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Synagogue de Fénétrange

Dossier IA57030132 réalisé en 2012

Fiche

Dossiers de synthèse

Dénominations synagogue
Aire d'étude et canton Lorraine
Adresse Commune : Fénétrange
Adresse : 13 rue du Vieux Pensionnat

Si les comptes de la ville mentionnent dès 1616 un droit d'habitation et une taxe de passage pour les juifs, le guerre de Trente Ans met fin à cette première présence. Le retour des juifs débute entre 1705 et 1716, date à laquelle un juif est recensé dans le pied-terrier de la commune. Une communauté se développe rapidement puisque les listes de juifs autorisés à résider dans le duché de Lorraine de 1753 et en 1762 citent chaque fois 29 familles dans le Baillage de Fénétrange dont 10 au chef-lieu. Un arrêté de 1761 fixe ce nombre à 11, mais elles sont au moins 16 en 1785. Comme la plupart des communautés rurales, celle de Fénétrange connaît son apogée vers 1840, avant de décliner ensuite (93 personnes en 1808, 115 en 1840, 141 en 1844, 138 en 1854, 100 en 1871 et 45 en 1920). Dès 1823, elle salarie un ministre-officiant, faisant également office d'instituteur et chargé de l’abattage rituel.

L’enquête sur les synagogue dépendant du consistoire de Nancy de 1838 indique que la synagogue a été aménagée dans une maison particulière « il y a environ soixante ans », donc vers 1780. Lors de travaux effectués en 1865, il est précisé qu’elle provient d’une donation faite par un certain Cerf Bloch. L’examen du cadastre de 1815 montre que la synagogue actuelle correspond bien à la partie droite de la vaste maison de Cerf Bloch (parcelle G 535) alors adressée rue Sentrenpoul, à proximité immédiate de la Judengasse. On notera à l'examen du pied-terrier de 1720, que c'était déjà la maison habitée par le premier juif de Fénétrange. En revanche les matrices n’ont enregistré aucune donation à la communauté et la maison est partagée en 1818 entre ses deux fils, Isaac et Alexandre. Si l’on peut continuer à suivre la moitié de maison échue à Alexandre, qui reste dans la famille mais change de propriétaire en 1822 et 1854, avant de passer dans des mains non juives à la fin du 19e ou au début du 20e siècle, celle d’Isaac est vraisemblablement cédée à la communauté en 1822, année où une mutation est signalée, bien que l’absence de rubrique au nom de la communauté avant l’époque de l’annexion allemande ne permette pas de le vérifier.

En 1833, la communauté demande en vain une aide à la commune pour financer son « agrandissement ». Les sources ne disent rien de plus mais on peut observer que le bâtiment semble bien avoir été agrandi sur l’arrière, au-delà de l’ancien mur d’enceinte de la ville auquel était accolée la maison, qui apparaissait encore nettement sur le cadastre de 1815, ce retrait permettant aussi l’aménagement d’une salle de classe en rez-de-chaussée, à l’arrière de l’étable existant toujours côté rue. La toiture de la synagogue, en recul par rapport à la ligne de faîte des autres maisons de la rue, présente en effet une pente moins raide et repose sur une charpente datable du 19e siècle, différente de celle, plus ancienne et « à l’allemande » (sans faîtière) du reste de la maison. Surtout, on notera que si la façade arrière en pan de bois semble ancienne, toutes ses sablières et poteaux ont été soigneusement numérotés, alors que l’assemblage est assez simple et que cette pratique n’est pas courante à Fénétrange, indice probable d’un remontage.

En 1865, la communauté reçoit 1 500 f de la commune et une subvention équivalente de l’État pour le remplacement de mobilier vermoulu et la modernisation de la distribution intérieure qui ne convient plus aux exigences du culte. D’un montant de 5 775 f, ces travaux sont dirigés par l’architecte Joseph Pelissier. On peut donc supposer que l’actuel « chœur », autrefois fermé par une clôture, et l'arche sainte en pierre surmontée de tables de la Loi (en dépôt au musée de Metz-Métropole) remontent à cette phase. Une photographie de 1946 montre que le petit oculus, visible de la rue, a été bouché pour donner plus d’ampleur à cette arche sainte. Suspendue au plafond et ne reposant que sur de très fines colonnes en fonte, une tribune réservée aux femmes court désormais sur trois côtés, la légèreté de l’installation révélant un ajout à peu de frais dans un volume antérieur. Avec sa claustra en fonte pouvant dissimuler une personne assise, le garde-corps de cette galerie semble toutefois quelque peu anachronique, vestige d'un dispositif partout abandonné à cette date. La maladresse des raccords du plafond en plâtre à l’avant et à l’arrière de la salle pourrait s’expliquer par une volonté de conserver au maximum les aménagements de la période précédente. Des travaux de restauration, non détaillés mais donnant lieu à une nouvelle subvention de l’État et de la commune sont réalisés en 1920-21 pour un montant de 7 850 f, après que l’architecte départemental, Herpe, ait réduit le devis initial de moitié, le limitant à l’indispensable.

Seule synagogue de Lorraine maintenue depuis le 18e siècle, faute de moyens pour édifier un édifice plus important, cette synagogue témoigne en dépit de ses transformations successives, d'un premier type de synagogue aménagée à l'étage d'une maison particulière abandonnée dès le premier tiers du 19e siècle. Bien que vidée de son mobilier pendant la guerre, à l’exception de ses bancs et de son arche sainte (déposée en 1980), elle a conservé l’essentiel de ses aménagements intérieurs du 19e siècle.

Période(s) Principale : 4e quart 18e siècle
Secondaire : 2e quart 19e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Dates 1839, daté par source
1867, daté par source
1921, daté par source
Auteur(s) Auteur : Pélissier Joseph-Marie-Aimée-Simon,
Joseph-Marie-Aimée-Simon Pélissier

Architecte actif à Sarrebourg entre 1847 et 1868, auteur de la chapelle du rosaire de Maizières-lès-Vic, des temples de Mittersheim et de Berling et de la synagogue de Fénétrange.


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architecte, attribution par source
Auteur : Herpe Ernest,
Ernest Herpe (1886 - 1979)

Architecte en Chef des Monuments Historiques (1920-1956), chargé de la Haute-Marne, du Jura en 1922, du Calvados en 1925. Il est aussi architecte du gouvernement en Alsace-Lorraine de 1925 à 1941, des édifices de Nancy en 1932, du Mont-St-Michel en 1933, de Notre-Dame de Paris en 1936 et de la Meurthe-et-Moselle en 1940. Il est nommé Inspecteur Général des Monuments Historiques en 1941.


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architecte départemental, architecte des Monuments historiques, attribution par source

La synagogue est une construction très simple en moellon enduit avec une façade postérieure en pan de bois, semblable aux édifices de l'architecture vernaculaire locale. Elle est surmontée d'une couverture à longs pans en tuiles mécaniques refaite au 19e siècle au moment du recul de la façade postérieure. Seule la hauteur des fenêtres en arc segmentaire délardé et le petit oculus central, révèlent de manière très discrète sa fonction de l'extérieur.

Ouvrant directement sur la rue, mais aménagée à l'étage d'une ancienne maison particulière, on accède à la synagogue elle-même par une porte latérale ouvrant sur un long couloir traversant, le rez-de-chaussée étant occupé, côté rue, par une écurie (desservie par une petite porte) et, côté jardin, par une salle de classe. Le palier du 1er étage débouche sur l'entrée de la synagogue et un escalier desservant la galerie des femmes. Une plaque avec l'inscription en hébreu "Ceci n'est autre que la maison de Dieu, c'est la porte des cieux" surmonte l'entrée de la salle de prières. A l'intérieur, la disposition générale remonte aux transformations de 1865, avec l'aménagement d'une sorte de "chœur" devant l'arche sainte et une galerie suspendue sur trois côtés pour les femmes. S’arrêtant quelques mètres avant les fenêtres pour ne pas les couper, cette dernière se distingue par un garde-corps en fonte dissimulant la vue d'une personne assise.

Murs calcaire moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
bois pan de bois
Toit tuile mécanique
Couvertures toit à longs pans

Cette synagogue, la plus ancienne de la région, mériterait une protection.

Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Intérêt de l'œuvre à signaler

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives nationales de France, Pierrefitte-sur-Seine : F19/11024
  • Archives nationales de France, Pierrefitte-sur-Seine : F19/11101
  • Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, Nancy : B11765
  • Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, Nancy : 7V22
  • Archives municipales, Nancy : 352Z33
  • Archives départementales de Moselle, Saint-Julien-lès-Metz : 7AL131
  • Archives départementales de Moselle, Saint-Julien-lès-Metz : 2V85
Documents figurés
  • collection particulière
Bibliographie
  • DECOMPS, Claire. "Une visite à Fénétrange". Liaisons. 2012, n° 30, p. 11-16

(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Decomps Claire
Claire Decomps

conservateur en chef du patrimoine, chercheur en Lorraine de 1994 à 2018 puis responsable de la conservation du musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris.


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- Schumann Henry
Henry Schumann

Henry SCHUMANN1947, membre du Consistoire israélite de la Moselle, chargé du patrimoine depuis 2007, afin de lui remettre la médaille de la Ville de Metz, auteur de trois livres sur la Mémoire des communautés juives de Moselle (l999), de Meurthe-et-Moselle, Meuse et Vosges (2003) et de Champagne-Ardenne (2005).

A participé de manière très active à l'étude du patrimoine juif en Lorraine


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