races Comtois, Fribourgeoise, Meusiennes, Schwytz, Hollandaise… (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904). Ces bovins sont nourris de fourrages verts pendant la bonne saison. Pendant l’hiver, on leur donne du regain, des farines, des tourteaux et des léchures (mélange de paille ou de foin haché avec des pommes de terre ou des betteraves).

    De manière générale, l’observation des statistiques agricoles entre 1835 et 1936 dans le canton de Dompaire (AD88 - série Epdt /3F1) montre que les bovins, qui représentaient environ 20% des bêtes élevées au début du 19e siècle, passent au premier plan un siècle plus tard et en constituent plus de la moitié (cf : IVR41_20218830018NUC1A).

    Chevaux

    Contrairement à la montagne vosgienne et à la Vôge, les chevaux servent majoritairement à la traction des machines agricoles dans la plaine. 6 chevaux sont souvent nécessaires pour tirer une charrue dans les terres fortes des marnes irisées. Ils sont d’autant plus importants qu’ils sont indispensables à l’emploi des faucheuses, râteaux et autres machines, ainsi des manèges des batteuses.

    Jusqu’au milieu du 19e siècle, les chevaux sont le plus souvent de race Lorraine et Comtoise dans le canton de Dompaire. De petite taille, ils sont métissés par l’introduction d’étalons de toutes provenances, notamment pour répondre à la demande de chevaux de remonte (pour l’armée), comme c’est le cas à Hennecourt (AD88-11T21/174). Ils sont en grande partie remplacés par des Ardennais (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904). Une station des haras nationaux, dont les étalons sont mis à la disposition des éleveurs des environs, est installée à Ville-sur-Illon entre 1924 et le milieu du 20e siècle (AD88-Edpt520/1M1).

    De manière générale, l’observation des statistiques agricoles entre 1835 et 1936 (AD88 - série Epdt / 3F1) montre que l’élevage des chevaux conserve les mêmes proportions au cours du 19e siècle, représentant environ 15% des bêtes élevées dans le canton de Dompaire.

    Porcins

    Les porcs sont assez importants pour l’ex-canton de Dompaire. Ils fournissent de la viande et des porcelets qui sont élevés quelques mois puis vendus comme cochons de lait. Pendant la belle saison, ils pâturent avec les ovins sous la conduite du pâtre communal. Cette pratique tend toutefois à disparaitre au milieu du 19e siècle, alors que les éleveurs favorisent l’engraissage avec des léchures de pommes de terre, avoine, sarrasin, orge, seigle… La race Lorraine à oreilles tombantes, de taille moyenne, et à pelage blanc jaunâtre, est encore maintenue au début du 20e siècle, mais elle est métissée avec les races Bressane, Champenoise, Craonnaise et anglaises, puis disparait rapidement.(Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    De manière générale, l’observation des statistiques agricoles entre 1835 et 1936 (AD88 - série Epdt / 3F1) montre que l’élevage des porcs conserve les mêmes proportions au cours du 19e siècle, représentant environ 20% des bêtes élevées dans le canton de Dompaire, avec une augmentation temporaire dans les années 1880.

    Ovins et caprins

    Comme dans l’ensemble du Xaintois, mais contrairement à la Montagne et à la Vôge, l’élevage ovin et caprin est un apport de revenu complémentaire important pour les petits cultivateurs et les manouvriers de l’ex-canton de Dompaire jusqu’au début du 20e siècle. Vers 1900, on compte environ 20 moutons pour 100 hectares de territoire agricole (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

    Les ovins et caprins sont nourris à moindre frais sur la vaine pâture principalement, évitant aussi l’enfrichement des prairies naturelles, des bordures de chemins et de cours d’eau. Les moutons de race locale fortement métissée avec les races mérinos, Wurtembergeoise, Dishley… sont principalement élevés pour leur laine qui est vendue lavée à dos. Ils fournissent aussi de la viande et des agneaux, ce qui est privilégié au début du 20e siècle. Les chèvres fournissent de plus du lait, mais sont très peu nombreuses.

    Au cours du 19e siècle, les troupeaux de bêtes blanches tendent à diminuer, en raison de la réduction des terrains confiés à la vaine pâture (prairies artificielles encloses) et à la baisse des prix de la laine. De manière générale, l’observation des statistiques agricoles entre 1835 et 1936 dans l’ex-canton de Dompaire (AD88 - série Epdt /3F1) montre que les ovins et les caprins, qui représentaient plus de 40% des bêtes élevées au début du 19e siècle, diminuent progressivement pour disparaitre un siècle plus tard.

    Oiseaux de basse-cours

    La volaille est abondante dans l’ex-canton de Dompaire : entre 450 et 1000 animaux dans chaque village au 19e siècle. Toutes les fermes possèdent leur basse-cour avec de nombreuses poules, des canards, des oies voire des dindons et des pintades. On peut y ajouter des lapins et des pigeons. Utilisés dans le cadre domestique, ils semblent peu faire l’objet de commerce. Il est à noter que la ferme du Fleuriot à Harol constitue l'une des premières exploitations de volailles hors-sol (source orale), jusqu'au moins au milieu du 20e siècle, établie par la famille de Léon Louis Hippolyte Mathieu (né en 1870 à Épinal, aviculteur).

    Ruchers

    Les ruchers sont principalement à usage domestique, fournissant miel et cire. La plupart des villages en comptabilise entre 20 et 50, de manière décroissante au fil du 19e siècle. Toutefois l’exploitation est parfois plus importante, car environ 200 ruchers sont relevés à Harol en 1886, et jusqu’à 450 à Madonne-et-Lamerey en 1857 (AD88 - série Epdt /3F1).

    Poissons

    L’élevage était complété par une activité pisciculture marginale mais continue jusqu’au 19e siècle, au vu des étangs sur le territoire d’Harol et de Dompaire. Il est à noter que non loin de là, l’Etat possédaient un établissement de pisciculture important soutenant cette activité entre de 1871 et 1895, sous la digue du lac de Bouzey (Lafite. L’agriculture dans les Vosges. 1904).

Références documentaires

Bibliographie
  • Lepage, Henri et Charton, Charles. Le département des Vosges : statistique historique et administrative. Nancy : Berger-Levrault 1978, réimpression de l'ouvrage paru en 1845.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Lafite, Charles. L’agriculture dans les Vosges. Matot-Braine imp.éditeur. Reims. 1904

  • Idoux, M.-C. Les ravages de la guerre de Trente Ans dans les Vosges : 2e fascicule. Annales de la société d'émulation du département des Vosges, 1912, p. 1-234

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Bourdelais Patrice, Demonet Michel, Raulot Jean-Yves. La marche du choléra en France : 1832-1854. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 33ᵉ année, N. 1, 1978. pp. 125-142.

  • Chauvet, Jean-Yves. Vivre la maison lorraine. Ed. Jaher. 1981

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Histoires de fermes. Architecture rurale des Vosges méridionales : catalogue / Exposition. Epinal, Conseil général des Vosges. 2007 / réd. Catherine Zeller-Belville. - Epinal : Conseil général des Vosges, 2007. - 152 p.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Gérard, Claude. La maison rurale en Lorraine. In 14e des Cahiers de Construction Traditionnelle. Edition Créer. Nonette. 1990

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Fédération des Sociétés Savantes de Vosges. Association Culturelle Histoire et Patrimoine de Ville-sur-Illon. Le Pays de Dompaire. Actes des 13eme Journées d'Etudes Vosgiennes.14, 15, et 16 octobre 2011. Imprimerie Thorax. Nancy. 2012.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
  • Jacopin, Rachel. Paysages et pratiques des agriculteurs dans le Sud du Plateau Lorrain : logiques d'organisation et effets sur l'environnement, sous la direction de Jean-Pierre Husson. Thèse de doctorat Géographie. Université Nancy II. 2011. Consulté en ligne le 30 04 2020 : https://udl.primo.exlibrisgroup.com/discovery/fulldisplay?docid=alma991010019359705596&context=L&vid=33UDL_INST:UDL&lang=fr&search_scope=MyInst_and_CI&adaptor=Local%20Search%20Engine&tab=Everything&query=any,contains,madon%20jacopin&mode=basic

Périodiques
  • Aube, Jean-Paul. La commanderie de Templiers de Xugney. Villages Lorrains n°121. Hiver 2007-2008.

    Région Grand Est, Service Régional de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel, Nancy
(c) Région Grand-Est - Inventaire général ; (c) Conseil départemental des Vosges - Varvenne Vanessa